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Mame Makhtar Jamra, le gardien du temple (Par Papa Ibrahim Fam)

Mame Makhtar Jamra, le gardien du temple (Par Papa Ibrahim Fam)

Mame Makhtar Jamra, le gardien du temple (Par Papa Ibrahim Fam)

Je l’ai rencontré qu’une seule fois, en juin 2019, pour les besoins d’une émission que je produisais. Mais comme ces personnages publics que l’on voit à la télévision, on a l’impression de les connaître tant ils se sont incrustés dans notre quotidien grâce à la magie du petit écran. Le visage marqué par les années de lutte, me paraissait familier. Dans sa maison familiale à Yoff , petit village lébou, il nous donna rendez-vous pour une interview. Arrivé sur les lieux vers les coups de quatorze heures. Et, en attendant, l’installation des équipements et qu’il se prépare, l’heure de la prière sonna, le muezzin pas si loin de la demeure se fit entendre. C’est ainsi que nous, l’équipe de production et le journaliste Mr Ndiaye Omar, furent introduit,  par Mme Gueye, dans une petite pièce dédiée à la prière. L’odeur de l’encens inondait l’espace de culte, la température ambiante y était basse, frais, sûrement climatisée, j’en suis plus trop sûre, mais dans cette cité calme, ce moment de recueil, nous plongeaient dans un état de dévotion et de méditation profonde.

Le Thiouray, contenu dans de petites bouteilles entre ouvertes, alignées sur un meuble, laissées entrevoir une rangée d’exemplaires du livre Saint, le Coran.

L’encens, la signature olfactive, j’y reviendrai.

Mame Makhtar Gueye est de ces hommes dont la vie est dédiée à la collectivité. Il est ce fusible nécessaire, ce soldat que les familles religieuses et le Clergé, ont besoin pour assurer la permanence sur le terrain civil. Plus informé que les Khalifes Généraux, sur les questions mondaines, Mame Makhtar et son organisation Jamra portent le combat pour la sauvegarde des valeurs Sénégalaises. Certes, son activisme ne fait pas l’humanité, il n’en reste pas sine qua non. Les conservateurs, une bonne partie de la société sénégalaise, soutient ses combats. D’ailleurs, il est devenu malgré lui, le policier des mœurs. Sur les réseaux sociaux, Il est taggé par les internautes, lorsqu’un artiste sort un vidéo clip jugé obscène, il est appelé pour « porter devant les tribunaux », les producteurs de téléfilms, quand une série promeut des valeurs à l’opposé des nôtres, « Super Makhtar » est partout.

Toutefois, le rôle de médiateur que ce membre de l’aristocratie dakaroise incarne, est encore plus important. Jamra reçoit les licenciés des entreprises privées ou publiques, porte les plaidoyers des victimes de bavures, d’abus. Les médiations quelles soient  politiques ou sociétales, il est sollicité.

Mame Makhtar Gueye n’est plus si jeune. Si on lui souhaite une longue vie, il est aussi nécessaire de rappeler qu’il faut célébrer nos héros tant qu’ils sont encore parmi nous.

Notre société a une de ces tares congénitales qu’elle traîne depuis fort longtemps, on a tendance à attendre la mort d’un illustre pour se rendre compte de son essence. Une des raisons pour lesquelles, le grand griot, feu Doudou Ndiaye Coumba rose avait déclaré de son vivant : « Le problème au Sénégal est que les gens attendent toujours ta mort pour te rendre hommage. Quiconque me le fait, je ne le lui pardonnerai pas. On me jette des fleurs partout. Les autorités à chaque fois  que je les rencontre disent que je suis un exemple pour les jeunes, qu’ils sont reconnaissants pour ce que j’ai fait pour le pays. »

Passionné , est le qualificatif qui décrit l’homme à la tunique blanche, Mame Makhtar Gueye. Lors de cet interview, si ce n’était le talent du journaliste Mr Ndiaye Omar, on aurait pu avoir des soucis de batterie.Mr Gueye ne fut pas laconique dans sa réponse   sur l’historique de l’organisation Jamra. Il admire son défunt frère, Abdou Latif  Gueye, parti à l’âge de 52 ans. Mame Makhtar avait les yeux plus perçants que d’habitude, les pupilles ouvertes, quand il retraçait les combats menés aux côtés d’Abdou Latif Gueye.

Nous avons rencontré un homme sincère, généreux dans la transmission. Il est aussi patient, car, nôtre jeune preneur de son et ami, Djigueul qui avait oublié de mettre en mode silence son appareil mobile, paniqua et face à nos regards désapprobateurs se rebella et abandonna son poste pour aller répondre à un appel téléphonique qui « ne pouvait attendre ». Mame Makhtar Gueye, dans un flegme britannique, ne fit aucun commentaire, pour ne pas nous gêner encore plus face à cette situation d’un amateurisme inouïe.Pape Djigueul, le technicien son revint et l’on termina cet entretien dans la bonne humeur et à temps avant le couché du soleil.

En nous raccompagnant à la porte, on s’était permis de le tutoyer, le longiligne Gueyéne nous avait mis à l’aise tellement que l’on conversait comme père et fils. Dans un moment de silence, devant la porte de sa demeure, je lui demanda :

«  Doyen, comment se fait il qu’il n’y a pas de sécurité devant chez vous ? »

La question était légitime tant les dossiers que portaient l’ONG Jamra était sensible. Il répondit avec un verset que je ne peux transcrire ici avec précision mais qui disait en substance :

«  c’est Allah qui protège. »

Une vérité qui traduit la foi de ce monsieur et son courage.

Ceci n’était pas un hommage.

Papa Ibrahim Fam