Une inquiétude grandissante gagne les utilisateurs de Wave au Sénégal. Depuis plusieurs jours, des témoignages font état de retraits d’argent effectués à l’insu des titulaires de comptes. Des sommes parfois importantes auraient disparu sans que les victimes parviennent à identifier clairement l’origine des opérations. Un phénomène qui soulève de sérieuses interrogations sur la traçabilité des transactions et les mécanismes de sécurisation des comptes.
Le cas d’un agent de la Brigade spéciale de cybersécurité retient particulièrement l’attention. Selon son témoignage rapporté par la presse sénégalaise, il aurait perdu 265 000 francs CFA, correspondant à une partie de son salaire, après avoir transféré de l’argent depuis son compte bancaire. Ce qui l’interpelle davantage, affirme-t-il, c’est l’absence d’un numéro clairement identifiable au moment du retrait.
« Le pire dans tout cela est que je n’ai pas vu le numéro qui a retiré la somme », déplore-t-il. Informaticien de profession, il assure ne pas être du genre à cliquer sur des liens suspects. Après avoir saisi le service client de Wave, il affirme avoir été informé que l’opération aurait été effectuée depuis la Côte d’Ivoire. Il annonce désormais son intention de porter plainte contre la plateforme, estimant que la sécurité des fonds confiés au service doit être garantie.
Ce témoignage intervient alors que d’autres utilisateurs sénégalais rapportent des expériences similaires. La journaliste Ouley Mané a notamment affirmé que le compte Wave de son mari aurait été débité de plus d’un million de francs CFA à la suite d’une opération associée à un numéro masqué. Un policier aurait également raconté sur les réseaux sociaux avoir subi une opération comparable.
Ces affaires interviennent dans un contexte régional marqué par une recrudescence des escroqueries liées au mobile money. En Côte d’Ivoire, une enquête récente de la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) a conduit à l’interpellation d’un homme soupçonné d’être impliqué dans un réseau de fraude aux transactions électroniques.
Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, les fraudeurs utilisaient notamment de faux liens envoyés par SMS, présentés comme des offres promotionnelles ou des cadeaux. Les victimes étaient invitées à renseigner leurs informations sur une fausse plateforme. Les données ainsi récupérées pouvaient ensuite être utilisées sur la véritable plateforme de paiement, tandis que les codes de validation reçus par SMS étaient également recherchés afin de finaliser les opérations.
Le préjudice attribué à ce réseau ivoirien est estimé à près de 170 millions de francs CFA selon les informations rapportées, avec la saisie notamment de plusieurs téléphones et d’un ordinateur. Toutefois, aucun élément ne permet actuellement d’établir un lien direct entre ce réseau ivoirien et les retraits signalés au Sénégal. La similitude de certains modes opératoires alimente néanmoins les interrogations.
Le Sénégal n’est d’ailleurs pas totalement étranger à ce type de fraude. En août dernier, à Saint-Louis, un individu avait été présenté au parquet après un retrait frauduleux de 264 000 francs CFA sur un compte Wave. Les enquêteurs avaient alors décrit un procédé reposant notamment sur l’usurpation de fonction et la récupération de données confidentielles. Les investigations avaient permis de retracer plusieurs mouvements financiers liés au suspect.
Au-delà des montants perdus, c’est la question de la traçabilité des opérations qui inquiète particulièrement les utilisateurs. Comment une transaction peut-elle être effectuée sans que le titulaire puisse clairement identifier le compte, le numéro ou le point de retrait à l’origine du mouvement ? Et surtout, quelles procédures permettent de déterminer rapidement comment les fonds ont été sortis du portefeuille électronique ?
Ces interrogations prennent une dimension particulière lorsque les victimes affirment ne pas avoir communiqué leur code confidentiel ou avoir évité les liens suspects. Elles pourraient désormais être au cœur des plaintes annoncées et des éventuelles investigations techniques.
Face à la multiplication des témoignages, des voix demandent également à Wave de clarifier les mécanismes de sécurisation de ses comptes et les procédures appliquées lorsqu’un client signale une opération qu’il affirme ne pas avoir autorisée. L’Association des consommateurs et investisseurs du Sénégal (ACIF), par la voix de son président Nfamara Ibrahima Cissé, a notamment appelé la plateforme à prendre ses responsabilités et à indemniser les victimes, selon des informations rapportées mardi.
Pour l’heure, les responsabilités restent à déterminer. Les témoignages des utilisateurs constituent des signalements, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l’origine exacte des retraits ni une éventuelle responsabilité de Wave. Les investigations techniques et judiciaires devront notamment permettre de déterminer comment les opérations ont été initiées, quelles données ont éventuellement été compromises et où les fonds ont finalement été retirés.
En attendant, la vigilance reste de mise. Les spécialistes de la cybersécurité recommandent de ne jamais communiquer son code PIN, son code de validation SMS ou ses informations personnelles à un tiers, même lorsque celui-ci se présente comme un agent d’un opérateur. Les faux messages de bonus, cadeaux, remboursements ou annulations constituent précisément l’un des moyens utilisés dans les opérations de hameçonnage signalées ces derniers temps.
Sunuker News Desk
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