Madagascar a commémoré son 66e anniversaire d’indépendance dans un climat politique et social particulièrement lourd. Pour sa première grande adresse à la Nation depuis son accession au pouvoir en octobre dernier, le président de la transition, le colonel Michael Randrianirina, a axé son allocution solennelle du 26 juin sur un thème central et sans concession : la reconquête de la souveraineté nationale.
Un constat sans détour sur la souveraineté nationale
S’exprimant d’abord devant une foule réunie au stade de Mahamasina à Antananarivo, puis lors d’un message télévisé diffusé dans la soirée, le chef de l’État de transition a dressé un bilan critique de l’état actuel de la Grande Île, affirmant qu’il n’y a pas de nation indépendante si elle dépend entièrement d’une autre.
Pour le colonel Randrianirina, plus de six décennies après la fin de la colonisation, Madagascar demeure prisonnière de chaînes économiques et politiques invisibles. Le chef de la transition a énuméré les failles structurelles qui maintiennent le pays sous perfusion internationale, à commencer par l’insécurité alimentaire d’un secteur agricole qui peine encore à nourrir sa population sans recourir aux importations. Il a également pointé du doigt le déficit énergétique lié à une forte dépendance vis-à-vis des carburants importés, la précarité sanitaire marquée par des structures de santé largement tributaires des médicaments venus de l’étranger, ainsi que le financement de l’État dont les programmes sociaux reposent majoritairement sur les fonds des bailleurs internationaux.
Face à ce qu’il qualifie de dérives de la mondialisation, menaçant jusqu’à l’identité culturelle malgache, le président a appelé à un sursaut patriotique, à une solidarité accrue et à une redéfinition des normes nationales, rappelant que la pauvreté extrême demeure l’ennemi commun à abattre.
Une grâce présidentielle actée, les crises majeures passées sous silence
Fidèle à la tradition républicaine de la fête nationale, le colonel Michael Randrianirina a annoncé la signature d’un décret portant grâce présidentielle, bien que la liste des bénéficiaires et les modalités d’application n’aient pas encore été détaillées par les services de la présidence.
Cependant, ce discours de refondation s’est distingué par de grands silences sur l’actualité brûlante du pays. Le président a choisi d’ignorer les crises sectorielles qui secouent la capitale et l’appareil d’État depuis plusieurs semaines, notamment la paralysie des transports causée par la grève massive des taxis-be, les minibus privés qui constituent le poumon du transport urbain à Antananarivo. Il a aussi passé sous silence le bras de fer économique marqué par le gel du dialogue institutionnel entre le pouvoir et les organisations patronales, ainsi que la crise institutionnelle déclenchée par la démission fracassante de deux magistrats de la Haute Cour Constitutionnelle.
Aucune mention n’a également été faite concernant le calendrier ou l’avancement de la grande concertation nationale, une promesse phare du projet de Refondation qui peine toujours à se concrétiser sur l’échiquier politique malgache.
La Rédaction — Sunuker.net
















































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