Bamako – Le procès du chroniqueur et activiste malien Mohamed Youssouf Bathily, plus connu sous le nom de Ras Bath, et de l’activiste Rokiatou Doumbia, surnommée « Rose Poivron » ou « Rose Vie chère », s’est ouvert lundi 10 août 2026 devant la Cour d’appel de Bamako. Après plus de trois années de détention pour Ras Bath, l’audience a été largement consacrée à l’examen des éléments sonores présentés par l’accusation. Le parquet a finalement requis dix ans de prison ferme contre les deux prévenus.
C’est un procès particulièrement suivi qui s’est ouvert à Bamako.
Figure connue du paysage médiatique malien et voix régulièrement critique à l’égard des autorités, Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, comparaît aux côtés de l’activiste Rokiatou Doumbia, connue sous le nom de « Rose Vie chère ».
Les deux prévenus sont poursuivis notamment pour association de malfaiteurs et atteinte au crédit de l’État, de ses institutions et de ses gouvernants.
À la barre, Ras Bath a rejeté les accusations portées contre lui.
Lorsque le président de la juridiction lui a demandé s’il reconnaissait les faits qui lui sont reprochés, le chroniqueur a répondu par la négative.
L’ouverture de ce procès intervient après une longue période de détention.
Ras Bath est incarcéré depuis mars 2023. Une ordonnance de maintien en détention provisoire avait notamment retenu contre lui les accusations d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État et de ses institutions.
Son maintien en détention pendant plus de trois ans a suscité de nombreuses réactions au Mali et au-delà.
Des organisations de défense des droits humains ont également dénoncé la durée de sa détention et estimé que les poursuites engagées contre lui pouvaient porter atteinte à la liberté d’expression. En décembre 2025, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, avait notamment alerté sur la situation de Ras Bath et de Rokiatou Doumbia.
La défense, de son côté, conteste les accusations et entend démontrer l’absence d’éléments suffisamment probants pour établir une quelconque entreprise visant à renverser les institutions.
À côté de Ras Bath comparaît Rokiatou Doumbia, connue sous le surnom de « Rose Vie chère ».
L’activiste s’est fait connaître notamment à travers des prises de parole dénonçant la hausse du coût de la vie et l’augmentation du prix des produits de première nécessité.
Devant les juges, elle a expliqué que son objectif était d’alerter les autorités sur les difficultés économiques rencontrées par les populations.
L’accusation cherche toutefois à établir l’existence d’une coordination entre les deux prévenus.
Ras Bath avait notamment reçu Rokiatou Doumbia à plusieurs reprises dans ses émissions. Pour le parquet, ces échanges constitueraient un élément permettant d’étayer l’hypothèse d’une association entre les deux accusés.
La défense rejette cette interprétation.
La première journée d’audience a principalement porté sur des enregistrements audio présentés par l’accusation.
Ces éléments sonores sont considérés par le parquet comme des pièces importantes du dossier.
Les avocats de la défense ont vivement contesté leur utilisation et demandé que ces enregistrements soient écartés de la procédure.
Ils estiment que les conditions dans lesquelles ces audios ont été obtenus et introduits dans le dossier doivent être examinées avec la plus grande rigueur.
La question de la recevabilité et de la valeur probante de ces enregistrements est donc appelée à occuper une place centrale dans la suite des débats.
L’infraction d’atteinte au crédit de l’État constitue l’un des principaux fondements de la procédure.
L’accusation reproche aux prévenus des actes ou propos susceptibles, selon elle, de porter atteinte à la crédibilité des institutions et des dirigeants maliens.
Le dossier intervient dans un contexte politique particulièrement sensible au Mali, où les autorités de transition ont renforcé leur contrôle sur l’espace politique et médiatique.
Plusieurs journalistes, militants et personnalités publiques ont fait l’objet de poursuites ou de condamnations au cours des dernières années pour des propos considérés par les autorités comme portant atteinte aux institutions.
Dans ce contexte, le procès de Ras Bath est particulièrement observé par les organisations de défense des libertés publiques.
L’affaire a connu une nouvelle évolution avec les réquisitions du parquet.
Le ministère public a requis 10 ans de prison ferme contre Ras Bath et Rokiatou Doumbia. Cette peine constitue une demande du parquet et ne préjuge pas de la décision finale de la juridiction.
La défense devrait désormais tenter de déconstruire les arguments de l’accusation et de démontrer que les éléments présentés ne permettent pas d’établir les infractions reprochées.
Le tribunal devra notamment apprécier la portée juridique des enregistrements audio et déterminer s’ils permettent effectivement d’établir l’existence d’une association criminelle ou d’une volonté concertée de porter atteinte aux institutions.
À la sortie de l’audience, Ras Bath a reçu le soutien de plusieurs de ses partisans présents aux abords de la juridiction.
Des sympathisants ont scandé « Libérez Ras Bath ».
Le chroniqueur, visiblement soutenu par une partie du public, a été porté par ses partisans et a levé le poing en direction de la foule.
Ces scènes témoignent de la forte popularité dont Ras Bath continue de bénéficier auprès d’une partie de l’opinion malienne malgré ses années de détention.
Elles illustrent également la dimension politique et sociale prise par cette affaire.
Le dossier intéresse également les organisations internationales de défense des droits humains.
L’OMCT avait déjà exprimé en 2025 de fortes préoccupations concernant la détention de Ras Bath et de « Rose la Vie chère », estimant que leur situation soulevait des questions relatives à la liberté d’expression et au traitement judiciaire des défenseurs des droits humains.
Les autorités maliennes, de leur côté, présentent la procédure sous l’angle de la protection de l’État et de ses institutions.
Le procès se déroule donc au croisement de deux impératifs revendiqués : la défense de l’ordre institutionnel pour les autorités et la protection de la liberté d’expression pour les défenseurs des prévenus.
Le procès de Ras Bath intervient quelques jours seulement après d’autres décisions judiciaires très suivies au Mali.
La justice malienne a récemment condamné d’autres personnalités dans des dossiers liés notamment à des accusations d’atteinte au crédit de l’État. Cette succession de procédures contribue à alimenter le débat sur l’évolution de l’espace civique et politique dans le pays.
Pour les partisans du pouvoir, ces procédures participent à la défense de la souveraineté et de la stabilité des institutions.
Pour les organisations de défense des droits humains et certains acteurs de la société civile, elles témoignent au contraire d’un rétrécissement de l’espace réservé à la contestation et à la critique.
Après les premières auditions consacrées aux accusations et aux enregistrements sonores, les débats doivent se poursuivre avec l’examen détaillé des différents éléments du dossier.
La défense devrait continuer à contester la qualification des faits et la valeur des pièces produites par l’accusation.
L’enjeu est considérable pour Ras Bath, qui pourrait être condamné à une très lourde peine après avoir déjà passé plus de trois ans en détention.
Pour « Rose Vie chère », l’issue du procès est également particulièrement importante, compte tenu de la peine requise contre elle.
La décision finale de la Cour d’appel de Bamako sera donc très attendue au Mali.
Entre accusations d’atteinte aux institutions, contestation de la valeur des preuves, longue détention préventive et débat sur la liberté d’expression, le procès de Ras Bath s’impose comme l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de l’été malien.
La Rédaction de Sunuker Desk News
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