Les castes en Afrique sont une forme de stratification sociale que l’on retrouve dans plusieurs groupes ethniques en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Les caractéristiques des systèmes de castes en Afrique varient selon les groupes ethniques. Certaines d’entre elles ont un système de castes rigide et strict avec une forme d’esclavage intégré, tandis que d’autres sont plus diffuses et complexes.
Le royaume du Tekrour, fondé au IXeme siècle, entre la vallée du Sénégal et le Fouta-Toro , est à peu près contemporain de l’empire du Ghana à son apogée. C’est sans doute là que naît le système de castes.
Les systèmes de castes en Afrique reposent le plus souvent sur l’endogamie, le statut hiérarchique, des emplois hérités (castes de forgerons, tisserands, griots…), l’appartenance à la naissance et les contraintes imposées en matière de commensalité.
Les Peuls ou les Toucouleurs (treize castes réparties en trois classes) sont parmi les ethnies les plus segmentées.
Chaque caste a ses propres fonctions mais les différences entre castes tendent à s’estomper, tout particulièrement au niveau des métiers exercés. Toutefois, il est très mal vu pour un noble de devenir chanteur, métier réservé aux griots.
Les castes dressent une barrière matrimoniale, plus difficile à franchir que celle des ethnies (le terme de caste étant entendu ici dans le sens général de classe sociale, à caractère d’exclusive, et non dans le sens qu’on lui donne dans certaines régions, où le terme est réservé aux castes artisanales.
Les griots, forgerons, cordonniers, bûcherons, etc…) sont à proprement parler les gens de caste ou castés.
Les griots, qui jouent un rôle important dans les sociétés. Lors des baptêmes, mariages, et autres événements festifs, ils sont toujours les premiers invités notamment pour chanter ou dire les louanges de telles ou telles familles. Les griots, spécialistes de la généalogie, historiens, conteurs sont aussi considérés comme les gardiens de la mémoire collective depuis des siècles.
Les forgerons , d’après certaines légendes, descendraient tous d’un ancêtre mythique, Noum Fayiri, qui a percé les secrets des forges et les a transmis à ses descendants. Les maîtres forgerons adhèrent à une société secrète, le Komo .
Les captifs réduits à l’esclavage), prisonniers de guerre, ou capturés lors des luttes entre territoires ou tribus. Il arrivait parfois que des hommes ou femmes, poussés par leur extrême pauvreté se proposent d’être captifs, afin d’avoir l’assurance d’être nourris et logés.
Difficile pour les familles nobles d’épouser des griots ou esclaves. En Afrique de l’Ouest où le problème des castes reste toujours d’actualité. Les mariages entre forgerons et griots ne sont pas formellement interdits par la tradition, mais peuvent connaître des oppositions de la part de certains forgerons s’estimant socialement supérieurs.
« Les esclaves et les castes ne relèvent pas de la même catégorie, explique Gilles Holder, chercheur à l’Institut des études africaines d’Aix-en Provence (France). Esclave est un statut juridique défini par la propriété, tandis que les castes, ou plus exactement les artisans spécialisés endogames, relèvent d’une catégorie sociale. Les esclaves sont les descendants des prisonniers de guerre et portent le nom de leur maître. »
La légende des griots
L’ancêtre des nobles et celui des griots étaient frères. Au cours d’un voyage particulièrement éprouvant, après être revenu bredouille de la chasse, l’aîné se serait coupé une partie de la cuisse pour nourrir son jeune frère, malade et épuisé. Reconnaissant, celui-ci lui aurait juré fidélité éternelle et lancé des malédictions aux descendants qui transgresseraient ce pacte », indique Younoussa Touré, socio-anthropologue à l’Institut des sciences humaines de Bamako (Mali). « C’est dans le but de préserver ce pacte de fidélité que le mariage est interdit entre les descendants des deux frères », poursuit-il.
Les castes ouest-africaines sont le fait de différenciations basées sur la spécialisation de la profession. Les basses castes peuvent toutefois accéder aujourd’hui à n’importe quelle profession. Par exemple, même s’ils doivent accomplir des tâches pour les nobles, principalement lors de mariage, les griots ne sont pas exclus tels des parias. Beaucoup occupent des postes importants dans la politique , l’administration ou l’armée.
Dans les villes, ces pratiques se sont estompées, à quelques exceptions près. Cependant, en milieu rural, les traditions sont bien ancrées et persistent.
Kalidou Sy, professeur de Littérature comparée, Sémioticien à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis explique ce qui anime l’esprit de caste. Il souligne, avant tout, son actualité dans les sociétés ouest-africaines, dans les pays limitrophes et surtout au Sénégal. Selon lui, « il y a des intellectuels qui se sont autoproclamés une noblesse de l’Islam».
