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Soudan : à El-Obeid, des civils pris au piège et de graves accusations contre des forces liées à l’armée

Soudan : à El-Obeid, des civils pris au piège et de graves accusations contre des forces liées à l’armée

Soudan : à El-Obeid, des civils pris au piège et de graves accusations contre des forces liées à l’armée

Au cœur de la guerre soudanaise, la ville d’El-Obeid fait face à une crise humanitaire aggravée par les attaques de drones, les restrictions de déplacement et l’afflux de personnes déplacées. Des accusations visant des forces affiliées à l’armée soudanaise, soupçonnées d’avoir empêché des habitants de fuir les combats, soulèvent de sérieuses interrogations sur le respect du droit international humanitaire.

Depuis le déclenchement de la guerre, le 15 avril 2023, entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR), le Soudan s’enfonce dans une crise aux conséquences dévastatrices pour sa population. Dans cet affrontement qui ravage le pays, El-Obeid, capitale de l’État du Kordofan du Nord, occupe une position stratégique. Carrefour reliant plusieurs régions soudanaises, la ville est devenue à la fois un enjeu militaire majeur et un refuge pour des milliers de personnes contraintes de fuir les combats.

Mais derrière les enjeux de contrôle territorial se joue une autre bataille, moins visible : celle de la protection des civils et de leur liberté de mouvement.

Dans une note publiée le 8 mai 2026, le Groupe mondial de protection humanitaire (Global Protection Cluster) a alerté sur la dégradation des conditions de sécurité à El-Obeid et dans ses environs. L’organisation décrit une situation caractérisée par l’intensification des hostilités, les attaques de drones, les restrictions de déplacement et la détérioration des services essentiels. La ville demeure sous le contrôle de l’armée soudanaise, mais subit une pression croissante des Forces de soutien rapide présentes sur plusieurs axes stratégiques.

Les conséquences sont lourdes pour les habitants. L’insécurité sur les routes, les risques de violences aux points de contrôle et les difficultés d’accès aux produits de première nécessité compliquent les déplacements. L’approvisionnement en nourriture, en eau potable et en médicaments devient de plus en plus incertain, tandis que les structures sanitaires et les autres services essentiels subissent les effets du conflit.

Des accusations de restrictions imposées aux civils

À cette urgence humanitaire s’ajoutent des accusations particulièrement graves. Dans un article publié le 22 juillet 2026 par Modern Diplomacy, Willy Fautré, fondateur de l’organisation Human Rights Without Frontiers, met en cause les Forces armées soudanaises et certains groupes qui leur sont affiliés. Selon son analyse, des civils auraient été empêchés de quitter El-Obeid, les exposant davantage aux dangers des affrontements.

L’article évoque notamment une vidéo largement diffusée dans laquelle Abou Aqla Mohammed Kaikal, présenté comme un commandant des forces Sudan Shield affiliées à l’armée, aurait menacé de tirer sur des personnes tentant de fuir la ville. Ces allégations, si elles étaient confirmées par une enquête indépendante, soulèveraient de graves questions concernant la liberté de mouvement des civils et leur protection en période de conflit.

Il convient toutefois de distinguer les accusations formulées dans cette publication des faits juridiquement établis. Les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que l’utilisation systématique de civils comme boucliers humains à El-Obeid a été confirmée par une enquête indépendante ou par une juridiction compétente.

La question reste néanmoins fondamentale : une population peut-elle être contrainte de rester dans une zone où elle risque de subir des bombardements ou des affrontements terrestres ? Pour les habitants, le danger peut se trouver aussi bien sur les routes de fuite que dans les quartiers où ils tentent de survivre.

Le droit international humanitaire interdit l’utilisation de civils pour mettre des objectifs militaires à l’abri d’attaques. Une telle qualification suppose toutefois que les circonstances et l’intention requises soient établies. Toute restriction de déplacement ne constitue donc pas automatiquement un recours aux boucliers humains, même si les menaces, les violences ou les entraves injustifiées à l’évacuation peuvent soulever d’autres violations graves.

Dans le cas d’El-Obeid, les accusations rapportées méritent ainsi un examen impartial, au même titre que les violations présumées attribuées aux autres parties au conflit. La protection des populations ne saurait dépendre de l’identité de la force qui contrôle un territoire ou de celle qui cherche à s’en emparer.

Un refuge débordé par les déplacements de population

La situation humanitaire s’est encore détériorée avec l’arrivée de nouvelles vagues de déplacés. Dans un reportage publié le 30 août 2026, le quotidien britannique The Guardian rapportait que plus de 15 000 familles étaient arrivées dans la ville depuis la mi-juillet, rejoignant plus de 200 000 personnes déplacées déjà présentes à El-Obeid et dans ses environs.

Le journal décrivait des sites d’accueil surpeuplés, des pénuries de nourriture et d’eau ainsi que des conditions sanitaires alarmantes. Selon les informations rapportées, 85 % des nouveaux arrivants étaient des femmes et des enfants, d’après le Conseil danois pour les réfugiés.

Cette pression démographique accentue les difficultés d’accès à l’aide et fragilise les familles les plus vulnérables. Les femmes et les filles sont davantage exposées aux violences sexuelles, à l’exploitation et aux mariages précoces, tandis que les enfants risquent la séparation familiale, le travail forcé ou le recrutement par des groupes armés. La pénurie de services de protection et de structures adaptées rend leur situation encore plus préoccupante.

Fin juillet, la reprise par l’armée d’un axe routier stratégique avait partiellement réduit la menace d’un isolement complet de la ville. Cette évolution militaire ne signifiait toutefois pas la fin des risques. Les attaques de drones, l’insécurité persistante et les difficultés d’approvisionnement continuaient de menacer les populations civiles.

Une responsabilité qui concerne toutes les parties

Face à cette situation, les obligations du droit international humanitaire sont claires. Les parties au conflit doivent distinguer les civils des combattants, protéger les infrastructures civiles et prendre toutes les précautions possibles pour limiter les pertes humaines. Elles doivent également permettre l’acheminement de l’aide humanitaire, conformément aux règles applicables, et ne pas utiliser les populations comme instruments de leur stratégie militaire.

Les accusations concernant El-Obeid doivent donc être examinées avec rigueur. Si des habitants ont été menacés ou empêchés de quitter une zone dangereuse, les circonstances précises, les responsabilités individuelles et les éventuelles violations du droit doivent être établies. De la même manière, les attaques visant des zones habitées et les entraves à l’aide humanitaire imputées à d’autres forces doivent faire l’objet d’investigations impartiales.

La communauté internationale est appelée à renforcer la surveillance des violations présumées, à soutenir les organisations humanitaires et à favoriser l’ouverture de passages sûrs pour les populations qui souhaitent fuir les combats. La priorité doit rester la protection des habitants, indépendamment des rapports de force militaires.

À El-Obeid, la question dépasse désormais la conquête ou la défense d’un territoire. Elle concerne le droit des civils à se mettre à l’abri, à accéder aux biens essentiels et à ne pas être instrumentalisés par les combattants.

Tant que la sécurité des habitants ne sera pas garantie et que les accusations de violations ne seront pas examinées de manière indépendante, la ville restera l’un des symboles des immenses défis humanitaires et juridiques posés par la guerre au Soudan.

Sunuker News Desk