Une affaire foncière aux ramifications financières considérables est désormais entre les mains de la justice sénégalaise. La Brigade de recherches de la gendarmerie de Keur Massar a mis au jour un présumé réseau d’escroquerie qui aurait fait plus de 80 victimes et occasionné, à ce stade de l’enquête, un préjudice évalué à plus d’un milliard de francs CFA. Trois personnes ont été déférées devant le parquet financier.
L’enquête menée par les gendarmes de la Brigade de recherches de Keur Massar a conduit à l’interpellation de trois suspects : C. T. Sall, présenté comme consultant international et domicilié à Sandiara, A. Diouf, marabout résidant à Keur Massar, et J. P. A. Dione, responsable d’une agence immobilière basée à Ouakam.
Les trois mis en cause ont été déférés lundi 14 septembre 2026 devant le procureur de la République près le Pool judiciaire financier. Ils sont poursuivis, selon les premiers éléments de la procédure, pour association de malfaiteurs et escroquerie. Leur culpabilité reste naturellement à établir par la justice.
Au cœur du dossier figure un projet immobilier présenté comme un programme de logements sociaux qui devait être implanté à Samkédj, dans la commune de Diass. Les promoteurs présumés auraient présenté cette opération à différents investisseurs en leur faisant miroiter la réalisation de logements et d’importantes perspectives de bénéfices.
L’affaire aurait pris une ampleur considérable entre 2021 et 2026. D’après les éléments recueillis au cours des investigations, plus de 80 personnes pourraient avoir été victimes de cette opération présumée frauduleuse, pour des sommes cumulées avoisinant ou dépassant le milliard de francs CFA.
Parmi les personnes qui auraient investi figure une commerçante établie à Kaolack, responsable d’un groupement d’intérêt économique. Celle-ci aurait engagé 39,5 millions de francs CFA, provenant de fonds collectés auprès des membres de son groupement. Le GIE bénéficiait notamment de financements du Fonds de garantie des investissements prioritaires (FONGIP) et de la Délégation générale à l’Entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER).
La découverte de l’affaire serait intervenue après que des victimes ont entrepris de vérifier l’existence réelle du projet immobilier auprès des autorités locales. Le maire de Diass, saisi sur la question, aurait confirmé qu’aucun projet correspondant à celui présenté aux investisseurs n’avait été enregistré auprès des services municipaux.
Cette vérification aurait alors fait tomber une partie du montage présenté aux victimes comme une opération immobilière parfaitement établie.
Selon les premiers éléments de l’enquête, les suspects auraient utilisé des protocoles et documents présentés comme des justificatifs de leurs engagements afin de convaincre les investisseurs de verser leurs fonds. Lors de leurs auditions, ils auraient reconnu avoir encaissé des sommes d’argent, tout en évoquant l’existence d’un prétendu promoteur, présenté comme un ancien militaire.
C’est précisément ce type de mécanisme qui rend les dossiers d’escroquerie foncière particulièrement préoccupants au Sénégal. Des particuliers ou des groupements investissent parfois leurs économies, leurs cotisations ou des financements obtenus auprès de structures publiques dans des opérations immobilières dont la réalité juridique et foncière n’a pas été suffisamment vérifiée.
Dans cette affaire, l’importance des montants évoqués et le nombre potentiel de victimes ont conduit le dossier devant le Pool judiciaire financier, compétent pour traiter les procédures relevant notamment de la criminalité économique et financière.
L’enquête devra désormais déterminer le rôle précis de chacun des trois suspects, retracer les circuits financiers, identifier l’ensemble des personnes ayant versé de l’argent et établir la destination exacte des fonds. Elle devra également déterminer si d’autres personnes ont participé au montage ou bénéficié des sommes collectées.
Le préjudice annoncé pourrait par ailleurs évoluer à mesure que de nouvelles victimes se manifestent auprès des enquêteurs ou de la justice. Dans ce genre de dossier, les premières estimations financières sont souvent susceptibles d’être réévaluées lorsque l’ensemble des plaignants et des transactions est recensé.
Cette affaire rappelle surtout une règle élémentaire à toute personne souhaitant investir dans le foncier : avant de verser le moindre franc, il est indispensable de vérifier l’existence juridique du projet, la propriété du terrain, les autorisations administratives et l’identité réelle du promoteur.
Car derrière la promesse d’un logement social ou d’un investissement immobilier rentable peuvent parfois se cacher des montages qui mettent en péril les économies de familles entières.
Pour les victimes présumées de ce dossier, la procédure judiciaire qui s’ouvre devra désormais permettre de faire toute la lumière sur un système dont le préjudice provisoire dépasse déjà le milliard de francs CFA.
Sunuker News Desk
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