De la coalition Diomaye à Kiiraay : le coût politique et financier d’une nouvelle transition
Le lancement de Kiiraay, présenté comme une nouvelle étape de la recomposition politique autour du président Bassirou Diomaye Faye, relance une question longtemps restée sensible au Sénégal : comment les partis politiques sont-ils financés et combien coûte réellement leur implantation sur le terrain ?
Dans le paysage politique sénégalais, les coalitions se forment, se transforment et parfois disparaissent au gré des échéances électorales. Derrière les slogans, les meetings et les opérations de mobilisation se trouve pourtant une réalité beaucoup plus prosaïque : la nécessité de disposer de moyens financiers pour faire vivre une organisation politique.
C’est dans ce contexte que le passage de la coalition « Diomaye Président » à Kiiraay mérite d’être observé au-delà de la simple création d’une nouvelle formation politique.
Une transition politique qui soulève la question du financement
Au Sénégal, le financement des partis politiques demeure depuis longtemps un sujet délicat. Le cadre officiel met notamment en avant les cotisations des membres, les dons et autres libéralités autorisées. Mais la question régulièrement posée dans le débat public est celle de la transparence réelle des ressources et de leur utilisation.
D’où proviennent concrètement les moyens nécessaires à l’organisation d’un parti national ? Comment sont financés les déplacements, les structures locales, les réunions, la communication, les campagnes d’adhésion ou encore les activités de mobilisation ?
Ces interrogations prennent une dimension particulière lorsqu’une coalition ayant porté un candidat à la magistrature suprême évolue ensuite vers une nouvelle organisation politique.
Le lancement de Kiiraay constitue ainsi davantage qu’un changement de nom ou de structure. Il traduit une volonté de construire un appareil politique durable, capable de s’implanter dans les territoires et de préparer les prochaines batailles électorales.
Le véritable coût d’une implantation nationale
Créer un parti sur le papier est une chose. Le faire fonctionner dans la durée en est une autre.
Une formation qui ambitionne une implantation nationale doit disposer de relais départementaux et communaux, organiser des rencontres, communiquer régulièrement, former ses militants et maintenir une présence politique entre deux élections. À cela s’ajoutent les dépenses liées aux outils numériques, aux déplacements et aux différentes activités publiques.
Il serait toutefois hasardeux d’avancer un montant précis pour le coût de Kiiraay sans disposer de ses comptes, de son budget prévisionnel ou d’informations officielles sur ses ressources.
C’est précisément là que se situe l’enjeu de la transparence : le débat ne devrait pas seulement porter sur l’existence légale des ressources, mais également sur leur traçabilité et leur contrôle.
Une démocratie moderne ne peut durablement laisser le financement de l’activité politique dans une zone grise. Les citoyens sont en droit de savoir, dans les limites prévues par la loi, comment sont financées les organisations qui sollicitent leur suffrage et comment leurs ressources sont utilisées.
De « Diomaye Président » à Kiiraay, une nouvelle équation politique
La naissance de Kiiraay intervient également dans une période de recomposition du pouvoir. La coalition qui avait accompagné l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la présidence était avant tout une structure électorale. La transformation en parti répond donc à une logique différente : installer une organisation politique dans le temps et donner un cadre durable au projet présidentiel.
Cette mutation pose cependant une autre question : jusqu’où ira la nouvelle formation dans la consolidation de son réseau et quelles ressources mobilisera-t-elle pour atteindre cet objectif ?
L’enjeu est d’autant plus important que la vie politique sénégalaise est régulièrement marquée par les grandes mobilisations populaires, dont l’organisation nécessite des moyens considérables. Dans ce contexte, la transparence financière peut devenir un véritable instrument de confiance entre les formations politiques et les citoyens.
Kiiraay devra donc être jugé non seulement sur son discours et son projet politique, mais aussi sur sa capacité à instaurer une culture de transparence autour de son fonctionnement.
Au fond, la question dépasse largement le seul cas de Kiiraay. Elle renvoie à un problème structurel de la démocratie sénégalaise : comment garantir aux partis politiques des moyens légaux et transparents, tout en empêchant que l’argent occulte ou les financements incontrôlés ne deviennent un facteur déterminant de la compétition électorale ?
Tant que cette question ne sera pas véritablement réglée, chaque nouvelle coalition ou formation politique continuera de susciter les mêmes interrogations.
Sunuker News Desk




















































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