Ton’s est un éleveur. Mais un éleveur de ville et non de campagne. La transhumance, il en a un vague souvenir. C’était du temps où il fut berger, poste radio transistor en bandoulière, il conduisait à travers les pâturages le troupeau de son Pater. Mais un autre destin l’attendait.
Son oncle, planton à l’Assemblée nationale lui ouvrit les portes de la ville. Ton’s, tout émerveillé découvrait en même temps l’eau courante et l’électricité. C’était aussi la première fois qu’il voyait de ses yeux, un poisson. Le manger ? Il en était hors de question. La viande et le lait. Oui ! Ton’s devenu gardien de dépôt de ciment, eut la bonne fortune de rencontrer un entrepreneur industriel qui le prit sous son aile, et lui apprit les bonnes manières. Il se mit à manger à table mais le maniement du couteau et de la fourchette lui posait souci. Il n’arrivait pas à s’y faire. La main, disait-il, est la fourchette du bon Dieu.
Hier, le consul d’un des pays du Golfe avait organisait une table ouverte, pour la rupture du jeûne, le patron de Ton’s l’y amena. Une grande table fut dressée. Devant Ton’s, petits plats, grands plats, une série de verres, de fourchettes et de couteaux. On posa un grand méchoui au milieu de la table. Le serveur coupa une fine tranche qu’il posa dans l’assiette de Ton’s. D’un air de dépit, Ton’s se leva, saisit le mouton en entier et demanda de l’eau pour se laver les mains tout en déclarant « miswi lokho lagn kay lékké. Heuye waa kumane sa morom daan »
Baba Diop













































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