La guerre en Ukraine, et ses échos au Moyen-Orient. La Syrie célèbre un triste anniversaire ce mardi : 11 ans de guerre. Et comme en Ukraine actuellement, l’armée russe intervient également dans le théâtre syrien, contre une population démunie. Pour porter assistance aux populations, une organisation syrienne humanitaire de protection civile, avait vu le jour en 2013. Les Casques Blancs continuent de remplir cette mission, aujourd’hui encore.
Pendant des années, les Syriens opposés au régime de Bachar al-Assad, ont subi les bombardements destructeurs de son allié russe. Notre correspondant à Jérusalem Sami Boukhelifa s’est entretenu avec Raed Saleh, le chef des Casques Blancs, une organisation humanitaire syrienne de protection civile.
RFI : Constatez-vous des similarités entre l’offensive russe en Ukraine, et celle que vous avez subie en Syrie ?
Raed Saleh : Ce qui est en train d’arriver en Ukraine, c’est le scénario syrien, mais en accéléré. En 19 jours de guerre, la Russie a bombardé une trentaine d’hôpitaux en Ukraine. Les Russes ont également ciblé les infrastructures de base, les civils et les couloirs humanitaires. C’est exactement ce qui s’est passé en Syrie durant des années. La stratégie militaire est identique. Les Russes lancent des bombardements intenses, et cela ouvre la voie aux troupes au sol, qui cherchent à prendre les villes ukrainiennes.
Et quand la situation s’enlise un peu sur le terrain, c’est là que les Russes s’attaquent aux hôpitaux et aux centrales hydrauliques et électriques. Tout cela a pour seul objectif de déplacer les populations et de les contraindre à l’exil.
En tant que Syrien qui avez vécu toutes ces atrocités, quel est votre message à la communauté internationale ?
Le peuple syrien a été abandonné à son triste sort par la communauté internationale. Nous appelons la communauté internationale à ne pas commettre les mêmes erreurs avec les Ukrainiens. Nous avons bien trop souffert pour accepter qu’un autre peuple endure les mêmes cruautés que nous, et paye pour les crimes de Vladimir Poutine.
Le président russe est non seulement le plus grand dictateur au monde, mais il est aussi le protecteur des autres dictatures. Il est le garant du régime syrien, qui a eu recours aux armes chimiques. Et ce n’est pas exclu que Poutine y ait également recours en Ukraine.
La communauté internationale doit absolument stopper Vladimir Poutine. Il doit rendre des comptes pour ses crimes en Ukraine, en Syrie, en Libye, et dans plusieurs autres pays.
Nous avions alerté la communauté internationale : mettez un terme aux agissement de Poutine en Syrie. Personne n’a écouté, et aujourd’hui vous devez l’affronter en Ukraine. C’est l’histoire qui se répète. Vous ne l’avez pas arrêté en Géorgie, il a pris la Crimée, et maintenant l’Ukraine, et il n’est pas près de s’arrêter. Tant qu’il reste impuni, il continuera ses exactions contre les Ukrainiens comme avec les Syriens, et d’autres peuples encore risquent d’être victimes de ses crimes.
Quel est la situation en Syrie à l’heure de ce triste anniversaire : 11 ans de guerre, ce 15 mars ?
Depuis le début de la guerre en Ukraine, nous ne subissons plus les bombardements aériens russes. Mais cela ne signifie pas que nous sommes à l’abri. Les Russes ont toujours de l’artillerie déployée en Syrie. Il y a toujours des tirs depuis les zones contrôlées par le régime syrien, en direction des civils des zones rebelles.
Les dernières frappes aériennes russes en Syrie remontent à deux mois. Elles ont visé le nord-ouest de la Syrie.
Et là, j’en profite pour rappeler les propos du ministre de la Défense syrien. Lui aussi devra répondre de ses crimes devant la Justice. Il a déclaré que son armée avait testé plus de 300 armes en Syrie. Ils ont fait de la Syrie un laboratoire, et ce sont les civils qui en ont payé le prix. Et ce sont ces mêmes armes qui servent aujourd’hui contre le peuple ukrainien, comme les missiles à guidage laser. Poutine n’est pas le seul impliqué dans ces crimes, plusieurs autres responsables russes devront répondre de leurs actes devant la communauté internationale.

















































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