Réconciliation en suspens : le CODEPS refuse de rencontrer le président Diomaye Faye et réclame d’abord justice et réparations
Le processus de réconciliation nationale autour des événements politiques qui ont marqué le Sénégal entre 2021 et 2024 connaît un nouveau rebondissement. Le Collectif des Ex-Détenus Politiques et Victimes des Événements de 2021-2024 (CODEPS) a annoncé qu’il ne répondra pas à l’invitation du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, mettant ainsi un frein à une initiative qui visait à ouvrir un dialogue avec les anciens détenus politiques et les victimes de cette période de tensions.
Dans un communiqué publié le 8 juillet 2026, le collectif affirme rejeter toute participation à une rencontre avec le chef de l’État, estimant que les conditions nécessaires à un dialogue sincère ne sont pas encore réunies. Pour le CODEPS, les questions de vérité, de justice, de réparation et de reconnaissance des préjudices subis doivent constituer des préalables incontournables avant toute initiative de rapprochement.
L’organisation indique qu’elle n’accordera aucun mandat à l’un de ses membres pour la représenter lors d’une éventuelle audience au Palais de la République. Elle précise que toute personne qui choisirait de rencontrer le président le ferait uniquement à titre individuel, sans engager le collectif ni parler en son nom.
Le ton adopté par le CODEPS traduit la détermination de ses responsables à maintenir leurs revendications. Dans son communiqué, le collectif estime que les attentes des anciens détenus, des blessés, des familles des personnes décédées ainsi que de toutes les victimes des violences politiques demeurent largement insatisfaites. Il considère que toute démarche de réconciliation doit s’appuyer sur des actes concrets et non sur de simples échanges institutionnels.
Cette position intervient alors que les autorités sénégalaises affichent leur volonté de tourner la page des crises qui ont secoué le pays entre 2021 et 2024. Cette période a été marquée par de nombreuses manifestations, des affrontements parfois violents, des arrestations, des poursuites judiciaires, des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels. Les organisations nationales et internationales de défense des droits humains avaient, à plusieurs reprises, appelé à des enquêtes indépendantes afin d’établir les responsabilités et de garantir justice aux victimes.
Depuis son accession à la magistrature suprême en 2024, le président Bassirou Diomaye Faye a multiplié les déclarations en faveur de l’apaisement du climat politique, de la consolidation de l’État de droit et du renforcement de la cohésion nationale. Plusieurs mesures, notamment des libérations de détenus politiques, des lois d’amnistie et des initiatives de dialogue, ont été présentées comme des étapes vers une réconciliation durable.
Toutefois, le refus du CODEPS illustre la complexité du processus. Pour le collectif, la réconciliation ne peut être pleinement envisagée sans un mécanisme crédible permettant d’établir les faits, de situer les responsabilités, d’indemniser les victimes et de garantir que de tels événements ne puissent se reproduire.
Les spécialistes de la justice transitionnelle rappellent que dans de nombreux pays ayant traversé des crises politiques, la réussite d’un processus de réconciliation repose généralement sur plusieurs piliers : la manifestation de la vérité, la reconnaissance des souffrances des victimes, l’accès à la justice, les réparations et les garanties de non-répétition. Ces principes sont régulièrement mis en avant par les Nations unies et plusieurs organisations internationales comme fondements d’une paix durable.
À ce stade, aucune réaction officielle de la Présidence de la République n’avait été rendue publique à la suite du communiqué du CODEPS. Les prochains développements permettront de savoir si un nouveau cadre de dialogue pourra être proposé afin de rapprocher les positions et de poursuivre les efforts de réconciliation nationale.
Alors que le Sénégal cherche à consolider sa stabilité démocratique après plusieurs années de fortes tensions politiques, le défi demeure de concilier les impératifs de paix civile avec les attentes de justice exprimées par les victimes et leurs représentants.
Signé : La Rédaction de Sunuker News Desk

















































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