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État civil au Sénégal : l’ANEC verrouille les actes et déploie six niveaux de contrôle contre la fraude

État civil au Sénégal : l’ANEC verrouille les actes et déploie six niveaux de contrôle contre la fraude

État civil au Sénégal : l’ANEC verrouille les actes et déploie six niveaux de contrôle contre la fraude

L’état civil sénégalais poursuit sa mue numérique. À Pire, dans le département de Tivaouane, le directeur général de l’Agence nationale de l’état civil (ANEC), Matar Ndao, a dévoilé les avancées d’un vaste chantier destiné à moderniser les 629 centres du pays, sécuriser les documents et réduire les risques de fraude. À la clé : digitalisation, interconnexion des administrations, hébergement national des données et surtout six niveaux de contrôle pour vérifier l’authenticité des actes.

Le Sénégal veut tourner la page d’un état civil vulnérable aux pertes d’archives, aux manipulations et aux falsifications. À l’occasion de la Journée internationale de l’état civil célébrée à Pire, l’ANEC a fait le point sur la transformation engagée à l’échelle nationale.

Selon Matar Ndao, 77 % des 629 centres d’état civil que compte le pays sont désormais couverts par le processus de modernisation. Le déploiement est déjà effectif à Dakar, Thiès, Louga, Diourbel, Fatick et Kaolack. L’ANEC prévoit de poursuivre l’opération à Tambacounda avant de l’étendre aux régions du Sud au cours du dernier trimestre de 2026.

Cette modernisation repose notamment sur le Logiciel de gestion de l’état civil (LGEC) et sur la plateforme « Sama État civil ». Cette dernière permet aux citoyens d’introduire à distance des demandes d’actes de naissance, de mariage ou de décès. À Pire, le dispositif permet déjà d’effectuer la demande en ligne avant de récupérer le document auprès du centre concerné. La possibilité de choisir un autre lieu de retrait ou de recevoir certains documents directement sur téléphone reste toutefois soumise à l’adoption d’un cadre juridique par l’Assemblée nationale.

Derrière cette transformation numérique se trouve une base nationale qui rassemble désormais plus de 15 millions d’actes d’état civil. L’objectif est de constituer progressivement un registre fiable, harmonisé et exploitable par les différentes administrations publiques.

Mais la digitalisation ne constitue qu’un volet de la réforme. L’un des chantiers les plus sensibles concerne la sécurisation des documents. L’ANEC affirme avoir travaillé sur un dispositif comprenant six niveaux de contrôle destinés à vérifier l’authenticité des actes auprès des administrations et structures habilitées. Une architecture présentée par Matar Ndao comme un moyen de renforcer la lutte contre la fraude documentaire.

Cette sécurisation intervient dans un contexte où l’état civil est considéré par les autorités comme un élément central de la gouvernance publique. En mai 2026, le Conseil des ministres avait demandé l’accélération de la digitalisation intégrale de l’état civil ainsi que le renforcement de la fiabilité des documents et de la conservation sécurisée des registres et archives.

L’ANEC mise également sur l’interconnexion entre plusieurs secteurs. La santé, l’éducation et la Direction de l’automatisation des fichiers (DAF) sont appelées à être davantage connectées au système. Dans les maternités, le dispositif doit notamment permettre l’enregistrement direct des naissances dans le système d’état civil. Cette interopérabilité vise à réduire les ruptures dans la transmission de l’information et à améliorer la fiabilité des données.

La question de l’hébergement des données occupe elle aussi une place stratégique. Selon Matar Ndao, les informations de l’état civil sont conservées au Sénégal dans un datacenter appartenant à l’État et réparties sur trois sites situés à l’intérieur du pays. L’ANEC avait déjà indiqué en 2025 disposer de trois serveurs sécurisés, dont deux fonctionnant en temps réel et un serveur de secours destiné à assurer la sauvegarde des registres.

Pour l’ANEC, l’enjeu est donc double : faciliter l’accès des citoyens à leurs documents tout en empêchant que la simplification numérique ne crée de nouvelles vulnérabilités. La plateforme « Sama État civil » a été conçue dans cette logique, avec l’objectif de réduire les déplacements et les délais tout en améliorant la traçabilité des demandes. Lors de son lancement en 2026, l’agence avait également souligné que la sécurisation et l’intégrité des données constituaient des priorités du dispositif.

La réforme repose enfin sur le facteur humain. Depuis le lancement du Plan national de remédiation en mai 2026, l’ANEC a annoncé avoir formé 920 agents et officiers de l’état civil dans plusieurs régions. Ces formations accompagnent le déploiement du LGEC et de « Sama État civil » et doivent permettre une meilleure appropriation des nouveaux outils.

Cette dimension est essentielle dans un système où la technologie ne peut remplacer totalement la responsabilité des agents et des officiers. L’ANEC a d’ailleurs appelé les maires à veiller au respect strict des procédures et à l’utilisation effective des outils numériques mis à la disposition des centres d’état civil.

Au-delà des ordinateurs et des plateformes, la réforme touche ainsi à une question fondamentale : celle de l’identité juridique de chaque citoyen. Un état civil fiable conditionne l’accès à de nombreux droits et services, notamment l’éducation, la santé, la protection sociale, l’emploi et certaines démarches administratives.

Le choix de Pire pour accueillir cette célébration traduit également la volonté affichée par l’ANEC de sortir d’une logique strictement administrative et d’aller davantage à la rencontre des populations. Un forum populaire a ainsi été organisé avec les habitants afin d’échanger sur les enjeux liés à l’état civil.

À cette occasion, le maire de Pire, Mamadou Ndoye Bane, a été nommé « ambassadeur de l’état civil », une distinction honorifique que l’ANEC indique avoir déjà attribuée à d’autres personnalités engagées dans la promotion de l’état civil.

Avec la digitalisation, l’interconnexion des services, l’hébergement national des données, la formation des agents et les six niveaux de vérification annoncés, l’ANEC veut donc installer une nouvelle architecture de l’état civil sénégalais. Le véritable défi sera désormais de maintenir cette sécurité dans la durée, d’assurer l’application uniforme des procédures dans les 629 centres et de garantir aux citoyens un accès simple, rapide et fiable à leur identité administrative.

Sunuker News Desk