Par Ndiawar Diop pour la Rédaction de Sunuker News Desk
Pendant des décennies, l’émigration africaine a été abordée presque exclusivement sous l’angle des drames en Méditerranée, des embarcations de fortune, des réseaux de passeurs et des milliers de vies perdues dans le désert ou en mer.
Cette réalité tragique ne peut être ignorée.
Mais elle ne résume pas toute la migration africaine.
Des millions d’Africains quittent chaque année leur pays pour étudier, travailler, entreprendre ou rejoindre leur famille à l’étranger. Beaucoup deviennent médecins, ingénieurs, chercheurs, infirmiers, entrepreneurs, professeurs, artistes ou dirigeants d’entreprises.
La véritable question n’est donc pas de savoir comment empêcher les Africains de partir.
La véritable question est de savoir comment transformer cette mobilité humaine en véritable levier de développement pour le continent.
Aujourd’hui, la diaspora africaine constitue l’une des plus grandes richesses du continent.
Présente en Europe, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie et dans de nombreux pays africains, elle représente plusieurs dizaines de millions de personnes.
Chaque année, ces femmes et ces hommes envoient des milliards de dollars à leurs familles restées au pays.
Ces transferts permettent de financer :
Dans plusieurs pays africains, les fonds envoyés par la diaspora dépassent largement certaines formes d’aide publique au développement.
Ces ressources soutiennent directement des millions de ménages et participent à la résilience économique des communautés.
Si la diaspora représente une formidable opportunité, le départ massif de professionnels hautement qualifiés constitue également un défi.
Chaque année, des milliers de médecins, infirmiers, ingénieurs, informaticiens, enseignants, chercheurs et spécialistes quittent le continent pour exercer à l’étranger.
Ce phénomène prive certains pays de compétences essentielles.
Les systèmes de santé perdent des personnels expérimentés.
Les universités voient partir leurs meilleurs chercheurs.
Les entreprises rencontrent des difficultés pour recruter des profils spécialisés.
Former un professionnel représente un investissement considérable pour un État.
Lorsque ce professionnel quitte définitivement son pays, c’est une partie de cet investissement qui s’éloigne également.
La réponse ne peut être réduite à une seule explication.
Plusieurs facteurs se combinent :
Pour beaucoup de jeunes diplômés, partir n’est pas un rejet de leur pays.
C’est souvent une stratégie pour construire un avenir meilleur.
Cette réalité mérite d’être comprise plutôt que caricaturée.
Chaque année, des milliers de jeunes Africains risquent leur vie sur les routes migratoires.
Le désert du Sahara.
La Méditerranée.
Les réseaux de traite des êtres humains.
Les violences, les extorsions et les conditions de voyage inhumaines.
Derrière chaque tragédie se cache une histoire, une famille, un rêve interrompu.
Les réseaux criminels exploitent la détresse de jeunes convaincus qu’ils n’ont plus d’avenir chez eux.
Combattre ces trafics exige une coopération internationale, mais aussi une réponse économique et sociale dans les pays d’origine.
La meilleure politique migratoire reste le développement.
Lorsqu’un jeune trouve un emploi digne, peut créer son entreprise ou accéder à une formation de qualité, la migration devient un choix et non une obligation.
Les gouvernements africains doivent investir davantage dans :
Chaque emploi créé réduit la pression migratoire et renforce la stabilité économique.
Pendant longtemps, certaines politiques publiques ont considéré la diaspora uniquement comme une source de devises.
Cette vision est aujourd’hui dépassée.
Les Africains de l’étranger représentent également :
Ils connaissent les marchés internationaux.
Ils maîtrisent plusieurs langues.
Ils disposent d’expériences professionnelles précieuses.
Ils peuvent contribuer au développement de leur pays d’origine sans nécessairement y retourner définitivement.
La diaspora doit être pleinement intégrée aux stratégies nationales de développement.
(À suivre : Deuxième partie consacrée aux investissements de la diaspora, au retour des compétences, à la double nationalité, aux politiques publiques innovantes et au rôle que peuvent jouer les Sénégalais, les Nigérians, les Marocains, les Éthiopiens et les autres diasporas africaines dans la renaissance économique du continent.)
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