À l’occasion de la 5ᵉ édition de la Journée scientifique sur la sécurité sanitaire des aliments organisée à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), des chercheurs ont dévoilé les résultats de plusieurs études épidémiologiques et chimiques. Le constat est sans appel : une part significative des produits de consommation courante au Sénégal présente des risques majeurs pour la santé publique.
Les chiffres alarmants de l’OMS en toile de fond
Chaque jour, des millions de Sénégalais consomment des épices locales, achètent de l’eau en sachet ou consomment des légumes sans mesurer les risques. Pourtant, selon les données actualisées de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) projetées lors du forum, les affections d’origine alimentaire frappent 866 millions de personnes chaque année à travers le monde, provoquant 1,52 million de décès prématurés. Le Sénégal partage cette lourde réalité, comme le prouvent les rapports présentés par les laboratoires de la Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie (FMPO).
1. Eau en sachet à Dakar et Mbour : 82 % des échantillons jugés toxiques
L’étude la plus préoccupante concerne le marché de l’eau conditionnée en sachets de 50 FCFA, une ressource essentielle pour les bourses modestes. Menée sur 50 marques différentes à travers un échantillonnage de 100 prélèvements ciblés à Dakar et Mbour, l’analyse microbiologique a révélé une présence massive de bactéries d’origine fécale (coliformes fécaux et entérocoques).
Le verdict des biologistes est sans nuance :
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Seulement 2 % des sachets sont pleinement satisfaisants et 2 % sont tolérables pour la commercialisation.
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14 % sont jugés non satisfaisants, présentant un risque élevé de prolifération bactérienne en cas de stockage prolongé au soleil.
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82 % des échantillons analysés sont strictement impropres à la consommation, car hautement contaminés et non conformes aux critères de potabilité de l’eau.
2. Épices et condiments : Une salubrité défaillante et un risque toxinogène
Le traditionnel thiouraye de cuisine et les mélanges d’épices utilisés pour relever la saveur des plats nationaux ont également été passés au crible. Les conclusions scientifiques mettent en évidence une hygiène défaillante tout au long du processus de séchage, de broyage et de conditionnement sur les marchés.
Plus grave, l’étude met en garde contre le potentiel toxinogène des souches bactériennes isolées sur ces échantillons (telles que le Bacillus cereus ou des staphylocoques), capables de résister à de courtes cuissons et de libérer des toxines dangereuses pour le tube digestif. Les chercheurs demandent un encadrement réglementaire strict de cette filière artisanale.
3. Maraîchage dans les Niayes : Des résidus de pesticides dans 72 % du piment
La zone des Niayes, véritable poumon vert et grenier horticole du Sénégal, est elle aussi au cœur des inquiétudes environnementales. Une étude pédologique et agronomique axée sur les sols dédiés à la culture du piment a révélé que 72 % des parcelles testées recèlent au moins un résidu de produit chimique.
Sur les 18 molécules recherchées en laboratoire, cinq insecticides hautement toxiques (pourtant soumis à des règles d’homologation strictes par le Comité Sahélien des Pesticides) ont été identifiés à des seuils critiques :
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Le fénitrothion et le chlorpyrifos (organophosphorés) ;
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La cyperméthrine et la bifenthrine (pyréthrinoïdes) ;
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Le profenofos.
Cette pollution des sols s’explique par des pratiques phytosanitaires inadaptées et appelle à une transition urgente vers la bioprotection et l’agroécologie.
La réaction du gouvernement : Sensibiliser plutôt que de simplement constater
Présent à l’ouverture des travaux, le ministre de la Santé et de l’Action sociale, le Pr Ibrahima Sy, a fait le lien direct entre la dégradation de la qualité de l’alimentation et l’explosion des maladies chroniques non transmissibles au Sénégal, telles que le diabète, l’hypertension artérielle et l’obésité. Il a vigoureusement dénoncé les dérives de certaines industries agroalimentaires qui privilégient le marketing agressif au détriment des qualités nutritionnelles réelles.
Pour inverser la tendance, le ministre préconise de cibler en priorité la jeunesse et le milieu scolaire, plus perméables aux messages de prévention. Le Pr Bara Ndiaye, doyen de la Faculté de Médecine, a conclu en rappelant que la sécurité des aliments doit s’articuler autour de l’approche globale « One Health » (Une seule santé), car la chaîne de contamination peut s’activer à chaque maillon : de la récolte au transport, jusqu’à l’assiette du consommateur.
La Rédaction : sunuker.net
















































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