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Sanctions américaines contre Abdoulaye Seye : le Sénégal hausse le ton et défend l’indépendance de la CPI

Sanctions américaines contre Abdoulaye Seye : le Sénégal hausse le ton et défend l’indépendance de la CPI

Sanctions américaines contre Abdoulaye Seye : le Sénégal hausse le ton et défend l’indépendance de la CPI

Dakar — Le Sénégal monte au créneau après les nouvelles sanctions américaines visant des responsables de la Cour pénale internationale (CPI). Dans un communiqué rendu public ce 20 août 2026, le Gouvernement sénégalais a fait part de sa « profonde préoccupation » à la suite des mesures annoncées deux jours plus tôt par Washington contre la présidente de la CPI, Tomoko Akane, et le juriste sénégalais Abdoulaye Seye, membre du Bureau du Procureur de la juridiction internationale.

La décision américaine place ainsi un ressortissant sénégalais au cœur d’un nouvel épisode de tensions entre Washington et la juridiction basée à La Haye. Abdoulaye Seye, présenté par le Sénégal comme candidat à l’élection au poste de juge à la CPI, fait partie des responsables visés par les mesures américaines.

Pour Dakar, cette situation dépasse le cas individuel du juriste sénégalais. Elle pose, plus largement, la question de l’indépendance de la justice pénale internationale et de la capacité de la CPI à exercer son mandat sans subir de pressions politiques.

Le Gouvernement sénégalais rappelle à ce titre l’importance historique qu’il accorde à la Cour. Le Sénégal a été le premier pays au monde à ratifier le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, le 2 février 1999. Cette position particulière explique en partie la fermeté du message adressé par Dakar.

Dans son communiqué, le Gouvernement considère que la CPI demeure « un pilier essentiel de la lutte contre l’impunité » et un instrument majeur de la justice pénale internationale. Il estime par conséquent que toute mesure pouvant affecter l’indépendance, la sécurité ou l’exercice des fonctions des magistrats et personnels de la Cour risque de fragiliser le fonctionnement de la justice internationale.

Le Sénégal apporte donc officiellement son soutien à Abdoulaye Seye ainsi qu’aux autres responsables et membres du personnel de la CPI concernés par les sanctions américaines. Dakar insiste notamment sur un principe : l’exercice de fonctions judiciaires au sein d’une juridiction internationale ne devrait pas exposer les magistrats et autres responsables à des mesures destinées à influencer l’accomplissement de leur mandat.

Washington accentue la pression sur la CPI

Les sanctions annoncées le 18 août s’inscrivent dans une campagne plus large menée par l’administration de Donald Trump contre la CPI. Le département américain du Trésor a inscrit Tomoko Akane et Abdoulaye Seye sur sa liste de personnes faisant l’objet de sanctions. Ces mesures prévoient notamment le gel des éventuels avoirs relevant de la juridiction américaine et l’interdiction, pour les ressortissants et entités américaines, d’effectuer certaines transactions avec les personnes visées.

Washington reproche notamment aux deux responsables de la CPI d’avoir participé aux démarches de la Cour visant à enquêter sur, arrêter ou poursuivre des responsables dont les États n’ont pas reconnu la compétence de la juridiction. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio accuse ainsi la CPI d’avoir outrepassé son mandat et affirme que les États-Unis entendent défendre leur souveraineté face aux actions de la Cour.

La CPI a, pour sa part, dénoncé une « attaque flagrante » contre son indépendance et affirmé qu’elle continuerait à exercer ses fonctions avec impartialité et conformément au Statut de Rome. Selon la Cour, les nouvelles mesures américaines portent à 13 le nombre de responsables et personnels de la CPI désormais sanctionnés par Washington, dont neuf des 18 juges de l’institution.

Cette escalade intervient dans un contexte de tensions particulièrement fortes entre Washington et la CPI, notamment depuis les mandats d’arrêt délivrés en novembre 2024 contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant dans le cadre de l’enquête sur la situation à Gaza.

Dakar plaide pour le dialogue et le multilatéralisme

Face à cette nouvelle étape de la confrontation, le Sénégal réaffirme son attachement au multilatéralisme, au droit international et à l’indépendance de la justice internationale.

Le Gouvernement indique qu’il poursuivra ses consultations avec ses partenaires africains et internationaux afin de contribuer à la préservation de l’intégrité et du fonctionnement de la CPI. Dakar appelle parallèlement à privilégier le dialogue, le respect mutuel et la coopération internationale.

À travers cette prise de position, le Sénégal entend donc défendre à la fois son ressortissant et un principe qu’il considère comme essentiel : les juridictions internationales doivent pouvoir accomplir leur mission sans subir de pressions susceptibles d’entraver leur indépendance.

Alors que Washington poursuit sa campagne de pression contre la CPI et que plusieurs États et organisations réaffirment leur soutien à la Cour, le dossier Abdoulaye Seye prend une dimension diplomatique particulière pour Dakar. Il illustre surtout les tensions croissantes autour de l’avenir de la justice pénale internationale et de l’ordre juridique multilatéral.

Sunuker News Desk