Yakaar-Teranga : les 30 milliards de Kosmos font polémique, Ibnou Soungoufara exige une enquête
La révélation faite par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô lors de sa Déclaration de politique générale continue de faire des vagues. Au cœur de la polémique : une indemnité de 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de FCFA, que l’État du Sénégal estime ne pas avoir recouvrée dans le dossier Yakaar-Teranga. Pour l’économiste Ibnou Soungoufara, l’Assemblée nationale doit se saisir de l’affaire et faire toute la lumière sur les responsabilités.
Le dossier Yakaar-Teranga s’invite désormais au cœur du débat sur la gestion des ressources publiques au Sénégal. Lors de son passage devant l’Assemblée nationale, mardi 8 septembre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a pointé des « manquements à corriger » dans la gestion du retrait de la compagnie américaine Kosmos Energy du projet gazier situé au large de Cayar.
Selon les explications du chef du gouvernement, l’État aurait pu prétendre à une indemnité forfaitaire de 55 millions de dollars, correspondant à environ 30 milliards de FCFA, si certaines échéances contractuelles avaient été respectées. L’Agence de presse sénégalaise rapporte que cette somme correspond aux indemnités qui devaient revenir à l’État à l’expiration du contrat en juillet 2026.
Ce n’est donc pas, à ce stade, la preuve d’un « effacement » juridiquement établi de 30 milliards qui est avancée, mais plutôt un manque à gagner que le gouvernement entend documenter et recouvrer. La nuance est importante alors que le dossier commence à prendre une dimension politique et institutionnelle.
Pour Ibnou Soungoufara, cette affaire mérite précisément d’être éclaircie par une instance parlementaire. Invité sur la RFM, l’économiste demande la mise en place d’une commission d’enquête afin de déterminer les conditions dans lesquelles la décision concernant Kosmos Energy a été prise, les personnes qui y ont participé et le montant exact en jeu.
À ses yeux, l’Assemblée nationale ne devrait pas se contenter des déclarations faites lors de la DPG. Il estime nécessaire de vérifier les documents contractuels, les actes administratifs et les différentes correspondances intervenues entre les autorités sénégalaises et les responsables du dossier.
Le calendrier de la résiliation au cœur des interrogations
La question du calendrier apparaît comme l’un des principaux points de controverse.
D’après les éléments présentés par le gouvernement, le contrat aurait pu permettre à l’État de réclamer cette indemnité si la résiliation était intervenue dans les conditions prévues par les engagements contractuels. Le Premier ministre a notamment évoqué le fait que le contrat arrivait à échéance en juillet 2026 et que le respect de ce calendrier aurait pu ouvrir la voie au recouvrement des 55 millions de dollars.
C’est précisément cette séquence que l’économiste veut voir examinée. Pour lui, il faut comprendre pourquoi une décision susceptible d’avoir des conséquences financières aussi importantes pour le Trésor public a été prise et sur quelle base juridique elle reposait.
L’enjeu dépasse ainsi la seule relation entre l’État et Kosmos Energy. Il touche à la gouvernance des ressources naturelles, à la protection des intérêts financiers du Sénégal et à la responsabilité des autorités publiques dans la conduite des grands projets énergétiques.
Un dossier sensible dans un contexte de finances publiques tendues
La polémique intervient dans un contexte particulièrement délicat pour les finances publiques sénégalaises. Lors de sa DPG, Ahmadou Al Aminou Lô a dressé un tableau préoccupant de la situation héritée par les nouvelles autorités. La dette du secteur public consolidé à fin 2024 a notamment été présentée à plus de 23 500 milliards de FCFA, soit environ 132 % du PIB selon les chiffres communiqués par le gouvernement.
Dans ce contexte, la perspective de voir l’État renoncer — ou ne pas recouvrer — plusieurs dizaines de milliards de francs CFA ne peut qu’alimenter les interrogations.
Le gouvernement a d’ailleurs placé le redressement des finances publiques parmi ses principales priorités. Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité de mieux sécuriser les recettes publiques et de renforcer la gestion des intérêts économiques de l’État.
Pour Ibnou Soungoufara, une éventuelle enquête parlementaire pourrait permettre de dépasser la polémique politique et d’établir les faits. Si des irrégularités étaient constatées, estime-t-il, le dossier pourrait ensuite être transmis à la justice.
Yakaar-Teranga, un projet stratégique pour le Sénégal
Au-delà des 30 milliards de FCFA évoqués, le dossier Yakaar-Teranga revêt une importance stratégique pour le Sénégal. Le gisement gazier, situé au large de Cayar, figure parmi les projets majeurs sur lesquels le pays compte pour renforcer sa souveraineté énergétique.
Le Premier ministre a également soulevé la question des capacités de PETROSEN à prendre seule en charge le développement et l’exploitation d’un projet d’une telle envergure, estimant que la société nationale devait encore renforcer ses capacités techniques, financières et opérationnelles.
Le gouvernement devra donc gérer simultanément deux impératifs : préserver les intérêts financiers de l’État dans le règlement du différend avec Kosmos Energy et sécuriser l’avenir du projet gazier.
La demande d’Ibnou Soungoufara intervient ainsi à un moment où le dossier Yakaar-Teranga est appelé à connaître de nouveaux développements. Entre les explications attendues sur les conditions de sortie de Kosmos Energy, le montant exact des sommes dues et la question des responsabilités éventuelles, les prochains débats parlementaires pourraient être décisifs.
Une chose est désormais certaine : les 55 millions de dollars évoqués par le Premier ministre ne sont plus une simple donnée comptable de la DPG. Ils sont devenus un sujet de contrôle parlementaire et un nouvel enjeu dans le débat sur la gestion des ressources publiques du Sénégal.
Sunuker News Desk























































Laisser une réponse
View Comments