En tant que citoyen, j’ai pu retenir les leçons qu’il avait données à toute la Nation sénégalaise; en tant que manager étudiant, j’ai gardé en mémoire celles qu’il avait prodiguées à l’un de nos professeurs qui fut son jeune ministre et « apprenti »; et en tant qu’entrepreneur débutant, j’ai assimilé celles qu’il m’avait enseignées directement.
En tant que citoyen, j’ai pu retenir les leçons qu’il avait données à toute la Nation sénégalaise; en tant que manager étudiant, j’ai gardé en mémoire celles qu’il avait prodiguées à l’un de nos professeurs qui fut son jeune ministre et « apprenti »; et en tant qu’entrepreneur débutant, j’ai assimilé celles qu’il m’avait enseignées directement.
Les leçons à la Nation sénégalaise
Quand on parle du Président Abdou DIOUF, ce qui revient le plus souvent ce sont ces deux fameuses sentences :
- « Jàkk jaa ngi nii, ku mu neex nga ndodd1», qui fut le point de départ du multipartisme intégral au Sénégal dès son accession à la magistrature suprême en 1981;
- « Je transmettrai le texte tel quel à l’Assemblée nationale sans y changer une seule virgule », en faisant allusion au projet de loi de révision du code électoral en 1992, qui posa les germes de la première alternance au début du millénaire.
1 La mosquée est accessible, quiconque le désire peut venir faire l’appel à la prière
De même que s’il n’y a pas eu de « dédioufisation » après son départ, c’est bien parce qu’il a su protéger famille et alliés en les maintenant éloignés de l’exercice du pouvoir. Très peu d’élèves de notre lycée pouvaient reconnaître sa fille cadette, qui y a effectué une année scolaire (au moins), lorsqu’elle rentrait à pied après les cours accompagnée par un seul garde du corps. Presque personne ne pouvait reconnaître son fils aîné lorsqu’il faisait sa marche sportive sur la corniche ouest. Ceci est une belle leçon de civilité.
Les leçons à un jeune ministre
au détour d’un cours d’Économie Politique, lors de nos séminaires de MBA Executive, notre professeur, par ailleurs ancien ministre et proche du Président DIOUF, nous relata une anecdote assez révélatrice. Le jeune ministre qu’il était, ayant eu maille à partir avec un subalterne récalcitrant, avait pris la décision de le sanctionner. Le président, ayant eu vent de l’histoire, le convoqua pour lui demander des explications qu’il trouva assez peu convaincantes. Il lui fit alors un cours magistral sur ce que représentait la République, en ce sens qu’elle ne lui appartenait pas à lui ministre, pas plus qu’elle ne lui appartenait à lui-même Président de la République. Que le pire ennemi de l’homme d’État restait l’égo qui était à l’origine de l’hubris, symbole de tout excès et de tout abus de pouvoir. Et pour illustrer son propos, il lui raconta comment il avait eu à gérer un moment crucial de la vie de notre Nation. Des évènements douloureux avaient entraîné des pertes en vie humaines parmi de valeureux serviteurs de la République, avec pour conséquence la colère légitime de leurs collègues qui réclamaient justice. Leur autorité de tutelle sollicita une audience auprès du Président DIOUF pour lui en faire part, suggérant subtilement une action punitive envers la personne qui serait à l’origine de ces faits gravissimes. Ce dernier, après l’avoir attentivement écouté, lui répliqua, équanime : « Monsieur, je vous tiens pour responsable de l’intégrité physique de ce jeune homme de la pointe de ses cheveux jusqu’au bout de ses orteils. » Jeune homme qui avait pourtant tenu à son endroit, publiquement, des propos des plus outranciers. Notre professeur reçu ce jour-là, et nous tous à travers lui, une formidable leçon d’humanité.
Les leçons à un très jeune compatriote entrepreneur
C’est en juillet 1993 que j’ai écrit pour la première fois au Président Abdou DIOUF pour lui faire part de mon projet d’informatisation des lycées et collèges du Sénégal, alors que j’étais Président du GIE MICRO MEGA. Je garde encore, par-devers moi, les quatre lettres qu’il m’adressa, en guise de réponses, par l’intermédiaire du Ministre d’État, Ministre des Affaires et Services Présidentiels, le regretté Ousmane Tanor DIENG. Lors de nos échanges épistolaires qui ont duré plus d’une année, Il m’avait mis en relation avec le Ministre de la Modernisation et de la Technologie Magued DIOUF et avec le Ministre de l’Éducation André SONKO. Malgré le fait que ce projet fit long feu, je fus traité avec tous les égards par les ministres et leurs équipes, aussi bien sur le plan administratif que sur le plan technique, pendant qu’ils rendaient compte régulièrement à la Présidence qui suivait le dossier de près. Je me souviens d’une réunion tendue au Ministère de l’Éducation durant laquelle j’avais tenu tête à une douzaine de Directeurs et Chefs de Services à la fois sceptiques et admiratifs devant un jeune informaticien d’à peine vingt-quatre ans, formé au Sénégal de surcroit, qui avait l’audace de venir présenter une proposition somme toute révolutionnaire pour l’époque. Concomitamment, je me permettais, à travers nos échanges, de prodiguer des conseils au Président DIOUF, comme l’atteste ce courrier du 29 novembre 1993 que le Ministre d’État Tanor DIENG concluait en ces termes : « En vous adressant les remerciements du Président de la République pour vos suggestions en matière de communication gouvernementale en direction des populations, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs ».
Ne nous y trompons cependant pas, le deuxième Président de la République du Sénégal n’était pas un dirigeant candide. Une situation survenue en 1991 pourrait l’illustrer. Comme de coutume lors de la rentrée des cours et tribunaux, le Président de la Cour Suprême devait soumettre son projet de discours aux services présidentiels pour que le Chef de l’État puisse préparer son allocution. Le texte reçu était problématique parce que le haut magistrat, à travers des mots jugés discourtois, avait insisté sur la nécessité de renforcer la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire. Après plusieurs interactions avec les collaborateurs du Président DIOUF, le Président de la Cour Suprême accepta de changer son discours introductif. Le jour J, cependant, contre toute attente, il décida de lire le premier texte, qui avait été amendé, devant un Chef de l’État étonné mais, comme à son habitude, équanime, qui se résolut ensuite à faire stoïquement son allocution qu’on lui avait préparée. Lors du débriefing avec ses conseillers juridiques qui analysèrent l’événement comme inacceptable, il leur demanda, légaliste jusqu’au bout des ongles : « Qu’est-ce que la loi m’autorise de faire ? ». Ce fut alors le point de départ de la réforme des institutions judiciaires de 1992, avec la suppression de la Cour Suprême et la création du Conseil Constitutionnel, du Conseil d’État et de la Cour de Cassation. C’était assurément une excellente leçon d’autorité.
La légende raconte qu’au soir du 19 mars 2000, alors que les premiers résultats donnaient le Président Abdoulaye WADE vainqueur au second tour des élections présidentielles, une délégation composée de ses partisans et de ses alliés vint trouver le président sortant, cherchant à lui faire appréhender, avec moult arguments, la possibilité, voire la nécessité d’un passage en force malgré la défaite qui s’annonçait. Après les avoir patiemment écouté, avec équanimité, Abdou DIOUF, à leur départ, appela le nouveau président élu pour le féliciter. Il avait choisi l’Histoire.
Happy birthday Mister President !
Joyeux anniversaire Monsieur le Président !























































Laisser une réponse
View Comments