Dans son ouvrage, traduit par le père Labat (1732) sous le titre : «Relation historique de l’Éthiopie occidentale contenant la description des royaumes de Congo, Angolle et Matamba», Antonio Cavazzi (1621-1678) livre plusieurs enseignements utiles sur les peuples de ces anciens royaumes correspondant à peu près à l’Angola et au Congo actuels, cela en dépit des contradictions et préjugés que recèle son texte.
On y apprend ainsi que les Noirs peuplant ces terres jugent que leur pays «est la plus belle, la plus agréable, la plus heureuse, la plus fertile de toutes les parties du monde». Mieux, ils se prennent presque pour le peuple élu puisque, disent-ils, «Dieu s’est servi de ses anges et de ses autres ministres, pour créer tout l’univers ; mais que leur pays est l’ouvrage de ses mains». Et par conséquent, ils considèrent que leur «vaste royaume est le seul que Dieu ait créé, par lui-même : et par une suite nécessaire, les habitants sont les plus nobles, les plus spirituels et les plus riches de tout l’Univers !»
En plus d’une certaine naïveté dans cette représentation du monde, on peut convenir avec le père capucin italien qu’il y a une certaine «vanité» dans ce propos. Un autre détail attire l’attention : les femmes congolaises qui «font consister leur beauté à avoir la peau fine, bien noire, bien lustrée». Ces femmes nègres savaient que le noir de jais de leur peau était brillant, que le noir était synonyme de beauté… On peut trouver un commentaire détaillé de l’ouvrage de Cavezzi dans le tome 4 de «L’heur de philosopher la nuit et le jour : Quand vivre c’est philosopher» qui vient de paraître chez L’Harmattan Sénégal.
Mais ce qui a retenu notre attention dans ces renseignements livrés par le missionnaire italien, c’est la haute estime de soi qu’avaient ces Nègres, qui étaient très fiers de leur pays et de la couleur de leur peau. Tout le contraire de nombre d’Africains aujourd’hui. Il suffit de considérer le phénomène de la dépigmentation…
Évidemment, des siècles d’aliénation ont joué un grand rôle dans ce changement si bien qu’on peut se demander si le Noir, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’est pas une «invention» de l’Occident au sens où Valentin Mudimbé entend ce mot. On peut remonter ce processus à la malédiction de Cham. Certains monuments de la littérature ont également contribué à cette «invention du Noir» dégradé. Ainsi, dans le «Quatrième voyage de Sindbal le marin» du merveilleux conte des «Mille et une nuits», les Noirs sont associés à l’anthropophagie et à la cruauté. Dans toute la littérature coloniale, c’est assez exceptionnel que l’image du Noir ne soit pas associée à la négativité.
Ce processus est loin d’être terminé puisqu’aujourd’hui encore, surtout dans le cinéma, le Noir est par excellence la figure du méchant. Rares sont les films où le Noir incarne la figure du héros bon et gentil. Je me demande aussi pourquoi dans le sport, comme le football, les Noirs sont plus nombreux dans les postes qui exigent le «sale boulot» (milieu récupérateur, latéral ou défenseur central) et rarement comme finisseur ou meneur de jeu ? Est-ce simplement une sélection naturelle qui s’opère ? Dans tous les cas, chez certains coaches – tiens, il n’y a pas beaucoup de Noirs dans le haut niveau ! –, il y a toujours ce cliché du Noir, qui serait doté de «quatre poumons», et à qui on confie généralement le sale boulot face au «gentil» attaquant ou meneur Blanc. Cela est tellement flagrant que quand un footballeur africain signe dans un grand club européen, ses dirigeants ont tendance, peut-être inconsciemment, à insister plus sur ses qualités physiques et athlétiques que sur sa technique, lors de la cérémonie de présentation.
C’est pour essayer de gommer cette image négative du Noir qu’est né l’afrofuturisme, courant artistique, littéraire, musical apparu au début des années 1990 dans le paysage continental et dans la diaspora. Je reviendrai, si Dieu le veut, dans une autre chronique, sur l’afrofuturisme. Mais d’ores et déjà, j’ai envie de crier «Black is beautiful» !













































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