A l’occasion de ma participation à l’émission La Semaine de l’Eco sur France 24 consacrée aux relations économiques entre l’Afrique et la France, une conviction s’est imposée : le premier capital d’un pays n’est ni sa dette, ni ses ressources naturelles, ni même ses infrastructures. C’est la confiance qu’il inspire.
Les échanges ont également permis de confronter des approches différentes mais complémentaires des relations économiques entre l’Afrique et la France. Président du Conseil français des investisseurs en Afrique, Etienne Giros a rappelé la réalité économique d’une France qui commerce avec l’ensemble du continent africain et la nécessité de préserver un environnement favorable aux entreprises françaises qui investissent, créent des emplois et participent au développement économique local. Son intervention a mis en lumière l’importance de la stabilité et de la confiance pour encourager l’investissement privé.
De son côté, Kako Nubukpo, économiste et ancien ministre togolais, a insisté sur la nécessité pour les économies africaines de renforcer leur souveraineté économique et leur capacité à créer davantage de valeur sur le continent. Quant à Christian Jekinnou, il a souligné le rôle central de l’entrepreneuriat et de l’investissement dans la transformation des économies.
La confiance des citoyens, la confiance des partenaires économiques, la confiance des investisseurs et celle des institutions internationales constituent aujourd’hui le socle du développement durable. Sans confiance, il n’y a ni investissement, ni croissance durable, ni transformation économique.
Dans ce contexte, la mission prochaine du Fonds monétaire international (Fmi) au Sénégal revêt une importance particulière. Le Fmi a pour mission d’accompagner la stabilité financière des Etats, d’évaluer la soutenabilité de leurs finances publiques et de contribuer au renforcement de leur crédibilité économique auprès des investisseurs et des partenaires internationaux. A travers ses missions d’évaluation, de conseil et d’appui aux réformes, il joue un rôle important dans la confiance accordée à un pays sur la scène internationale.
La mission prochaine du Fmi au Sénégal ne constitue donc pas seulement une évaluation financière. Elle représente également un test de crédibilité économique et institutionnelle. Car au-delà des indicateurs budgétaires, les partenaires internationaux observent la capacité d’un Etat à garantir la stabilité, la transparence, la sécurité juridique et la continuité de l’action publique.
La volonté affichée par le Président Bassirou Diomaye Faye de consolider les institutions, de promouvoir la trans­parence et de renforcer la confiance dans l’action pu­blique constitue à cet égard un signal important à l’endroit des citoyens, des investisseurs et des partenaires internationaux. La confiance institutionnelle est aujourd’hui l’un des principaux leviers de l’attractivité économique d’un pays et de sa capacité à mobiliser durablement les investissements né­cessaires à son développement.
Les investisseurs recherchent avant tout des Etats prévisibles, des institutions solides et des règles du jeu claires. La stabilité institutionnelle n’est pas un luxe ; elle est une condition préalable au développement. Elle permet aux entrepreneurs d’investir, aux entreprises de se développer et aux partenaires internationaux de s’engager dans la durée.
Cette ambition ne pourra toutefois être pleinement réalisée qu’en mobilisant l’ensemble des compétences disponibles. Le Sénégal dispose d’atouts considérables : une jeunesse dynamique, un secteur privé entreprenant, une administration riche de talents et une diaspora qui représente l’une des plus importantes réserves d’expertise, d’expérience et de réseaux internationaux dont dispose notre pays.
L’enjeu n’est pas d’opposer les compétences de la diaspora à celles présentes sur le territoire national. Bien au contraire. Le défi consiste à créer les conditions de leur complémentarité afin de transformer les savoir-faire, les expériences acquises à l’international et les réseaux économiques en investissements productifs, en innovations et en création de valeur.
C’est dans cet esprit qu’est né le Cercle des Convergences Afrique-France. Notre ambition est de favoriser les passerelles entre les acteurs économiques, institutionnels, académiques et les talents des deux rives afin de transformer les compétences en opportunités, les relations en partenariats et les échanges en projets concrets.
A cet égard, l’intérêt manifesté par l’Ambassade de France au Sénégal pour les initiatives favorisant le dialogue économique, la circulation des compétences et le rapprochement des acteurs constitue un signal encourageant. Dans un contexte international marqué par les incertitudes, les relations entre la France et l’Afrique gagneront à se reconstruire autour de la confiance mutuelle, du co-investissement, de la co-construction et du partage d’expertise pour une co-reussite.
Le temps des relations verticales appartient au passé. L’avenir repose sur des partenariats équilibrés, fondés sur le respect mutuel, l’intérêt partagé et la volonté commune de créer de la prospérité.
Le défi africain n’est plus seulement de mobiliser des financements. Il est de créer un environnement où les compétences, les capitaux et les ambitions peuvent durablement se rencontrer.
Car au XXIe siècle, la véritable richesse des nations ne réside pas uniquement dans ce qu’elles possèdent, mais dans la confiance qu’elles inspirent.
Boudy Tall DIAW
Juriste
Coordinatrice générale du Cercle des Convergences Afrique-France