L’ancien ministre camerounais Issa Tchiroma Bakary a décidé de porter son combat sur le terrain judiciaire international. Exilé en Gambie depuis plusieurs mois, l’opposant a saisi la justice française en déposant deux plaintes pénales visant le président Paul Biya ainsi que plusieurs hauts responsables de l’État camerounais. Une initiative sans précédent qui intervient dans le prolongement de la crise née de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025.
Selon le leader du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), les juridictions camerounaises ne lui offriraient pas les garanties nécessaires pour faire la lumière sur les violences qui auraient suivi le scrutin présidentiel. Il accuse les autorités d’avoir orchestré une répression contre des citoyens ayant réclamé « le respect de la vérité des urnes ». (Tchadinfos)
Les deux plaintes ont été déposées auprès du procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Paris. Elles reposent sur le principe de la compétence universelle, un mécanisme juridique permettant, dans certaines circonstances, à un État de poursuivre les auteurs présumés de crimes graves commis en dehors de son territoire, notamment lorsqu’il s’agit d’atteintes aux droits humains particulièrement graves.
Dans un communiqué rendu public le 12 juin, Issa Tchiroma Bakary affirme que cette démarche est le résultat de plusieurs mois de collecte de témoignages, d’éléments de preuve et de documents réalisés avec le concours d’avocats camerounais et étrangers, ainsi que d’acteurs de la société civile. L’objectif affiché est d’établir la chaîne des responsabilités concernant les violences postélectorales. (Tchadinfos)
L’opposant évoque des cas de détentions arbitraires et dénonce les conditions de détention de milliers de Camerounais emprisonnés après les contestations électorales. Il cite également le décès de certaines personnalités présentées comme victimes de mauvais traitements, dont Anicet Ekané et Souleyman Tobi, pour justifier la nécessité d’une action judiciaire internationale. (Tchadinfos)
Cependant, les chances d’aboutissement de cette procédure demeurent très incertaines. En droit international, un chef d’État en exercice bénéficie généralement d’une immunité personnelle devant les juridictions étrangères. Cette protection constitue l’un des principaux obstacles à d’éventuelles poursuites contre Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Les magistrats français devront également déterminer si les critères d’application de la compétence universelle sont effectivement réunis. (Actu Cameroun)
À Yaoundé, le pouvoir minimise déjà la portée de cette initiative. Grégoire Owona, ministre et secrétaire général adjoint du RDPC, le parti présidentiel, a estimé que cette démarche relevait davantage d’une stratégie politique destinée à maintenir Issa Tchiroma dans le débat public qu’à obtenir une véritable condamnation judiciaire.
« On est bien trop occupés pour parler de Tchiroma », a-t-il déclaré, affirmant que le parti au pouvoir se concentrait sur les prochaines échéances électorales. (Actu Cameroun)
Ancien fidèle du régime avant de rompre avec Paul Biya pour se présenter à la présidentielle de 2025, Issa Tchiroma Bakary continue de revendiquer sa légitimité politique malgré son exil. En choisissant la voie judiciaire internationale, il ouvre un nouveau front contre le pouvoir camerounais, mêlant quête de justice, bataille politique et recherche de visibilité sur la scène internationale.
Reste désormais à savoir si cette offensive juridique débouchera sur des suites concrètes ou si elle demeurera avant tout un symbole de la contestation née de la dernière présidentielle camerounaise.
La Rédaction
Sunuker.net













































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