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VIH au Sénégal : musulmans et chrétiens unissent leurs voix pour combattre la stigmatisation

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VIH au Sénégal : musulmans et chrétiens unissent leurs voix pour combattre la stigmatisation

Par Sunuker News Desk

À Dakar, la lutte contre le VIH prend une nouvelle dimension avec l’implication accrue des autorités religieuses. L’Alliance nationale des religieux et experts médicaux en santé et développement (ANREMS) a réuni 40 responsables religieux musulmans et chrétiens, venus de plusieurs régions du Sénégal, autour d’un guide destiné à mieux les outiller sur les aspects médicaux, religieux et sociaux liés au VIH.

L’objectif de cette rencontre est double : améliorer les connaissances des leaders religieux sur le virus et faire de ces derniers des relais capables de diffuser une information fiable auprès des communautés. Dans les mosquées, les églises, les dahiras, les mouvements religieux ou encore au sein des familles, leur parole peut contribuer à déconstruire certaines idées reçues et à réduire le rejet dont peuvent encore faire l’objet les personnes vivant avec le VIH.

Cette approche s’inscrit dans une dynamique déjà engagée au Sénégal. Une évaluation du Fonds mondial avait notamment relevé le rôle stratégique des mosquées et des leaders religieux dans la sensibilisation, en soulignant le travail réalisé par l’ANREMS pour élaborer un guide destiné aux responsables religieux. Ce document avait été préparé à travers des consultations organisées dans les différentes régions du pays.

Pour le Dr Daniel Sarr, coordonnateur national adjoint de l’ANREMS, l’implication des guides religieux est particulièrement importante dans une société où les références spirituelles occupent une place considérable. Il estime que les responsables religieux doivent d’abord disposer d’une information médicale correcte pour pouvoir répondre convenablement aux questions des populations.

La démarche ne consiste donc pas uniquement à transmettre des connaissances sur le virus. Elle vise également à corriger les fausses croyances concernant ses modes de transmission, à rappeler l’existence des traitements et à favoriser une attitude plus humaine envers les personnes vivant avec le VIH.

« Il était important pour nous de les former, de leur faire savoir c’est quoi le VIH déjà, qu’est-ce que le VIH peut faire, qu’est-ce que le VIH ne fait pas, est-ce qu’il y a des traitements », explique le médecin.

Cette dimension est d’autant plus importante que la prise en charge du VIH ne repose pas uniquement sur l’accès aux médicaments. L’accompagnement social, l’acceptation par l’entourage et la lutte contre les discriminations constituent également des éléments essentiels pour permettre aux personnes concernées de vivre et de se soigner dans de bonnes conditions.

Un guide qui fait dialoguer médecine, Coran et Bible

Coordonnateur national de l’ANREMS, Bamar Guèye présente le guide remis aux participants comme un outil destiné à faciliter leur travail de sensibilisation. Le document établit des passerelles entre les connaissances médicales et les références religieuses, en s’appuyant notamment sur le Coran et la Bible.

Avant son élaboration, l’ANREMS a consulté différents responsables religieux afin que le contenu puisse tenir compte des réalités et sensibilités des communautés. L’ambition est désormais de faire sortir le document du cadre institutionnel et de la formation pour le rendre accessible aux populations.

Le guide, élaboré en français puis traduit en arabe, doit ainsi être diffusé dans les différentes régions du Sénégal, notamment dans les grandes familles religieuses et les lieux de culte.

Cette stratégie repose sur un constat simple : les campagnes de santé publique peuvent toucher davantage de personnes lorsqu’elles utilisent les réseaux communautaires déjà implantés dans les quartiers et les villages. Au Sénégal, les autorités sanitaires et leurs partenaires cherchent depuis plusieurs années à renforcer les approches communautaires dans la lutte contre le VIH.

Le ministère de la Santé a d’ailleurs réaffirmé en 2026 la nécessité de poursuivre les investissements dans la prévention et de consolider les acquis obtenus dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme.

