Autrefois perçue comme le bouclier militaire exclusif du gouvernement de Tripoli, la Turquie revoit sa partition. En se positionnant désormais comme une force de médiation entre l’Est et l’Ouest, Ankara espère consolider ses acquis économiques et sécuritaires dans un pays toujours miné par la violence.
Jadis actrice polarisante du conflit libyen — notamment lorsqu’elle a déployé un soutien militaire décisif en 2019 et 2020 pour empêcher les forces du maréchal Khalifa Haftar de s’emparer de la capitale —, la Turquie change aujourd’hui de posture. À la veille de son déplacement en Égypte, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a bouclé une tournée diplomatique de quarante-huit heures hautement symbolique en Libye.
Fait marquant de cette visite : le diplomate ne s’est pas contenté de ses alliés traditionnels à Tripoli. Il s’est également rendu à Benghazi, fief du camp de l’Est, affichant ainsi sa volonté de dialoguer avec les deux pôles de pouvoir qui se disputent le contrôle du pays.
Un pont entre l’Est et l’Ouest
Lors de son passage en Cyrénaïque, Hakan Fidan a martelé la nouvelle feuille de route d’Ankara : agir en tant que trait d’union. « La Turquie soutient le dialogue entre l’Est et l’Ouest », a-t-il affirmé à la presse, qualifiant de « constructif » le rôle que son pays compte jouer pour l’émergence d’une « Libye unie ». Sur le réseau social X, le ministre a d’ailleurs salué des échanges « approfondis et productifs » avec les responsables des deux camps.
Cette offensive de charme turque intervient dans un vide diplomatique notable. La Libye reste engluée dans une crise institutionnelle profonde, dirigée par deux gouvernements rivaux. La dernière initiative majeure de médiation, portée par les États-Unis en mai dernier pour tenter de réunifier les institutions, s’est soldée par un échec.
Les dividendes de la paix : Sécurité et Économie
Derrière ce discours conciliateur, les enjeux pour Ankara sont colossaux. L’État d’Afrique du Nord représente une profondeur stratégique vitale pour la Turquie en Méditerranée. Le maintien et le renforcement des accords de sécurité et de défense bilatéraux sont, aux yeux de la diplomatie turque, les garants de la stabilité régionale.
Mais l’offensive est aussi et surtout économique. La Turquie compte capitaliser sur la phase de reconstruction du pays. Déjà très présentes sur le marché libyen, les entreprises turques ciblent des secteurs clés : l’énergie (fortement convoitée), l’industrie, le BTP et les infrastructures. Hakan Fidan n’a d’ailleurs pas manqué d’exhorter à une intensification des investissements bilatéraux.
Une réalité sécuritaire toujours volatile
Cependant, les ambitions pacificatrices de la Turquie se heurtent à la brutale réalité du terrain. Preuve de l’extrême volatilité qui règne encore dans le pays, la visite du ministre turc a coïncidé avec de graves regains de violence sur les deux fronts.
Dans l’Ouest, à Zawiya, des frappes de drones ont visé des installations pétrolières, ravivant les craintes sur la sécurité des infrastructures énergétiques. À l’Est, à Benghazi, c’est le chef des services de renseignement locaux qui a perdu la vie dans l’explosion de son véhicule. Des incidents qui rappellent que la route vers la réconciliation libyenne est encore longue, et parsemée d’embûches.
La Rédaction : sunuker.com
















































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