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Urgence nutritionnelle au Sénégal : un gouffre annuel de 856 millions de dollars pour l’économie

La malnutrition ne représente pas seulement une crise sanitaire silencieuse au Sénégal ; elle constitue également un véritable frein au développement économique. Chaque année, le pays enregistre un manque à gagner colossal estimé à 856 millions de dollars (soit près de 400 milliards de francs CFA) en raison de ce fléau.

Ce constat alarmant a été dressé par le Dr Mbaye Sène, Secrétaire exécutif du Conseil national de développement et de la nutrition (CNDN), lors d’un atelier de sensibilisation organisé à l’intention de l’Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD). Selon le patron du CNDN, ce fardeau financier traduit une immense perte de capital humain, marquée par une réduction des capacités intellectuelles et physiques d’une partie importante de la population.

Disparités régionales et double fardeau nutritionnel

Bien que le taux national de prévalence de la malnutrition se situe à 10 %, la réalité sur le terrain révèle de profondes fractures géographiques. La région de Matam cristallise les inquiétudes avec un taux qui grimpe à 15 % chez les enfants de moins de 5 ans, dépassant largement le seuil d’alerte.

Par ailleurs, les experts alertent sur l’émergence d’un « double fardeau nutritionnel ». Si la sous-nutrition et les carences graves en micronutriments affectent historiquement les femmes enceintes et les jeunes enfants, le Sénégal fait désormais face à une progression inquiétante du surpoids et de l’obésité, deux facteurs déclencheurs de maladies non transmissibles.

« Aucun pays ne peut durablement construire une économie forte avec un capital humain fragile. La nutrition doit être perçue comme un investissement économique majeur, influençant directement la réussite scolaire et la productivité nationale. » — Dr Mbaye Sène, Secrétaire exécutif du CNDN

Des progrès réels mais des défis persistants

Le tableau n’est cependant pas totalement sombre. Grâce aux efforts soutenus de l’État sous la supervision de la Primature, le taux de retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans a connu une baisse significative, passant de 26,5 % en 2010 à 17,5 % en 2023. Cette dynamique s’appuie sur le Plan stratégique multisectoriel de la nutrition (PSMN), qui fédère aujourd’hui 14 ministères et plus de 20 secteurs d’activité.

Pour consolider ces acquis, le CNDN multiplie également les initiatives ciblées sur le terrain. Récemment, l’institution s’est alliée à la Société africaine de raffinage (SAR) pour déployer des projets d’urgence humanitaire, notamment l’approvisionnement en kits nutritionnels au profit de 1 500 enfants talibés et de dizaines de ménages vulnérables dans les zones à risque comme Diourbel, Louga et Thiès.

Les médias en première ligne pour le changement des comportements

Pour le CNDN, la bataille contre la malnutrition se gagnera avant tout par la diffusion d’informations fiables et accessibles. C’est tout le sens du partenariat renforcé avec les professionnels des médias.

Eugène Kaly, président de l’AJSPD, a rappelé l’engagement de son organisation à documenter cette crise par des faits vérifiés. Après le succès d’une caravane de reportages menée l’année dernière dans les districts sanitaires de Diourbel, Bambey et Touba, l’association des journalistes prévoit de reconduire ses investigations cette année avec le soutien technique du CNDN pour inciter à un véritable changement de comportement au sein des communautés.

La Rédaction : sunuker.net