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Transformer l’émigration africaine en moteur de développement : le défi du XXIᵉ siècle (1ère Partie) Par Ndiawar Diop

Transformer l'émigration africaine en moteur de développement : le défi du XXIᵉ siècle

Transformer l’émigration africaine en moteur de développement : le défi du XXIᵉ siècle (1ère Partie)

Entre départ des talents, transferts financiers et mobilisation des diasporas, l’Afrique doit repenser sa politique migratoire

Par Ndiawar Diop pour la Rédaction de Sunuker News Desk

Pendant des décennies, l’émigration africaine a été abordée presque exclusivement sous l’angle des drames en Méditerranée, des embarcations de fortune, des réseaux de passeurs et des milliers de vies perdues dans le désert ou en mer.

Cette réalité tragique ne peut être ignorée.

Mais elle ne résume pas toute la migration africaine.

Des millions d’Africains quittent chaque année leur pays pour étudier, travailler, entreprendre ou rejoindre leur famille à l’étranger. Beaucoup deviennent médecins, ingénieurs, chercheurs, infirmiers, entrepreneurs, professeurs, artistes ou dirigeants d’entreprises.

La véritable question n’est donc pas de savoir comment empêcher les Africains de partir.

La véritable question est de savoir comment transformer cette mobilité humaine en véritable levier de développement pour le continent.

Une diaspora qui pèse des centaines de milliards

Aujourd’hui, la diaspora africaine constitue l’une des plus grandes richesses du continent.

Présente en Europe, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie et dans de nombreux pays africains, elle représente plusieurs dizaines de millions de personnes.

Chaque année, ces femmes et ces hommes envoient des milliards de dollars à leurs familles restées au pays.

Ces transferts permettent de financer :

  • la scolarisation des enfants ;
  • les soins de santé ;
  • la construction de logements ;
  • l’alimentation ;
  • les investissements agricoles ;
  • les petits commerces.

Dans plusieurs pays africains, les fonds envoyés par la diaspora dépassent largement certaines formes d’aide publique au développement.

Ces ressources soutiennent directement des millions de ménages et participent à la résilience économique des communautés.

La fuite des cerveaux : une réalité préoccupante

Si la diaspora représente une formidable opportunité, le départ massif de professionnels hautement qualifiés constitue également un défi.

Chaque année, des milliers de médecins, infirmiers, ingénieurs, informaticiens, enseignants, chercheurs et spécialistes quittent le continent pour exercer à l’étranger.

Ce phénomène prive certains pays de compétences essentielles.

Les systèmes de santé perdent des personnels expérimentés.

Les universités voient partir leurs meilleurs chercheurs.

Les entreprises rencontrent des difficultés pour recruter des profils spécialisés.

Former un professionnel représente un investissement considérable pour un État.

Lorsque ce professionnel quitte définitivement son pays, c’est une partie de cet investissement qui s’éloigne également.

Pourquoi tant de jeunes veulent-ils partir ?

La réponse ne peut être réduite à une seule explication.

Plusieurs facteurs se combinent :

  • le chômage ;
  • les faibles perspectives de carrière ;
  • les écarts de rémunération ;
  • l’instabilité politique dans certains pays ;
  • les difficultés d’accès au financement ;
  • les inégalités sociales ;
  • le désir d’acquérir une expérience internationale.

Pour beaucoup de jeunes diplômés, partir n’est pas un rejet de leur pays.

C’est souvent une stratégie pour construire un avenir meilleur.

Cette réalité mérite d’être comprise plutôt que caricaturée.

L’émigration irrégulière : un drame humain

Chaque année, des milliers de jeunes Africains risquent leur vie sur les routes migratoires.

Le désert du Sahara.

La Méditerranée.

Les réseaux de traite des êtres humains.

Les violences, les extorsions et les conditions de voyage inhumaines.

Derrière chaque tragédie se cache une histoire, une famille, un rêve interrompu.

Les réseaux criminels exploitent la détresse de jeunes convaincus qu’ils n’ont plus d’avenir chez eux.

Combattre ces trafics exige une coopération internationale, mais aussi une réponse économique et sociale dans les pays d’origine.

Créer des opportunités sur le continent

La meilleure politique migratoire reste le développement.

Lorsqu’un jeune trouve un emploi digne, peut créer son entreprise ou accéder à une formation de qualité, la migration devient un choix et non une obligation.

Les gouvernements africains doivent investir davantage dans :

  • l’entrepreneuriat des jeunes ;
  • la formation professionnelle ;
  • les industries créatrices d’emplois ;
  • l’agriculture moderne ;
  • les technologies numériques ;
  • l’économie verte.

Chaque emploi créé réduit la pression migratoire et renforce la stabilité économique.

Changer le regard sur la diaspora

Pendant longtemps, certaines politiques publiques ont considéré la diaspora uniquement comme une source de devises.

Cette vision est aujourd’hui dépassée.

Les Africains de l’étranger représentent également :

  • un immense réseau de compétences ;
  • un pont entre les économies ;
  • des investisseurs potentiels ;
  • des ambassadeurs culturels ;
  • des acteurs diplomatiques.

Ils connaissent les marchés internationaux.

Ils maîtrisent plusieurs langues.

Ils disposent d’expériences professionnelles précieuses.

Ils peuvent contribuer au développement de leur pays d’origine sans nécessairement y retourner définitivement.

La diaspora doit être pleinement intégrée aux stratégies nationales de développement.

(À suivre : Deuxième partie consacrée aux investissements de la diaspora, au retour des compétences, à la double nationalité, aux politiques publiques innovantes et au rôle que peuvent jouer les Sénégalais, les Nigérians, les Marocains, les Éthiopiens et les autres diasporas africaines dans la renaissance économique du continent.)

Par Ndiawar Diop pour la Rédaction de Sunuker News Desk