À la veille de l’élection présidentielle du 13 août 2026, le cuivre est au cœur de la campagne en Zambie. Le président sortant Hakainde Hichilema défend une stratégie particulièrement ambitieuse : porter la production nationale à 3 millions de tonnes par an d’ici 2031 afin de renforcer les recettes publiques, attirer les investissements et consolider la reprise économique après le défaut souverain. Mais dans la Copperbelt, cœur historique de l’industrie minière, les populations dénoncent un paradoxe : alors que leur sous-sol attire les investisseurs du monde entier, elles continuent de vivre avec les conséquences environnementales et sociales de l’exploitation minière.
La Zambie joue une partie décisive avec son cuivre.
À quelques heures du scrutin présidentiel et législatif, le métal rouge occupe une place centrale dans les promesses économiques du président Hakainde Hichilema, candidat à sa réélection.
Son ambition est claire : faire passer la production nationale d’environ 800 000 tonnes par an à 3 millions de tonnes d’ici 2031. Cette stratégie a été officiellement adoptée par le gouvernement zambien afin d’attirer de nouveaux investissements, développer l’exploration, augmenter les capacités de transformation et créer davantage d’emplois.
Mais dans la Copperbelt, cette perspective ne suscite pas partout l’enthousiasme attendu.
Pour de nombreux habitants, le véritable problème n’est pas de savoir combien de cuivre supplémentaire la Zambie pourra produire, mais combien de richesses cette exploitation laissera réellement aux communautés qui vivent au-dessus des gisements.
La Zambie possède l’un des principaux bassins cuprifères du continent africain.
Le cuivre est devenu encore plus stratégique avec l’accélération de la transition énergétique mondiale. Il est indispensable aux réseaux électriques, aux infrastructures énergétiques, aux véhicules électriques et à de nombreux équipements technologiques.
Cette importance croissante explique l’intérêt de grandes puissances économiques et de groupes miniers internationaux pour la Zambie.
Chine, États-Unis, Royaume-Uni, Inde et investisseurs occidentaux cherchent à sécuriser leur accès aux minerais considérés comme stratégiques pour les prochaines décennies.
La concurrence est d’autant plus forte que le prix du cuivre a fortement progressé. Selon des données rapportées récemment par Reuters, son cours avait augmenté de plus de 40 % sur un an, atteignant environ 14 000 dollars la tonne, alimenté notamment par les anticipations de croissance de la demande mondiale.
Pour Lusaka, cette situation représente une opportunité historique.
Mais elle constitue également un immense défi : transformer une hausse de la valeur du cuivre en développement durable pour la population.
Le gouvernement zambien a fait de l’augmentation de la production une priorité nationale.
Les mines du pays ont produit environ 820 000 tonnes de cuivre en 2024, soit une progression de 12 % par rapport à 2023. Les autorités ont annoncé leur ambition de dépasser le million de tonnes, avant de poursuivre leur progression vers les 3 millions de tonnes annuelles à l’horizon 2031.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs grands projets sont en cours d’expansion.
Les autorités comptent notamment sur la relance de mines existantes, l’arrivée de nouveaux investisseurs, l’exploration de nouveaux gisements et la modernisation des infrastructures.
Le projet de Mingomba, développé par KoBold Metals, illustre cette nouvelle course au cuivre. Le groupe prévoit une mise en production au début des années 2030 et table sur environ 300 000 tonnes de cuivre par an. L’investissement attendu est estimé entre 2,3 et 2,5 milliards de dollars.
La stratégie zambienne repose donc sur une multiplication des projets et une augmentation considérable des capacités minières.
Mais dans la Copperbelt, les habitants connaissent depuis longtemps l’autre visage de cette richesse.
Les villes de Chingola, Kitwe, Mufulira et Kalulushi ont grandi autour de l’exploitation du cuivre.
Des générations de Zambiens y ont travaillé dans les mines et les activités associées.
Pourtant, dans plusieurs communautés, les habitants dénoncent la dégradation des terres, la pollution des cours d’eau et la détérioration de la qualité de l’air.
Des organisations de la société civile alertent également sur les conséquences sanitaires et économiques de la pollution minière.
Transparency International Zambia rapportait encore en mars 2026 que des communautés de la Copperbelt continuaient de subir les conséquences de pollutions minières, notamment après un déversement acide survenu en février 2025. Des agriculteurs affirmaient que leurs terres avaient été rendues impropres à la culture après la contamination de cours d’eau et des sols.
La catastrophe environnementale survenue en février 2025 continue de peser sur les débats.
Un bassin de résidus miniers exploité par Sino-Metals Leach Zambia, près de Kitwe, s’était effondré, provoquant le déversement massif de déchets miniers dans l’environnement.
Selon l’Associated Press, environ 1,5 million de tonnes de déchets contenant notamment du cyanure et de l’arsenic avaient été libérées, affectant le réseau hydrographique connecté au Kafue River. Des poissons avaient péri, des cultures avaient été détruites et des inquiétudes avaient été exprimées concernant la contamination des eaux souterraines.
Le Kafue est particulièrement important pour la population zambienne : son bassin fournit de l’eau à une très grande partie du pays.
Cet épisode a donc dépassé le simple cadre d’un accident industriel pour devenir un symbole des risques associés à l’intensification de l’exploitation minière.
La pollution ne se limite pas aux rivières.
Dans plusieurs zones minières, les communautés agricoles dénoncent également la dégradation des terres.
Lorsque les sols sont contaminés par des métaux lourds ou d’autres résidus industriels, leur capacité à produire des cultures peut être affectée.
