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Face à la presse, Sonko révèle, clarifie et menace.

Ousmane Sonko a fait face, hier vendredi 11 mars 2022, à quelques médias nationaux (Walf TV, DTV, Sud Fm, 24 heures, etc. ) et a abordé de nombreuses questions.

Sa communication était très attendue car depuis son élection à la mairie de Ziguinchor, il était absent de la scène médiatique, sauf à travers des posts laconiques sur sa page Facebook ou quelques formalités communicatives à la suite d’événements religieux ou autres auxquels il a assistés.

Il a choisi le jour où le M2D a célébré une journée de prières pour la mémoire des 14 victimes des événements de mars 2021 liés à ce qui est appelée  » affaire Adji Sarr-Ousmane Sonko ».

C’est aussi à quelques jours avant la communication officielle de la coalition « Yewwi Askan » sur le bilan des élections locales de janvier 2022.

Le contexte est également celui du réchauffement de son dossier judiciaire à travers l’internationalisation de la communication de la présumée victime, Adji Sarr.

Enfin, cette communication intervient au moment où le Président Macky Sall semble engager la bataille décisive des législatives (promesses à forte incidence financière aux syndicats d’enseignants, élargissant du TER jusqu’à Mbour et Thies, baisse des prix des denrées, etc. ).

Les médias qui l’ont interviewé ont aussi obtenu un bon client. Ils ont réussi à détourner les téléspectateurs des émissions Jakarloo de la TFM et Ndoumbelane de la SEN TV, qui se tiennent à la même heure.

Son émission a eu un fort taux d’audience, même RFI, qui fait pourtant partie des médias occidentaux que Sonko a brocardés lors de sa communication, a fait, aujourd’hui, samedi, un compte-rendu de la communication du leader de PASTEF.

Sonko a saisi cette occasion pour faire des révélations, notamment sur son dossier judiciaire. Il affirme que « le Président Macky Sall avait décidé de se réfugier en Côte d’ivoire où cas où la situation débordait. Même s’il est difficile de confirmer cette information, il est certain qu’il y avait des frissons au sommet de l’État. Le désistement du juge du 8ème cabinet, Mamadou Seck, à qui le dossier a été confié, est révélateur de beaucoup de choses. Quand un général pense à fuir, on ne peut reprocher à ses hommes de troupes de refuser de combattre.

Sonko a aussi évoqué les propos qu’il a tenus face à l’ancien doyen des juges.  » Devant le défunt juge Samba, je lui ai dit ce complot est orchestré par Macky Sall en premier, le ministre de l’intérieur et sa femme, Mamour Diallo et le procureur d’alors Serigne Bassirou Gueye » dixit le leader de PASTEF. Avec beaucoup d’assurance, il affirme: « Je ne vois pas un juge qui peut m’emprisonner. Et je sais que je ne serai jamais emprisonné à cause de ce dossier. » Il clame son innocence, demande que les autorités veillent sur la vie de Adji Sarr et organisent le procès et éclaircissent la mort des 14 jeunes survenue lors des manifestations.

Il révèle également l’implication de l’actuel chef d’état-major des armées, le général Moussa Fall et la femme du ministre de l’intérieur Antoine Félix Abdoulaye Diome. Ces personnes viennent s’ajouter à celles que Sonko avait déjà citées.

Il accuse la justice sénégalaise d’être complice, car le dossier est en instruction mais celle-ci laisse Adji Sarr, un de ses avocats (maître El Hadji Diouf) et d’autres membres du régime, s’y prononcer. Cela est un fait indéniable qui enfonce la justice sénégalaise dans ce dossier que Sonko qualifie de politique.

Le présumé coupable affirme avoir décidé de ne plus aller au tribunal pour signer et prouver sa présence dans le pays, comme l’exige le contrôle judiciaire. Il brandit aussi son passeport diplomatique et dit que quand le besoin de voyager à l’étranger se présentera, il ira à l’aéroport pour voir s’il sera arrêté ou pas.

Il adopte une position radicale qui pourrait mettre en mal le régime. Si Sonko part à l’aéroport pour voyager, il sera sans doute arrêté. Mais ce serait uniquement pour lui empêcher d’embarquer dans un avion, pas être présenté au procureur.

Sur les élections locales du 23 janvier, Sonko s’aligne sur la position des Sénégalais qui considèrent que la coalition Yewwi Askan wi a gagné les élections. Sans vouloir anticiper sur la conférence de presse que la coalition fera dans les prochains jours, il justifie sa position par l’importance démographique des villes gagnées par sa coalition.

