Quand un État de l’UEMOA lance un emprunt obligataire, qu’une entreprise ouvre son capital au public ou qu’un particulier achète des actions à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), ces opérations s’inscrivent dans un cadre strict. À la manœuvre : le Conseil Régional de l’Épargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF), l’autorité de régulation du marché financier de l’Union.
Un gendarme créé pour bâtir la confiance
Mis en place le 3 juillet 1996 par le Conseil des Ministres de l’UMOA, le CREPMF est l’organe communautaire chargé de protéger l’épargne investie sur le marché financier régional. Installé à Abidjan, comme la BRVM, il autorise les appels publics à l’épargne, agrée les intervenants – sociétés de gestion et d’intermédiation, sociétés de gestion d’actifs, OPCVM, apporteurs d’affaires – et contrôle la régularité des opérations de bourse.
Sans régulateur, pas de marché : les investisseurs n’achètent des titres que s’ils ont confiance dans la qualité de l’information diffusée et dans le respect des règles. Le CREPMF vérifie donc les notes d’information, surveille la publication des résultats et peut sanctionner tout manquement. Cette mission est d’autant plus cruciale que le marché régional prend de l’ampleur.
Un marché de plus de 28 000 milliards FCFA
Au 31 décembre 2025, la capitalisation du marché des actions de la BRVM dépassait 16 000 milliards FCFA, tandis que l’encours obligataire avoisinait 12 000 milliards FCFA. Le 26 juin 2026, l’indice BRVM Composite affichait 449,82 points pour une capitalisation globale d’environ 17 205 milliards FCFA.
Les États sont les premiers utilisateurs de ce marché. L’encours des titres publics émis sur le marché régional dépassait déjà 20 000 milliards FCFA en 2025. Le Sénégal, à lui seul, a levé 405 milliards FCFA en mars 2025 puis 364 milliards FCFA en juillet 2025 via des emprunts obligataires, signant un record historique sur le marché secondaire de l’UEMOA. Le Burkina Faso, le Bénin et la CRRH-UEMOA ont aussi multiplié les émissions, y compris des « Social Bonds » de 60 milliards FCFA pour financer le logement abordable.
Protéger l’épargne, encadrer l’innovation
Au-delà des sociétés cotées, le CREPMF supervise l’ensemble des acteurs du marché. Il veille à ce que les fonds de pension, compagnies d’assurance et banques, qui gèrent des milliers de milliards FCFA, investissent dans un environnement sécurisé.
Le régulateur accompagne aussi l’innovation : obligations vertes, obligations durables, sukuk islamiques… Ces produits répondent à de nouveaux besoins de financement mais exigent des règles de transparence adaptées. Toute émission par appel public à l’épargne doit obtenir le visa du CREPMF, qui contrôle le prospectus et s’assure que l’information donnée au public est complète et sincère.
Un enjeu macroéconomique
Pour les huit États de l’UEMOA, la crédibilité du marché financier conditionne directement le coût de la dette. Quand le cadre est jugé fiable, les Trésors publics lèvent plus facilement les ressources nécessaires à leurs budgets. À l’inverse, une perte de confiance renchérit les taux ou réduit l’appétit des investisseurs.
Côté privé, de plus en plus d’entreprises utilisent la BRVM pour financer leur croissance. Coris Bourse indiquait avoir redistribué plus de 250 milliards FCFA aux investisseurs en 2025, signe de la vitalité du marché.
Mobiliser l’épargne régionale
L’UEMOA doit mobiliser chaque année des milliers de milliards FCFA pour ses infrastructures, ses PME et ses projets sociaux. Le développement du marché des capitaux est l’un des leviers pour capter l’épargne locale et réduire la dépendance au crédit bancaire. En délivrant agréments et visas, en sanctionnant les abus et en édictant les règles, le CREPMF joue ce rôle de tiers de confiance.
Sans cette supervision, le marché financier régional peinerait à grandir et les économies de l’Union resteraient tributaires des financements extérieurs ou du système bancaire classique.
La Rédaction : sunuker.net


















































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