Sénégal : Mansour Faye réclame une nouvelle dissolution de l’Assemblée et un retour aux urnes
DAKAR — Le débat sur l’avenir institutionnel du Sénégal reprend de la vigueur à l’approche de la fenêtre constitutionnelle permettant une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale. Dans une tribune au ton particulièrement offensif, l’ancien ministre des Transports et responsable de l’Alliance pour la République (APR), Mansour Faye, interpelle le président Bassirou Diomaye Faye et l’invite à prendre une décision qu’il présente comme nécessaire pour sortir le pays de ce qu’il décrit comme une crise politique et économique : dissoudre l’Assemblée nationale et redonner la parole aux électeurs.
Dans son analyse, l’ancien ministre porte un jugement sévère sur la gouvernance du pouvoir issu de la victoire de Bassirou Diomaye Faye en 2024. Il estime que les promesses de rupture qui avaient accompagné l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante ont progressivement laissé place à un climat politique dominé, selon lui, par la confrontation et la division.
Mansour Faye dénonce notamment une gestion qui, à ses yeux, fragilise la cohésion nationale et les institutions. Il considère que les priorités du gouvernement devraient davantage se concentrer sur les difficultés quotidiennes des Sénégalais, notamment l’emploi, le coût de la vie, l’endettement public, l’investissement et la situation des finances de l’État.
« Notre économie est en difficulté ; nos finances publiques sont sous tension ; la confiance s’est érodée », déplore-t-il dans sa tribune, estimant que les urgences économiques ne devraient pas être reléguées au second plan par les débats institutionnels.
L’ancien ministre s’oppose également à ce qu’il considère comme une multiplication des réformes et consultations susceptibles de détourner l’attention des problèmes fondamentaux du pays. Pour lui, la reddition des comptes peut répondre à une attente légitime de la population, mais elle ne saurait remplacer les réponses attendues sur le front économique et social.
Une interpellation directe de Bassirou Diomaye Faye
Mansour Faye adresse surtout un message direct au chef de l’État. Il l’exhorte à exercer pleinement les pouvoirs que lui confère la Constitution et à clarifier, selon lui, la répartition des responsabilités au sommet de l’État.
Il reproche notamment au président de la République de ne pas disposer, à ses yeux, d’une marge d’action suffisamment autonome et évoque une gouvernance sous influence. Il appelle ainsi Bassirou Diomaye Faye à assumer « pleinement » son mandat présidentiel et à mettre fin à toute ambiguïté concernant les centres de décision au sommet de l’État.
Cette sortie intervient dans un contexte politique profondément transformé depuis 2024. Après les élections législatives anticipées du 17 novembre 2024, le parti Pastef avait obtenu une large majorité de 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale.
Depuis, les rapports de force au sommet de l’État ont toutefois connu d’importantes évolutions, notamment avec la rupture politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Plusieurs analyses évoquent désormais une recomposition des équilibres politiques et une possible nouvelle confrontation électorale.
La dissolution revient au centre du débat
La proposition de Mansour Faye prend une résonance particulière au regard du calendrier constitutionnel. L’article 87 de la Constitution prévoit que le président de la République peut dissoudre l’Assemblée nationale après avoir recueilli l’avis du Premier ministre et du président de l’Assemblée nationale. Cette dissolution ne peut cependant intervenir durant les deux premières années de la législature.
Les députés actuels ayant été élus lors du scrutin du 17 novembre 2024, une nouvelle dissolution devient juridiquement envisageable à partir de la fin novembre 2026.
Cette échéance alimente déjà les spéculations à Dakar. En juillet dernier, plusieurs médias sénégalais ont rapporté que le président Bassirou Diomaye Faye avait saisi le Conseil constitutionnel afin d’obtenir un avis sur la possibilité de coupler les prochaines élections législatives avec les élections locales. Une telle démarche pourrait ouvrir la voie à une importante reconfiguration du calendrier électoral.
L’idée d’une dissolution n’est donc plus seulement théorique dans le débat public. En août, l’ancien maire de Thiès Talla Sylla a lui aussi appelé le chef de l’État à dissoudre l’Assemblée nationale dès décembre 2026, en proposant parallèlement l’organisation de concertations avec les différentes composantes de la société sénégalaise.
Mansour Faye entend, lui, aller plus loin en faisant de la dissolution une véritable solution de clarification politique. À ses yeux, plutôt que de privilégier un référendum, le pouvoir devrait permettre aux Sénégalais de se prononcer directement sur les forces politiques appelées à conduire la prochaine étape de la vie nationale.
« La priorité n’est pas le référendum que l’on nous annonce […] mais plutôt la clarification politique », soutient-il, avant de considérer que cette clarification passe par « la dissolution de l’Assemblée nationale ».
Un nouvel affrontement politique en perspective
La proposition de l’ancien ministre intervient alors que le Sénégal s’achemine vers une période potentiellement décisive. La question n’est plus seulement de savoir si une dissolution est constitutionnellement possible, mais aussi de déterminer dans quelles conditions elle pourrait intervenir et quel calendrier électoral serait retenu.
Le président Bassirou Diomaye Faye a déjà procédé à une dissolution de l’Assemblée nationale en septembre 2024, décision qui avait conduit à l’organisation des législatives anticipées du 17 novembre de la même année. Le décret présidentiel de l’époque avait expressément fondé la décision sur l’article 87 de la Constitution.
Une nouvelle dissolution, si elle devait être décidée après l’ouverture de la fenêtre constitutionnelle, pourrait donc provoquer une nouvelle redistribution des cartes. Elle permettrait aux électeurs de renouveler la représentation nationale et, potentiellement, de redessiner les rapports de force entre le camp présidentiel, Pastef et les différentes composantes de l’opposition.
Pour Mansour Faye, cette échéance doit surtout permettre de sortir d’une période qu’il juge marquée par les incertitudes économiques, les tensions institutionnelles et la perte de confiance. Son appel constitue en tout cas une nouvelle offensive de l’APR contre le pouvoir et contribue à installer la dissolution de l’Assemblée nationale parmi les principaux sujets du débat politique sénégalais à l’approche de la fin de l’année 2026.
Sunuker News Desk

















































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