Macky Sall à l’ONU : 5 soutiens, 9 oppositions… ce que cache vraiment le vote du Conseil de sécurité
Cinq voix favorables sur quinze. Le chiffre peut sembler brutal pour Macky Sall, candidat à la succession d’António Guterres. Mais derrière ce résultat du quatrième « straw poll » organisé le 29 septembre 2026 se cache une mécanique diplomatique beaucoup plus complexe qu’un simple classement. Dans cette course à la tête des Nations unies, le véritable enjeu ne réside pas seulement dans le nombre de soutiens affichés, mais aussi dans l’identité des États qui les accordent ou les refusent.
Le quatrième vote indicatif du Conseil de sécurité, tenu à huis clos le 29 septembre, a confirmé une situation déjà observée lors du tour précédent : Macky Sall recueille cinq mentions « encourage », contre neuf « discourage » et une position « no opinion ». Le nombre de soutiens reste donc inchangé, tandis que la candidature de l’ancien président sénégalais continue de faire face à une majorité d’avis défavorables.
Ce résultat intervient après un début de parcours plus favorable. Lors des deux premiers straw polls, organisés les 30 juillet et 21 août, Macky Sall avait obtenu six avis favorables, sept défavorables et deux « sans opinion ». Le troisième tour, le 18 septembre, avait marqué un recul avec cinq « encourage », neuf « discourage » et une position sans opinion. Le quatrième scrutin n’a donc pas permis au candidat sénégalais de récupérer le soutien perdu.
Pour autant, réduire cette bataille diplomatique à une simple addition de voix serait trompeur.
Le straw poll, ou vote indicatif, constitue avant tout un instrument diplomatique destiné à tester progressivement les candidatures. Les quinze membres du Conseil de sécurité sont invités à indiquer, pour chaque prétendant, s’ils « encouragent » sa candidature, la « découragent » ou n’ont « pas d’opinion ». Le résultat permet aux candidats et aux États qui les soutiennent de mesurer les rapports de force et d’ajuster leur stratégie.
Mais ce scrutin reste informel. Le Conseil de sécurité ne publie pas officiellement les résultats détaillés, qui sont généralement connus grâce à des sources diplomatiques. Surtout, un mauvais résultat à un straw poll ne signifie ni élimination ni rejet officiel de candidature.
Le poids différent des cinq grandes puissances
C’est précisément là que réside l’une des principales subtilités de cette procédure.
Les résultats agrègent les positions des quinze membres du Conseil sans révéler publiquement, dans les premiers tours, quels pays ont choisi « encourage », « discourage » ou « no opinion ». Or les cinq membres permanents — États-Unis, Chine, France, Royaume-Uni et Russie — disposent d’un droit de veto qui leur confère un poids particulier dans la phase finale.
Ainsi, un avis défavorable exprimé par un membre élu et celui formulé par un membre permanent apparaissent dans le même total, alors que leurs conséquences potentielles ne sont pas identiques lorsque vient le moment de la décision formelle.
Cette particularité empêche donc de tirer des conclusions définitives à partir du seul nombre de « discourage ». Même une candidature très bien placée dans les consultations informelles peut se retrouver fragilisée si elle rencontre l’opposition d’un membre permanent.
Le processus de sélection a d’ailleurs déjà connu des mécanismes permettant de mieux identifier la position des cinq puissances disposant du veto. Lors de précédentes séquences de sélection, des bulletins distincts ont notamment été utilisés afin de permettre aux candidats de savoir si une opposition provenait d’un membre permanent.
Neuf voix, mais surtout aucun veto
La règle fondamentale intervient au moment du vote formel.
Pour que le Conseil de sécurité recommande un candidat à l’Assemblée générale, celui-ci doit recueillir au moins neuf voix sur quinze et ne pas être bloqué par un veto d’un des cinq membres permanents. La recommandation est ensuite transmise à l’Assemblée générale, qui procède à la nomination du secrétaire général.
Le calcul est donc à double détente : neuf voix favorables au minimum et aucune opposition bloquante d’un membre permanent.
Avec cinq « encourage » au quatrième straw poll, Macky Sall se trouve ainsi encore loin du seuil arithmétique de neuf voix. Mais il serait tout aussi imprudent d’en déduire automatiquement qu’il est exclu de la course. Les votes indicatifs ne sont pas les votes définitifs et les positions diplomatiques peuvent évoluer au fil des négociations.
La véritable inconnue demeure donc l’origine des avis défavorables. Les neuf « discourage » enregistrés au quatrième tour ne permettent pas, à eux seuls, de savoir si l’ancien président sénégalais fait face à une opposition provenant de l’un des cinq membres permanents.
Une compétition où plusieurs équilibres se croisent
La candidature de Macky Sall s’inscrit par ailleurs dans une compétition internationale marquée par plusieurs considérations diplomatiques : équilibre géographique, représentation des différentes régions du monde et volonté régulièrement exprimée de voir davantage de femmes accéder aux plus hauts postes des Nations unies.
Au quatrième tour, la Costaricaine Rebeca Grynspan apparaissait en tête avec huit voix favorables, six défavorables et une position sans opinion. Elle était suivie notamment par la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett et l’Argentin Rafael Grossi, tandis que l’Ougandais Olara Otunnu affichait cinq soutiens.
Ces chiffres doivent eux aussi être interprétés avec prudence. Ils ne constituent pas un classement officiel et ne préjugent pas de la décision finale du Conseil.
La présence de plusieurs candidatures issues d’Amérique latine et des Caraïbes alimente par ailleurs le débat sur une éventuelle alternance géographique à la tête de l’ONU. Mais aucune règle juridique ne contraint le Conseil à appliquer une rotation automatique entre les régions.
Pour Macky Sall, un autre élément compte : le soutien de son pays. Le Sénégal a officiellement porté sa candidature et le président Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé cet appui à New York. Ce soutien constitue un levier diplomatique important, mais il ne garantit évidemment pas les positions des quatorze autres membres du Conseil de sécurité.
À l’approche de la fin du mandat d’António Guterres, prévue au 31 décembre 2026, les discussions vont désormais entrer dans une phase plus intense. Les prochains straw polls, les négociations entre les États et d’éventuels retraits ou regroupements autour de certaines candidatures permettront de mieux mesurer l’évolution de la course.
Pour Macky Sall, le chiffre de cinq soutiens ne constitue donc pas une condamnation définitive. Il représente cependant un indicateur précis de la difficulté actuelle de sa candidature : après quatre consultations, son niveau de soutien n’a pas progressé, tandis que les avis défavorables restent majoritaires.
La prochaine étape sera donc moins de savoir combien de voix l’ancien président sénégalais peut compter aujourd’hui que de déterminer quels États sont prêts à transformer leur position actuelle en soutien au moment décisif. C’est dans cette bataille diplomatique, largement invisible du grand public, que pourrait se jouer la suite de sa candidature.
Sunuker News Desk














































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