Quant à sa gestion à la mairie de Ziguinchor, il révèle être en train de faire des audits qui ont déjà montré des bizarreries. Selon lui, il existe beaucoup d’employés qui vivent à Dakar et qui perçoivent mensuellement leurs salaires à la mairie. Ceci est une pratique courante dans nos mairies et l’administration de manière générale.

Il dénonce aussi le nombre démentiel d’employés et annonce avoir commencé à licencier.

Le Maire a clarifié l’affaire de l’interruption de la foire de Ziguinchor organisée par une dame. Cette dernière avait fait une sortie dans la presse, hier vendredi, en dénonçant cette décision. Sonko considère cela comme un signal fort lancé à toute la population de la commune. Il promet de mettre de l’ordre dans toutes les affaires sous la responsabilité de la mairie. Le projet qu’il a « vendu » aux Sénégalais, il compte le commencer au niveau de sa commune.

Sans doute, il fera plusieurs mécontents. Beaucoup de Sénégalais disent souhaiter le changement, l’ordre, la justice, mais sont toujours en porte à faux avec leurs déclarations, dans leurs actes.

Il aura probablement des difficultés dans la réorganisation du transport des Jakartas qui s’exerce partout au Sénégal dans l’illégalité et l’anarchie.

Sur la coopération décentralisée, il précise que la mairie de Ziguinchor avait une relation avec celle du Havre. Le principe de la continuité de l’administration est donc à l’origine de l’audience accordée à la délégation française. Mais, s’empresse-t-il de préciser qu’il n’est plus question d’être sous le diktat des partenaires. Il dit ne pas avoir des problèmes avec les Français, mais c’est l’attitude des autorités françaises et celles d’autres pays occidentaux qui n’est pas acceptable.

Le Maire justifie aussi la dénomination de certaines rues de Ziguinchor.

Sur sa relation avec Macky Sall, il maintient ses distances et révèle qu’il n’allait même pas répondre à son invitation, s’il était à Dakar lors de l’accueil des lions du football, vainqueur de la CAN. Il considère le Président comme un homme qui manque de sincérité dans ses paroles.

Toutefois, il précise qu’il recevrait le Président de la République, (qui est légal mais illégitime) si celui-ci venait à Ziguinchor. Il affirme travailler en collaboration avec les services déconcentrés de l’État qui sont à Ziguinchor.

Sonko n’est pas alors dans l’anarchisme administratif, il fait bien la part des choses entre sa position d’opposant au régime de Macky Sall et celle de Maire. Avec cette position, l’Etat central gagnerait à ne pas l’empêcher à travailler.

Sur la question Casamançaise, il est formel, il n’a aucun contact avec des personnes du MFDC. Il a alors saisi l’occasion pour rejeter les accusations du journaliste Madiambal Diagne qu’il considère comme un mercenaire de la plume.

Très clairement, l’attitude de Madiambal vis-à-vis de Ousmane Sonko et de Souleymane Teliko est un acharnement incompréhensible.

Sonko considère que la question casamançaise est presque à sa fin, il est devenue facile de la régler. Ce sont juste des politiciens et affairistes qui attisent le feu.

Il dit être capable de trouver une solution à ce problème mais refuse de s’y mêler en qualité d’opposant au régime.

Il adopte une position très prudente.

Enfin, Sonko a abordé avec aisance la question sensible de l’homosexualité au Sénégal. Il affirme, sans embage, être contre cette pratique. Si les Occidentaux ont le droit de bannir la polygamie, les Sénégalais doivent pouvoir en faire autant avec l’homosexualité, affirme Sonko.

IL dit soutenir le combat du mouvement « And Sam djiko yi » dans cette affaire, avant de préciser ne pas être d’accord sur certaines de leurs méthodes. La manière dont la proposition de loi a été rédigée comporte des limites, du point de vue juridique.

Ses pourfendeurs trouveront dans sa communication de la matière pour le critiquer. Ses propos sur le défunt Samba Sall, son refus d’aller signer au tribunal, son intention de ne pas respecter la décision d’interdiction de sortie du territoire, ses accusations contre certaines autorités dans le dossier Adji Sarr, etc.

Ses partisans, par contre, devraient être fiers de voir leur leader être constant dans son opposition radicale, son courage face au régime et aux impérialistes étrangers, sa position non nuancée sur l’homosexualité, sa position sur l’iniquité du système de rémunération des agents de la fonction publique, etc.

Ce qui est clair, c’est que Sonko a réussi à secouer le régime du président Macky Sall et continue à être surveillé comme du lait sur le feu.

Babacar Diouf, professeur d’histoire et de géographie au lycée de Nguekokh