Par La Rédaction
L’histoire religieuse du Sénégal est jalonnée de figures d’exception dont l’œuvre a traversé les époques pour façonner durablement l’identité spirituelle du pays. Parmi ces bâtisseurs de consciences, Cheikh El Hadji Ahmadou Barro Ndiéguène (RTA) occupe une place de choix. Fondateur du prestigieux foyer de Keur Mame El Hadji à Thiès, son parcours se confond avec l’enracinement de la science islamique et de la voie Tijaniyya dans la Cité du Rail.
Des racines profondes dans le Saloum et une formation rigoureuse
Né en 1825 à Kassass, près de Kaffrine, Ahmadou Barro Ndiéguène voit le jour dans une famille profondément ancrée dans la piété et l’érudition. Son père, Cheikh Médoune Ndiéguène, éminent lettré, avait reçu le wird tijani directement des mains de Cheikh El Hadji Oumar Al Foutiyou Tall. Sa mère, Sokhna Fatoumata Ndao, appartenait quant à elle à la noble lignée des Beuleup du Ndoucoumane.
Bénéficiant de cet héritage spirituel et familial d’exception, le jeune Ahmadou mémorise le Saint Coran sous la direction de son père avant de parfaire ses apprentissages à Rufisque auprès de son oncle Cheikh Birane Cissé et de Chérif Sidi Mouhamed. Cette quête insatiable du savoir le prépare à la mission de grande envergure que le destin lui a tracée.
L’implantation à Thiès et la naissance de Keur Mame El Hadji
Mandaté pour propager la lumière du Coran, Ahmadou Barro Ndiéguène s’établit à Thiès, s’installant d’abord à Nginth-Escale avant de jeter les bases de ce qui deviendra Keur Mame El Hadji. Dans cette zone qui n’était alors qu’une forêt, il érige une mosquée, un daara et une zawiya.
Loin de chercher les honneurs ou le pouvoir, il fait de la transmission du savoir le combat de sa vie. Le Coran y est enseigné, les cœurs purifiés, et les disciples formés à la rigueur, à l’humilité et au service d’autrui. Son engagement constant auprès des populations lui vaudra d’ailleurs l’illustre qualificatif de « missionnaire de la religion musulmane ».
Un carrefour de convergence et de fraternité confrérique
L’une des dimensions les plus remarquables de la vie de Tafsir Ahmadou Barro Ndiéguène réside dans les relations privilégiées qu’il entretenait avec les autres grands maîtres spirituels de son époque. Sa demeure était un haut lieu de concorde et de respect mutuel :
Rencontre avec Cheikh Ahmadou Bamba (1895) : Sur le chemin de sa déportation, le fondateur du Mouridisme fait halte à Thiès et s’entretient avec lui, scellant une fraternité historique et indéfectible entre les familles Mbacké et Ndiéguène.
Complicité avec Seydi El Hadji Malick Sy : De leurs rencontres régulières dans la Cité du Rail naît un lien spirituel profond, cimentant les relations historiques entre les foyers de Tivaouane et de Thiès.
Liaison avec El Hadji Abdoulaye Niass (1911) : Au retour de Fès, le saint homme de Kaolack fait étape à Keur Mame El Hadji et participe symboliquement au redimensionnement de la zawiya, calquant ses dimensions sur celle de Cheikh Ahmad Tijani à Fès.
Une vie au service des hommes et un héritage pérenne
Nommé imam de Thiès vers 1908 après l’achèvement de la grande mosquée de Moussanté, il a su guider la communauté à travers les épreuves, à l’image de son dévouement exemplaire lors de l’épidémie de peste où il veilla personnellement à l’inhumation digne des défunts.
Rrappelé à Dieu en 1936, après une existence bénie estimée à 111 années, il laisse derrière lui un flambeau brillamment repris par sa lignée, notamment son fils Cheikh El Hadji Mouhamed Ndiéguène.
Aujourd’hui, à travers les écrits de référence comme l’ouvrage du Dr Assane Ndiéguène publié chez L’Harmattan, et la vitalité perpétuelle de Keur Mame El Hadji, l’œuvre d’Ahmadou Barro Ndiéguène demeure un phare. Elle rappelle avec force que la diversité des voies spirituelles ne fait que sublimer l’unité de la quête divine.

















































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