Le Sénégal s’inscrit également dans l’objectif continental d’accélérer la lutte contre le VIH en vue de son élimination comme problème de santé publique. Lors du Sommet extraordinaire de l’Union africaine sur la santé, organisé en juillet 2026 à Accra, le ministre sénégalais de la Santé a rappelé l’engagement du pays à accélérer les efforts en matière de prévention et de prise en charge du VIH.

Mosquées, églises et familles : les nouveaux relais de la sensibilisation

Pour l’imam Abdoulaye Diène, adjoint de l’Imam Ratib de Dakar, cette formation répond à une nécessité concrète. Les imams sont régulièrement sollicités pour participer aux campagnes de sensibilisation et doivent pouvoir disposer d’informations suffisamment précises pour éviter de transmettre, à leur tour, des informations erronées.

L’un des messages essentiels concerne notamment la nécessité de ne pas isoler les personnes vivant avec le VIH.

« Comment accompagner les personnes touchées pour qu’elles puissent vivre normalement dans la société, sans qu’on les pointe du doigt dès qu’elles passent », souligne-t-il.

Derrière cette préoccupation se trouve l’un des défis persistants de la lutte contre le VIH : faire comprendre que le virus ne doit pas devenir un motif d’exclusion sociale. La peur et les fausses croyances peuvent en effet conduire certaines personnes à éviter le dépistage ou à dissimuler leur situation, avec des conséquences potentielles sur leur accès aux soins.

L’ANREMS entend donc utiliser l’autorité et la proximité des guides religieux pour faire passer un message de solidarité, tout en rappelant les données médicales validées.

L’initiative trouve également un écho du côté de l’Église catholique. L’Abbé Alain Maurice Ataba, vicaire à la paroisse Saint-Paul de Grand-Yoff et porte-parole de l’archevêque de Dakar, Monseigneur André Guèye, estime que la protection de la santé et la dignité humaine doivent mobiliser l’ensemble de la société.

« Tout ce qui contribue au développement de l’homme, à sa santé, à son épanouissement, tout être humain, je dis bien tout être humain, doit apporter sa contribution », affirme-t-il.

Pour l’Église, les possibilités de relais sont nombreuses : paroisses, mouvements de jeunes, associations féminines, scouts, guides ou encore catéchèse. Autant de cadres permettant de diffuser des messages de prévention et de solidarité.

Le défi : parler du VIH sans jugement

La mobilisation de l’ANREMS intervient alors que le Sénégal poursuit ses efforts pour maintenir les progrès enregistrés dans la lutte contre le VIH. Le Centre régional de recherche et de formation à la prise en charge clinique de Fann (CRCF) continue notamment de développer des activités de prise en charge médico-sociale des personnes vivant avec le VIH ainsi que des programmes de recherche et de formation.

Les données officielles montrent par ailleurs que le VIH demeure un enjeu de santé publique, malgré une prévalence nationale relativement faible par rapport à de nombreux autres pays africains. Le Compact Santé Sénégal 2025 du ministère de la Santé faisait état d’un objectif de maintien d’une prévalence basse tout en soulignant la nécessité de poursuivre les interventions de prévention.

Dans ce contexte, la contribution des religieux peut être déterminante, à condition que leur discours repose sur des informations médicales fiables et qu’il contribue à protéger la dignité des personnes concernées.

Le message porté à Dakar est donc clair : la lutte contre le VIH ne se limite pas aux hôpitaux et aux structures de santé. Elle passe aussi par les familles, les quartiers, les lieux de culte et tous les espaces où se construit l’opinion collective.

En associant médecins, imams, prêtres et autres responsables religieux, l’ANREMS cherche ainsi à créer un front communautaire contre les préjugés. Car au-delà de la prévention et du traitement, l’un des combats demeure celui de la dignité : permettre aux personnes vivant avec le VIH de se soigner, de travailler, de fonder une famille et de participer pleinement à la vie sociale sans être réduites à leur statut sérologique.

Sunuker News Desk