L’affaire du passage à tabac de Pape Abdoulaye Touré connaît un nouveau tournant judiciaire et semble désormais dépasser largement le seul cadre des sévices dénoncés par l’activiste. Après plusieurs mois d’investigations, la Section de recherches de Dakar a transmis au parquet un dossier plus vaste portant sur plusieurs épisodes de violences survenus au Sénégal entre 2021 et 2024.
La procédure vient de franchir une étape particulièrement importante avec l’ouverture d’une information judiciaire visant des faits qualifiés, à ce stade de la procédure, de crime contre l’humanité par actes de torture ou traitements inhumains, cruels et dégradants. Le parquet de Dakar a procédé à une co-saisine exceptionnelle des juges des premier et deuxième cabinets afin de poursuivre les investigations.
Au cœur du volet consacré à Pape Abdoulaye Touré figurent quatre personnes interpellées par les enquêteurs : deux vigiles qui travaillaient à l’époque pour l’ancien ministre de la Jeunesse, Pape Malick Ndour, ainsi que deux agents du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD). Selon les informations rapportées par Seneweb, ces quatre suspects ont été conduits au parquet vendredi dernier après deux années d’investigations menées par la Section de recherches.
L’origine de cette procédure remonte à la plainte déposée par Pape Abdoulaye Touré en septembre 2024 auprès du parquet de Dakar. Il dénonçait notamment des faits de séquestration, d’enlèvement illégal, de torture et de traitements inhumains, cruels et dégradants. Son audition par la Section de recherches, annoncée dès octobre 2025, s’inscrivait dans l’enquête plus générale consacrée aux violences politiques enregistrées au Sénégal au cours des années précédentes.
Mais les investigations ne se limitent pas à ce dossier. Un autre volet concerne les violences enregistrées à Bargny. L’agent d’assistance à la sécurité de proximité (ASP) Ibrahima Diaw, qui était en service au commissariat de Bargny au moment des faits, a été interpellé. Il est soupçonné d’avoir mortellement heurté un manifestant lors des troubles de cette période. Il a été présenté au parquet et fait l’objet, comme les autres personnes mises en cause, d’une procédure judiciaire en cours.
D’autres noms apparaissent également dans le volet lié aux sévices dénoncés par Pape Abdoulaye Touré. Djibril Gaye, Amadou Guindo Traoré, Djibril Diao et Amadou Cissé, dit « Kabakrou », ont été interpellés dans le cadre des investigations. Leur implication devra être déterminée par l’instruction, qui doit précisément établir les faits, les responsabilités individuelles et, le cas échéant, les éventuels liens entre les différents épisodes examinés par les enquêteurs.
Le choix du parquet de confier le dossier simultanément aux premier et deuxième cabinets d’instruction constitue un élément notable de cette nouvelle phase judiciaire. Selon Seneweb, le procureur de la République a procédé à une co-saisine des deux cabinets, une démarche présentée comme peu fréquente. Les quatre suspects du volet Pape Abdoulaye Touré doivent ainsi comparaître dans le cadre de la procédure d’instruction, le doyen des juges étant momentanément indisponible.
La période retenue dans la procédure est particulièrement large. Les personnes arrêtées dans le dossier Pape Abdoulaye Touré sont poursuivies, selon les informations publiées, pour des faits qui se seraient déroulés entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024. Cette période englobe plusieurs séquences de fortes tensions politiques et de manifestations qui ont marqué le Sénégal, notamment les épisodes de mars 2021, de juin 2023 et les événements ayant accompagné la crise politique de 2024.
L’enjeu judiciaire dépasse donc désormais le cas individuel de Pape Abdoulaye Touré. Il s’agit de déterminer, dossier par dossier, ce qui s’est réellement produit lors de plusieurs épisodes de violences, d’identifier les auteurs éventuels d’infractions et d’établir les responsabilités personnelles sur la base d’éléments de preuve. Des investigations complémentaires pourraient conduire à d’autres auditions ou interpellations, mais ces éventuelles suites devront être appréciées à la lumière des décisions des magistrats instructeurs.
Cette évolution intervient après plusieurs mois de travail judiciaire sur les violences politiques des dernières années. Dès 2025, des auditions de victimes, de témoins et de proches de personnes décédées avaient commencé dans le cadre des investigations. L’APS avait alors rapporté l’ouverture de cette séquence judiciaire autour des violences enregistrées entre 2021 et 2024.
La qualification de « crime contre l’humanité » constitue, elle aussi, un élément majeur de la procédure. À ce stade, il s’agit de la qualification retenue par le parquet dans les poursuites, et non d’une décision définitive établissant la culpabilité des personnes mises en cause. L’instruction devra notamment examiner les circonstances précises des faits, leur éventuelle répétition ou organisation et la responsabilité de chacun des suspects.
L’affaire Pape Abdoulaye Touré apparaît ainsi comme l’un des premiers grands dossiers judiciaires destinés à examiner, sous un angle pénal, plusieurs épisodes de violences politiques ayant profondément marqué le Sénégal au cours de la période 2021-2024. La suite de l’instruction sera déterminante pour établir les faits, confronter les témoignages aux éléments matériels et déterminer les responsabilités individuelles.
Pour les victimes et leurs familles, cette nouvelle étape constitue l’ouverture d’un processus judiciaire attendu depuis plusieurs années. Pour les personnes mises en cause, elle ouvre également une procédure au cours de laquelle les faits qui leur sont reprochés devront être établis conformément aux règles de la justice et aux droits de la défense.
Sunuker News Desk
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