Des études récentes menées dans plusieurs villes minières de la Copperbelt ont notamment identifié des concentrations importantes de métaux lourds dans les sols, l’eau et certaines plantes autour de zones de déchets. L’étude concernait notamment Kitwe, Mufulira et Chingola et relevait des niveaux particulièrement élevés à Chingola.
Pour les petits exploitants agricoles, les conséquences peuvent être considérables.
Une terre moins productive signifie moins de revenus, alors même que les coûts des intrants agricoles augmentent.
C’est ainsi qu’un territoire riche en cuivre peut paradoxalement voir ses populations rurales s’appauvrir lorsque les activités minières réduisent leurs possibilités agricoles.
C’est précisément le sentiment exprimé par de nombreux acteurs de la société civile.
Le débat ne porte pas nécessairement sur le principe de l’exploitation minière.
Les communautés demandent surtout une répartition plus équitable des bénéfices.
Elles veulent davantage d’emplois locaux, des terres protégées, des infrastructures, des services publics et surtout une véritable responsabilité environnementale des entreprises.
La question est donc devenue : à qui profite réellement le cuivre zambien ?
Les compagnies minières réalisent des investissements considérables et prennent des risques importants. Mais les populations vivant autour des mines considèrent que leurs propres ressources naturelles doivent également produire des bénéfices tangibles pour leurs territoires.
La fiscalité minière est ainsi devenue un sujet central.
Pour une partie de la société civile, l’État doit récupérer une part plus importante de la valeur créée par l’exploitation des ressources naturelles.
Cette question est d’autant plus sensible que la Zambie sort progressivement d’une crise de dette majeure.
Le pays avait fait défaut sur une partie de sa dette extérieure en 2020, avant d’engager une restructuration complexe avec ses créanciers.
L’amélioration des recettes minières apparaît donc comme un levier essentiel pour renforcer les finances publiques.
Mais augmenter la fiscalité sans décourager les investissements représente un exercice délicat.
Les autorités doivent trouver un équilibre entre attirer les capitaux nécessaires à l’expansion des mines et garantir que l’État et les communautés captent une part suffisante de la richesse créée.
Les compagnies minières ne sont pas les seules à réclamer des changements.
Le secteur privé demande également à l’État davantage de stabilité réglementaire, de nouvelles infrastructures et une amélioration de l’approvisionnement électrique.
Selon Reuters, les acteurs miniers estiment que l’augmentation de la production nécessitera notamment d’importants investissements dans l’électricité, avec environ 2 000 mégawatts de capacité supplémentaire nécessaires pour accompagner l’expansion du secteur.
Le défi est donc double.
La Zambie doit produire davantage de cuivre, mais elle doit également disposer de suffisamment d’électricité, de routes, de chemins de fer et d’infrastructures logistiques pour transporter et transformer cette production.
Un autre débat porte sur la transformation du cuivre.
Pendant longtemps, les pays africains producteurs de minerais ont été accusés d’exporter principalement des matières premières et de récupérer une part limitée de la valeur ajoutée.
La stratégie zambienne entend progressivement renforcer la transformation locale et développer une chaîne de valeur autour des minerais critiques.
Le gouvernement affirme vouloir favoriser non seulement l’extraction, mais également le traitement, les services miniers, l’innovation et les activités industrielles associées.
Pour les communautés de la Copperbelt, cette évolution pourrait constituer une véritable opportunité si elle débouche sur davantage d’emplois qualifiés et de sous-traitance locale.
À quelques jours du scrutin du 13 août, le cuivre constitue donc l’un des principaux arguments économiques du président sortant.
Hichilema peut mettre en avant les investissements réalisés depuis son arrivée au pouvoir et l’augmentation de la production.
Les autorités soulignent notamment le redémarrage ou l’expansion de plusieurs grandes exploitations et l’arrivée de nouveaux investisseurs.
Mais l’opposition et la société civile peuvent, elles, poser une autre question : la croissance de la production minière améliore-t-elle suffisamment la vie quotidienne des Zambiens ?
C’est probablement là que se situe l’un des principaux enjeux du scrutin dans les régions minières.
La Zambie se trouve aujourd’hui à un tournant.
Le pays possède une ressource extrêmement recherchée au moment même où le monde accélère la transition énergétique.
La demande mondiale de cuivre devrait rester soutenue, ce qui pourrait offrir à Lusaka une occasion exceptionnelle de renforcer ses finances publiques et de financer son développement.
Mais l’histoire de la Copperbelt rappelle également les dangers d’une croissance minière mal maîtrisée.
Un cuivre plus abondant ne signifie pas automatiquement une population plus riche.
Pour que le boom minier devienne un véritable moteur de développement, les bénéfices devront se traduire par des emplois, des infrastructures, des recettes publiques, une transformation locale accrue et une amélioration des conditions de vie.
Et surtout, la croissance de la production devra s’accompagner de règles environnementales réellement appliquées.
La Zambie veut produire trois fois plus de cuivre.
Les investisseurs veulent construire de nouvelles mines.
Le monde veut davantage de cuivre pour ses voitures électriques, ses réseaux électriques et ses infrastructures énergétiques.
Mais dans la Copperbelt, une autre exigence monte : ne pas transformer la richesse minière en dette écologique et sociale.
Le défi de Hakainde Hichilema et de son gouvernement sera donc de démontrer que l’augmentation de la production peut réellement sortir les populations de la pauvreté tout en protégeant leurs terres, leur eau et leur santé.
Car pour les habitants de Chingola, Kitwe ou Mufulira, la question n’est plus seulement de savoir combien de tonnes de cuivre la Zambie peut extraire.
Elle est beaucoup plus simple et beaucoup plus fondamentale :
combien de cette richesse restera réellement en Zambie, et combien de temps les populations devront-elles encore payer le prix environnemental de son extraction ?
La Rédaction de Sunuker Desk News
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