A ce propos, il estime que le départ de cette confusion c’est « la famille référentielle de l’Islam », les «Torodo» c’est-à-dire «les nobles qui ont appris le Coran». Le Pr. Kalidou Sy révèle que «cette tradition a fini par prendre le dessus sur les préceptes de l’Islam, faisant que ceux qui ne sont pas issus de cette noblesse n’y sont pas accueillis. Même s’ils maîtrisent le Coran . » Et pourtant, «cette réalité n’existait pas avant la pénétration de l’Islam», rappelle-t-il. C’est la raison pour laquelle, à l’en croire, on entend souvent ces propos: «je suis descendant de tel marabout, d’une lignée noble». Il poursuit en disant que c’est «ce qui crée les conditions d’un héritage patrilinéaire, qui accorde des prérogatives sociales. Et, du coup, être un religieux est un titre qu’on mérite au lieu de quelque chose qu’on conquiert par l’apprentissage du Coran.»
Allant en profondeur dans son analyse sur l’impact des castes dans le mariage au Sénégal, le Pr. Kalidou Sy développe cette idée: «dans la société, l’esprit de caste a créé une stratification sociale à travers une échelle de valeurs.» Ce qui fait que, psychologiquement, on se croit supérieur à l’autre. Et c’est ce qui justifie le fait qu’on puisse refuser de mélanger, par les liens du mariage, le «sang noble et pur» avec le «sang entaché». D’ailleurs, dit-il «cette échelle de valeurs est même visible par une division socioprofessionnelle. » Mais aussi, l’esprit de caste va au-delà du mariage dans la société. Le Pr. Kalidou Sy, attire l’attention sur le fait qu’« il y a des choses qu’on ne dit pas. Les hommes religieux renseignent que l’Islam ne fait aucune distinction entre les personnes quand il s’agit du mariage, mais ce sont eux les premiers à le refuser.»
Les castes chez les Wolofs
Le métissage entre les Peulhs artisans venu du Fouta-Toro où ce type de groupement était déjà en place, les mandingues du Tekrour et les maures artisans appelés mallen venus par vagues successives s’installer en pays Wolof, qui à l’origine pratiquaient l’agriculture. Les wolofs les ont intégrés à leurs ethnie mais comme différents dans la hiérarchie de par leurs origines étrangère, et leur activité jugée mythique par les baylek ou cultivateurs wolofs d’où la différenciation par l’expression en wolof nyenyoy dieuf lek (ceux qui travaillent pour manger). Les Nyenyo diminutif de nyenyoy (ceux-là bas) (marque de conservation de leur origine et de la différence) , sont jugés mystiques de par leurs métiers d’artisan du fer et du feu et par souci de conservation ils pratiquèrent l’endogamie. Fondeur, soudeur, polisseur, lapidaire et joaillier, le bijoutier est tout cela à la fois. Chez les « Niénios », le métier de bijoutier se transmet de père en fils.
Cela concerne par exemple les familles, Athie, Thiam, Diaw, Lô, Dioum, Sow, Guissé, Tall, Mbow, des noms très présents chez les nyenyo aujourd’hui avec d’autres noms, le plus souvent Niasse, Mbaye, Beye, Fassa, Niang, kassé, Dieng, Gueye. La tradition orale confirme l’arrivée dans les royaumes wolofs, d’artisans peuls et toucouleurs, à partir des XVIe et XVIIe siècles. Des familles d’ethnie mandingue (Diokhané, Kanté, Sokhna ……etc ..)
Les castes chez les Sérères
Il y a des castes typiquement sérères comme les law qui sont des bouffons, les sagnite qui sont des bouffons grossiers et les naar no maad (aussi bissit – ) ou maures du roi.
Les griots sont la mémoire de la société et sont aussi les tisserands.
Pour les forgerons, même s’il y en a parmi eux des Sérères (Gackou, Ndior ,Lo) , ils sont en majorité des Wolofs, beaucoup d’entre eux étant parfois d’ascendance Toucouleur, ce sont les nyenyo. D’ailleurs chez les Sérères, il arrive qu’on utilise le mot « forgeron » pour désigner un Wolof.
Les woudés, qui travaillent le cuir, et les potiers sont de la caste des nyenyo. Quant aux laobés, artisans du bois, ce sont des Peuls.
Source: Gilles Holder, « Tal Tamari, Les castes de l’Afrique occidentale. Artisans et musiciens endogames » (compte rendu), L’Homme, vol. 39, no 152, 1999
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