Mendicité des étrangers au Sénégal : Alioune Tine appelle à ne pas oublier la crise humanitaire au Sahel
Dakar — La présence croissante de ressortissants étrangers pratiquant la mendicité dans les rues sénégalaises alimente depuis plusieurs jours les discussions dans l’espace public. Entre demandes de régulation, préoccupations liées à l’occupation de certains espaces et impératif de solidarité, le sujet soulève des questions à la fois sociales, sécuritaires et humanitaires.
Dans ce débat, Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom Center, invite à privilégier une lecture humanitaire du phénomène. Selon lui, une partie de ces personnes pourrait être liée aux déplacements de populations provoqués par l’insécurité qui sévit dans plusieurs pays du Sahel.
« Il faut leur assurer le minimum pour vivre »
Pour Alioune Tine, la situation du Mali et du Niger, notamment, doit être prise en compte avant de tirer des conclusions générales sur les personnes étrangères présentes dans les rues sénégalaises.
« Le Mali et le Niger sont des pays en conflit, ces mendiants viennent chercher asile, il faut leur assurer le minimum pour vivre », a-t-il déclaré, appelant ainsi à replacer le phénomène dans le contexte régional.
Les données disponibles auprès du HCR montrent effectivement l’ampleur des déplacements forcés dans la région. Au 20 juillet 2026, l’organisation recensait plus de 3,18 millions de réfugiés et demandeurs d’asile dans la zone couverte par la crise du Sahel, incluant notamment le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie. (UNHCR Data Portal)
Le Sénégal accueille lui-même plus de 17 000 réfugiés, selon les données du HCR arrêtées au 31 mai 2026, ainsi que plus de 1 500 demandeurs d’asile. (UNHCR Data Portal)
Ces chiffres ne permettent toutefois pas d’établir que les personnes qui mendient dans les rues sénégalaises sont toutes des réfugiés ou qu’elles proviennent directement des zones de conflit. Ils illustrent plutôt l’ampleur des déplacements de populations auxquels la sous-région est confrontée.
Entre contrôle de l’espace public et devoir de solidarité
La question demeure donc délicate pour les autorités sénégalaises. D’un côté, la multiplication de la mendicité dans certains quartiers et axes très fréquentés suscite des demandes de réglementation. De l’autre, une réponse exclusivement répressive risquerait de ne pas tenir compte de la situation de personnes vulnérables ayant pu quitter leur pays en raison des violences ou de l’insécurité.
L’appel d’Alioune Tine revient ainsi à distinguer la question de la mendicité de celle de la protection des personnes déplacées ou vulnérables. Pour lui, le Sénégal doit pouvoir faire respecter ses règles dans l’espace public tout en garantissant un minimum de protection et de dignité à ceux qui se retrouvent dans une situation de grande précarité.
Cette approche pose également la question des mécanismes d’accueil, d’identification et d’accompagnement. Un dispositif permettant de distinguer les personnes en situation de détresse de celles impliquées dans d’éventuels réseaux organisés de mendicité pourrait notamment permettre d’éviter les amalgames.
Dans une région où les conflits et l’insécurité continuent de provoquer d’importants déplacements, le débat dépasse donc largement la seule présence de mendiants dans les rues de Dakar. Il touche à la solidarité entre États ouest-africains, à la protection des populations vulnérables et à la capacité du Sénégal à concilier ordre public et obligations humanitaires.
Le message d’Alioune Tine est clair : derrière certaines situations de mendicité peuvent aussi se trouver des personnes ayant fui des environnements devenus dangereux. La réponse, estime-t-il, doit donc combiner fermeté dans la régulation et respect de la dignité humaine.
Sunuker News Desk

















































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