Transports au Sénégal : l’OFNAC traque les failles qui peuvent alimenter la corruption
L’Office national de lutte contre la corruption (OFNAC) veut désormais s’attaquer aux vulnérabilités du secteur des transports avant qu’elles ne se transforment en pratiques frauduleuses. Réunis à Saly, dans le département de Mbour, les principaux acteurs des transports routier et aérien participent à un atelier de trois jours destiné à cartographier les risques de corruption et à proposer des mécanismes de prévention. Une démarche qui place au centre du débat les procédures administratives, les contrôles et les nombreuses interactions entre usagers, professionnels et agents publics.
Le message de l’OFNAC est clair : il ne s’agit pas d’organiser une chasse aux coupables, mais d’identifier les endroits où le système peut être fragilisé. À l’ouverture des travaux, mercredi 16 septembre, le président de l’institution, Moustapha Ka, a insisté sur cette approche préventive : « Cartographier un risque, ce n’est pas désigner un coupable ni désigner une administration ».
Pendant trois jours, représentants de l’administration, services techniques, forces de défense et de sécurité, transporteurs, organisations syndicales et professionnelles, assureurs et acteurs de la société civile sont appelés à examiner le fonctionnement concret des procédures. L’objectif est d’identifier les risques, de les analyser et de les hiérarchiser afin de déterminer les réponses permettant de les réduire. Le ministre des Transports terrestres et aériens, Abdoul Ahad Ndiaye, a lui aussi appelé à renforcer les mécanismes de prévention et de maîtrise de ces risques.
Le secteur des transports présente, par nature, de nombreux points de contact avec l’administration. Permis de conduire, licences, agréments, contrôle technique, contrôles routiers, gestion des infrastructures, sanctions, amendes et pénalités constituent autant de procédures dans lesquelles peuvent intervenir des décisions administratives ou des pouvoirs d’appréciation. Pour l’OFNAC, ces zones doivent donc faire l’objet d’une attention particulière.
L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule question de la bonne gouvernance. Il touche directement à la sécurité des usagers. Moustapha Ka a ainsi établi un lien entre l’intégrité des procédures et la protection des vies humaines, en rappelant le traumatisme national provoqué par le drame de Sikilo, survenu en janvier 2023 dans la région de Kaffrine.
Cette collision entre deux bus avait officiellement fait 40 morts et plus d’une centaine de blessés. Le drame avait conduit les autorités de l’époque à annoncer une série de mesures destinées à renforcer la sécurité routière : contrôle technique, conditions d’exploitation des véhicules de transport, limitation de l’âge du parc, réglementation de la circulation nocturne, contrôle des permis et lutte contre l’utilisation de pneus usagés figuraient notamment parmi les mesures annoncées.
L’affaire avait également donné lieu à des poursuites judiciaires. En janvier 2023, les propriétaires des deux bus impliqués avaient été condamnés par le tribunal de grande instance de Kaolack à deux ans d’emprisonnement avec sursis, notamment pour mise en danger de la vie d’autrui et plusieurs manquements liés aux conditions d’exploitation des véhicules.
Trois ans après cette tragédie, l’OFNAC veut donc replacer la prévention des risques au cœur de la réflexion. L’idée défendue par l’institution est de ne pas attendre qu’une infraction, une défaillance ou un drame survienne pour intervenir. Les procédures doivent être examinées en amont afin de repérer les failles susceptibles de favoriser des comportements contraires à l’intégrité.
Cette orientation intervient dans un contexte de transformation du dispositif national de lutte contre la corruption. Selon Moustapha Ka, l’année 2025 a marqué une étape importante avec l’adoption de plusieurs textes portant notamment sur la nouvelle architecture de l’OFNAC, la déclaration de patrimoine, la protection des lanceurs d’alerte et l’accès à l’information.
L’OFNAC cherche ainsi à évoluer vers une logique davantage fondée sur la prévention et la détection des risques. En juin dernier, son président expliquait déjà que l’institution souhaitait aller au-delà des textes pour renforcer les mécanismes permettant aux citoyens et aux professionnels de signaler les faits présumés de corruption. L’Office avait notamment fait état d’une hausse des signalements depuis l’adoption de la législation sur la protection des lanceurs d’alerte.
Dans les transports, la démarche sera particulièrement observée, compte tenu de l’importance économique et sociale du secteur. Les décisions prises dans ce domaine peuvent concerner quotidiennement des milliers d’usagers et de professionnels. La transparence des procédures, la traçabilité des contrôles et la limitation des interventions discrétionnaires constituent donc des enjeux majeurs.
À l’issue de l’atelier de Saly, l’OFNAC prévoit de disposer d’un outil permettant d’identifier les principales vulnérabilités des transports routier et aérien. Les travaux doivent déboucher sur un plan de mitigation des risques, des recommandations opérationnelles ainsi qu’une feuille de route destinée à accompagner leur mise en œuvre.
Pour Moustapha Ka, la réussite de l’exercice dépendra toutefois de la capacité des participants à parler sans détour du fonctionnement réel des procédures. L’atelier doit, selon lui, être un espace de dialogue professionnel ouvert et constructif, permettant de confronter les textes aux réalités du terrain, d’identifier les bonnes pratiques et de mettre en évidence les insuffisances des mécanismes existants.
L’initiative marque ainsi un changement de méthode : plutôt que de se limiter à rechercher les auteurs d’actes répréhensibles après leur commission, l’OFNAC entend intervenir sur les mécanismes qui peuvent rendre ces pratiques possibles. Dans un secteur où une faiblesse administrative peut parfois avoir des conséquences financières, économiques, voire humaines, la cartographie des risques apparaît comme un outil destiné à renforcer à la fois la transparence et la sécurité publique.
Sunuker News Desk




















































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