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« Un étudiant, un ordinateur » : le Parlement ouvre une enquête sur un programme à 48 milliards FCFA

« Un étudiant, un ordinateur » : le Parlement ouvre une enquête sur un programme à 48 milliards FCFA

« Un étudiant, un ordinateur » : le Parlement ouvre une enquête sur un programme à 48 milliards FCFA

L’Assemblée nationale sénégalaise a décidé de passer au crible le programme « Un étudiant, un ordinateur », lancé pour faciliter l’accès des étudiants aux outils numériques. Réunis en séance plénière ce jeudi 20 août 2026, les députés ont adopté à l’unanimité, par 129 voix, une proposition de résolution portée par le groupe PASTEF Les Patriotes pour la création d’une commission d’enquête parlementaire consacrée à ce dispositif.

L’enquête devra retracer l’exécution administrative, financière et matérielle du programme depuis son lancement en 2017. Selon les éléments présentés dans l’exposé des motifs de la résolution, les dépenses engagées au fil des différentes éditions atteindraient près de 48 milliards de francs CFA.

Les parlementaires souhaitent notamment déterminer si les procédures prévues par la réglementation sénégalaise en matière de marchés publics ont été respectées. La résolution fait état de huit éditions qui auraient été exécutées sans appels d’offres et sans contrôle préalable de la Direction centrale des marchés publics (DCMP). Ces affirmations devront désormais être vérifiées et documentées par la commission.

L’aspect financier constitue l’un des principaux volets de l’enquête. Les députés font état de l’existence présumée de 13 comptes bancaires qui n’auraient pas été déclarés, ainsi que d’un fonds de garantie de 2 milliards de francs CFA placé auprès d’Ecobank. Des soldes représentant environ 864,8 millions de francs CFA sont également signalés comme n’ayant pas reçu d’explication suffisamment claire.

Des ordinateurs défectueux et un contentieux autour de l’édition 2023

La commission devra également examiner la gestion du matériel informatique acquis dans le cadre du programme. Parmi les éléments cités dans la résolution figure le stockage de 800 ordinateurs présentés comme défectueux et qui n’auraient pas été distribués aux étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

L’édition 2023 apparaît également comme un point particulièrement sensible. Un paiement de 1,446 milliard de francs CFA effectué au profit d’un intermédiaire qui n’aurait pas disposé d’un contrat direct avec l’administration est notamment évoqué.

Cette opération aurait débouché sur un contentieux judiciaire et entraîné une nouvelle dépense pour l’État. Celui-ci aurait finalement dû verser 1,25 milliard de francs CFA supplémentaires pour permettre la livraison de 7 055 ordinateurs destinés à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane.

Pour les initiateurs de l’enquête, cette situation soulève des interrogations sur la chaîne de commande, le contrôle des paiements et la sécurisation des deniers publics. Il appartiendra toutefois à la commission de vérifier les faits, de reconstituer les opérations et de déterminer les responsabilités éventuelles.

Onze députés pour établir les responsabilités

La future commission d’enquête sera composée de onze députés, désignés au prorata de la représentation des différents groupes parlementaires. Elle aura pour mission de retracer l’évolution du programme depuis 2017 et d’examiner aussi bien les décisions administratives que les opérations financières et les modalités d’acquisition et de distribution des ordinateurs.

Les investigations devront notamment permettre d’évaluer le montant exact des éventuels préjudices subis par l’État, d’identifier les dysfonctionnements et de déterminer les responsabilités des différents acteurs administratifs et ministériels intervenus dans la gestion du programme au cours des neuf dernières années.

Au-delà du seul programme informatique, cette enquête intervient dans le cadre d’une volonté plus large de l’Assemblée nationale de renforcer le contrôle parlementaire sur la gestion des ressources publiques. Plusieurs autres commissions d’enquête ont également été approuvées lors de la session extraordinaire, portant notamment sur le foncier, le patrimoine immobilier de l’État, les exonérations fiscales et les licences de pêche industrielle.

Les travaux de la commission seront donc particulièrement suivis. Ils devront permettre de distinguer les éventuelles irrégularités des simples dysfonctionnements administratifs et de fournir, au terme des investigations, une lecture documentée de la gestion du programme « Un étudiant, un ordinateur ».

Sunuker News Desk