Tigré : la médiation d’Obasanjo échoue à débloquer le dialogue, le spectre d’une nouvelle guerre ressurgit en Éthiopie
La visite de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo à Mekele n’aura, pour l’heure, pas permis de rapprocher les autorités tigréennes du gouvernement fédéral éthiopien. Alors que les tensions militaires s’intensifient de nouveau, l’Éthiopie se retrouve face au risque d’un retour aux affrontements à grande échelle qui avaient ravagé le Tigré entre 2020 et 2022.
La tentative de médiation de l’Union africaine semble marquer le pas. Arrivé le 24 août à Mekele, capitale du Tigré, l’envoyé spécial de l’UA pour la Corne de l’Afrique, Olusegun Obasanjo, espérait relancer un processus de dialogue entre les autorités tigréennes et le gouvernement fédéral dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed.
Mais dès le lendemain, les autorités du Tigré ont estimé que cette visite n’avait débouché sur aucune avancée concrète. Elles déplorent notamment l’absence de suivi des discussions engagées en juin avec l’ancien président nigérian, qui avait déjà joué un rôle central dans les négociations ayant conduit à l’accord de Pretoria en novembre 2022. Cet accord avait mis fin à deux années d’une guerre extrêmement meurtrière.
Un dialogue au point mort
Selon les autorités tigréennes, plusieurs pistes avaient pourtant été identifiées lors de la précédente mission d’Obasanjo. Parmi leurs principales revendications figurent la fin de ce qu’elles décrivent comme un encerclement militaire de la région et le rétablissement du statut juridique et politique du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
Le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, a qualifié la nouvelle visite d’Obasanjo d’« informelle » et indiqué qu’elle n’avait pas été annoncée à l’avance. Addis-Abeba, de son côté, n’a pas communiqué publiquement sur la mission et n’a pas précisé si l’émissaire africain avait rencontré des représentants du gouvernement fédéral.
Cette absence de communication officielle est particulièrement préoccupante alors que la situation militaire s’est considérablement dégradée ces dernières semaines.
Le risque d’un nouvel embrasement
Le Tigré reste profondément marqué par la guerre de 2020-2022. Le conflit entre les forces fédérales éthiopiennes et les combattants liés au TPLF, avec l’implication de forces et milices alliées, a provoqué une catastrophe humanitaire majeure. L’AFP estime à environ 600 000 le nombre de morts liés à cette guerre, tandis que des centaines de milliers de personnes demeurent déplacées.
Moins de quatre ans après Pretoria, le calme est donc extrêmement fragile.
Des affrontements impliquant notamment des tirs d’artillerie et des drones ont déjà repris dans certaines zones du Tigré. L’AFP rapportait début août des combats autour de Shirena, dans l’ouest de la région, tandis qu’une frappe de drone attribuée aux forces fédérales aurait touché Mekele le 20 août.
Cette remontée des tensions intervient alors que les deux camps s’accusent mutuellement de préparer une nouvelle offensive. La concentration de forces militaires autour du Tigré fait ainsi craindre que les incidents locaux ne dégénèrent en confrontation ouverte.
Une médiation africaine face à un défi majeur
Pour l’Union africaine, le dossier tigréen représente un test majeur de sa capacité à prévenir la résurgence d’un conflit sur le continent. Obasanjo dispose d’une légitimité particulière : il avait participé aux négociations qui avaient abouti à l’accord de Pretoria.
Mais son retour à Mekele montre aussi les limites de la diplomatie lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’engagements politiques suffisamment solides de la part des protagonistes.
Le TPLF affirme rester disposé à participer à un dialogue « crédible » et limité dans le temps, à condition que celui-ci bénéficie d’un soutien international. Reste à savoir si Addis-Abeba acceptera de revenir à la table des négociations dans un contexte où les rapports de force militaires reprennent une place centrale.
Le précédent de 2020 hante toujours l’Éthiopie
L’inquiétude est d’autant plus forte que les conséquences d’une nouvelle guerre seraient considérables. Le Tigré est économiquement exsangue, les populations déplacées peinent encore à retrouver leurs foyers et les infrastructures restent lourdement affectées par le conflit précédent.
La montée des tensions nourrit également la peur parmi les civils. Des Tigréens ont déjà recommencé à quitter certaines zones, tandis que les accusations de recrutements forcés et les campagnes de désinformation contribuent à renforcer la méfiance entre les communautés. L’AFP souligne d’ailleurs que la désinformation est devenue un véritable instrument de guerre dans le contexte actuel, compliquant davantage les efforts de désescalade.
L’échec apparent de la mission d’Obasanjo ne signifie pas encore que la guerre est inévitable. Mais il constitue un sérieux avertissement. Le temps de la diplomatie semble se réduire alors que les forces militaires se rapprochent à nouveau. Pour l’Union africaine comme pour les partenaires internationaux de l’Éthiopie, l’urgence est désormais d’empêcher que les tensions actuelles ne reproduisent le scénario qui avait plongé le Tigré dans l’une des guerres les plus meurtrières du continent au cours de la dernière décennie.
Sunuker News Desk












































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