Dans toute démocratie, la manière dont une Nation traite ses élites intellectuelles en dit souvent davantage sur son état de santé que les discours officiels ou les proclamations de circonstance.
L’affaire Ismaïla Madior Fall soulève aujourd’hui une interrogation qui dépasse largement le sort d’un homme. Elle renvoie à notre rapport collectif au savoir, à l’excellence, à l’engagement public et à la reconnaissance due à ceux qui ont consacré leur vie au service de l’Etat.
Nul n’est au-dessus de la loi. Ce principe est le fondement même de la République. Mais nul ne devrait davantage être placé en dessous de la Justice au motif qu’il a exercé des responsabilités importantes ou incarné une position politique devenue impopulaire.
C’est pourquoi le débat autour de Ismaïla Madior Fall mérite davantage de sérénité et moins de passion.
Car enfin, qui est cet homme que l’on semble aujourd’hui résumer à une procédure judiciaire encore loin d’avoir livré toutes ses conclusions ?
C’est un universitaire reconnu.
C’est un constitutionnaliste dont les travaux ont marqué plusieurs générations d’étudiants.
C’est un serviteur de l’Etat qui a accepté de prendre des responsabilités dans des périodes particulièrement difficiles de notre histoire récente.
Il aurait pu demeurer dans le confort du monde académique. Il aurait pu se tenir à distance des tempêtes politiques. Il aurait pu préserver sa tranquillité et sa réputation en refusant l’exposition qu’impliquent les fonctions publiques.
Il a fait un autre choix.
Il a choisi de servir.
C’est précisément ce choix qui semble aujourd’hui lui être reproché par certains.
L’histoire politique nous enseigne qu’il existe souvent une relation complexe entre les mouvements populistes et les intellectuels. Les premiers se nourrissent parfois de la défiance envers les élites tandis que les seconds incarnent le savoir, l’expertise et la nuance.
Or, la nuance est rarement la meilleure alliée des passions collectives.
Lorsque les tensions politiques deviennent excessives, les intellectuels peuvent alors se transformer en cibles symboliques. Non pas nécessairement pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils représentent.
A cet égard, l’écrivain et analyste Hamidou Anne a popularisé une expression qui mérite réflexion lorsqu’il évoque «la revanche des ratés».
Cette formule n’est pas une condamnation des citoyens ordinaires. Elle décrit plutôt une tentation récurrente dans certaines séquences politiques. Celle qui consiste à trouver dans l’abaissement des figures de la réussite intellectuelle ou institutionnelle, une forme de compensation symbolique.
L’objectif n’est alors plus seulement de rechercher la vérité. Il devient parfois tentant de faire tomber ceux qui incarnent une forme d’autorité intellectuelle ou morale.
Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que tel est le cas dans la procédure visant Ismaïla Madior Fall. Seule la Justice est compétente pour établir les faits et les responsabilités éventuelles.
Mais il est permis de constater que le climat entourant cette affaire dépasse souvent le strict cadre juridique.
Il est également permis de s’interroger lorsque le débat public semble davantage animé par l’émotion que par la prudence.
A cet égard, plusieurs observateurs ont relevé que certains éléments du dossier continuent d’alimenter les interrogations et les discussions. Des développements judiciaires concernant d’autres protagonistes de cette affaire ont notamment été largement commentés dans l’espace public. Sans préjuger de la culpabilité ou de l’innocence de quiconque, ces circonstances rappellent simplement qu’une accusation ne vaut jamais condamnation et qu’un Etat de Droit exige un examen rigoureux de tous les faits.
C’est précisément pour cette raison que la présomption d’innocence demeure une conquête essentielle de la civilisation démocratique.
Avant de condamner un homme, il faut établir sa responsabilité.
Avant de le vouer à la réprobation publique, il faut démontrer sa faute.
Avant de faire de lui un symbole, il faut s’assurer que la vérité a été pleinement recherchée.
A ce propos, Montesquieu nous rappelle une exigence fondamentale lorsqu’il écrit que «toute peine qui ne dérive pas de la nécessité est tyrannique».
Cette réflexion demeure d’une actualité saisissante.
Car le Sénégal ne gagnerait rien à transformer ses débats judiciaires en arènes de règlement de comptes politiques.
Le Sénégal ne gagnerait rien à humilier ceux qui ont consacré leur vie à l’enseignement, à la recherche ou au service de l’Etat.
Le Sénégal ne gagnerait rien à décourager les générations futures d’accepter des responsabilités publiques.
La grandeur d’une Nation ne se mesure pas à sa capacité de détruire ses serviteurs lorsqu’ils tombent en disgrâce.
Elle se mesure à sa capacité de leur garantir une Justice impartiale, indépendante et respectueuse des droits de chacun.
C’est pourquoi le cas de Ismaïla Madior Fall mérite mieux que les passions du moment.
Il mérite une appréciation fondée sur les faits.
Il mérite une Justice sereine.
Il mérite le respect dû à tout citoyen.
Et, il mérite surtout que la vérité soit recherchée avec la même énergie que celle déployée pour commenter son sort.
Car une démocratie ne s’honore jamais en humiliant ses intellectuels.
Elle s’honore en les jugeant avec équité lorsqu’ils sont mis en cause et en les protégeant contre l’acharnement lorsqu’ils ne le sont pas.
C’est à cette hauteur que le Sénégal est attendu.
Amadou MBENGUE
dit Vieux
Secrétaire général de la Coordination départementale de Rufisque
Membre du Comité central et du Bureau politique du Pit/Sénégal
Ismaïla Madior Fall ou le risque de la revanche des ratés

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bjr votre contribution m’epate tps mais force est de constater en tant que juriste educateur il a fait des choses pas catholique qui reste d’etre justifier , alterant sa probité morale. je pense il est de mise pour ce personnage de sanctionner drastiquement pour que nul n’en ignore pour la morale et l’ethique de nos futures juristes et enseignants