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Guinée : affaire Algassimou Diallo, le parquet défend la procédure, les avocats exigent un nouveau tribunal

Guinée : affaire Algassimou Diallo, le parquet défend la procédure, les avocats exigent un nouveau tribunal

Guinée : affaire Algassimou Diallo, le parquet défend la procédure, les avocats exigent un nouveau tribunal

Le bras de fer judiciaire autour de l’ancien magistrat guinéen Algassimou Diallo se poursuit. Alors que le procureur général près la Cour suprême assure que les poursuites ont été engagées dans le respect de la loi et des droits de la défense, les avocats de l’intéressé dénoncent de graves irrégularités et conditionnent leur retour aux audiences à la recomposition de la formation de jugement.

L’affaire Algassimou Diallo prend une nouvelle tournure en Guinée. Après le retrait de ses avocats des débats devant la Cour suprême, le parquet général est sorti de son silence pour défendre la régularité de la procédure engagée contre l’ancien magistrat. Dans un communiqué rendu public le 18 octobre 2026, le procureur général, Sidy Souleymane Ndiaye, est revenu sur les principales étapes du dossier et a réaffirmé que les droits de la défense avaient été respectés.

Cette mise au point intervient après une audience particulièrement tendue, le 15 octobre, au cours de laquelle la Cour suprême a rejeté deux requêtes présentées par les conseils de l’ancien magistrat : la récusation de trois juges et l’annulation de l’ordonnance de renvoi devant les chambres réunies. En réaction, les avocats ont suspendu leur participation à la procédure, estimant que les conditions d’un procès équitable n’étaient pas réunies.

Algassimou Diallo, ancien magistrat et ex-procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn, est poursuivi pour des faits présumés de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, ainsi que d’association de malfaiteurs. Il a été placé en détention le 27 août 2026. L’affaire fait suite à la diffusion sur les réseaux sociaux d’un enregistrement audio dans lequel il lui est reproché d’avoir tenu des propos litigieux au cours d’un échange avec Cellou Dalein Diallo, opposant guinéen vivant en exil.

Le dossier avait déjà connu plusieurs rebondissements avant l’ouverture des débats devant la Cour suprême. Le Conseil supérieur de la magistrature avait prononcé la révocation d’Algassimou Diallo le 20 août 2026. Six jours plus tard, le Bureau de la Cour suprême autorisait les poursuites pénales à son encontre. Une instruction judiciaire avait ensuite abouti, le 3 septembre, à une ordonnance de renvoi devant les chambres réunies de la haute juridiction, selon le communiqué du parquet général.

Pour le ministère public, ces différentes étapes s’inscrivent dans le cadre légal applicable aux magistrats. Il affirme que l’intéressé a bénéficié de l’assistance de ses avocats au cours de la procédure et rappelle qu’il demeure présumé innocent tant que sa culpabilité n’a pas été établie par une décision judiciaire définitive.

La composition de la Cour au cœur du conflit

C’est précisément sur les garanties d’impartialité de la juridiction que porte une partie essentielle du désaccord. Les avocats d’Algassimou Diallo avaient demandé la récusation de trois magistrats siégeant au sein des chambres réunies : Ibrahima Sory I Tounkara, Yaya Boiro et Fatou Bangoura. Selon la défense, certains membres de la formation appelée à juger leur client avaient également participé à la décision autorisant les poursuites contre lui.

La Cour suprême a rejeté cette demande le 15 octobre, estimant ne pas être compétente pour statuer sur la récusation dans les conditions présentées. Elle a également rejeté la requête visant à annuler l’ordonnance de renvoi et à obtenir la libération de l’ancien magistrat. Ces décisions ont provoqué le retrait des avocats, qui dénoncent une procédure qu’ils considèrent comme entachée d’irrégularités.

Dans leur réponse au communiqué du parquet, les conseils de l’ancien magistrat rejettent l’idée selon laquelle leur retrait relèverait d’un simple choix de convenance. Ils le présentent comme une réaction aux manquements qu’ils dénoncent et réclament une recomposition de la formation de jugement. Ils demandent également que les conditions permettant un débat contradictoire et équitable soient garanties avant de reprendre leur place dans la procédure.

Le désaccord dépasse ainsi une simple divergence d’interprétation entre magistrats et avocats. Il porte sur les garanties nécessaires à un procès équitable, notamment l’impartialité de la juridiction, le respect des règles de procédure et la possibilité pour l’accusé d’être effectivement défendu. La défense soutient que ces garanties ne sont pas réunies dans la configuration actuelle, tandis que le parquet affirme que les actes accomplis sont conformes à la loi.

Un procès suspendu par la crise entre les parties

Le retrait des avocats a compliqué la poursuite des débats. Le 16 octobre, l’audience n’a pas pu avancer comme prévu en raison de leur absence, et le parquet général a ensuite appelé à une reprise sereine de la procédure. Le ministère public s’est dit disposé à favoriser les démarches susceptibles de permettre la poursuite des débats, tout en maintenant sa position sur la régularité des actes accomplis.

Le 19 octobre, la défense a réitéré ses exigences, notamment la recomposition de la formation de jugement. Le différend reste donc entier : d’un côté, le parquet estime que la procédure suit son cours légal ; de l’autre, les avocats considèrent que la composition de la juridiction compromet les garanties d’un procès équitable.

Dans cette affaire sensible, deux principes doivent rester au centre du débat : la nécessité de faire la lumière sur les faits reprochés à l’ancien magistrat et l’obligation de respecter ses droits fondamentaux. La gravité des accusations ne dispense pas la justice de garantir l’impartialité de la juridiction, pas plus que les contestations de la défense ne suffisent, à elles seules, à établir l’irrégularité de toute la procédure.

L’issue du bras de fer dépendra désormais des suites données aux demandes de la défense et des conditions dans lesquelles les audiences pourront reprendre. En attendant, Algassimou Diallo reste présumé innocent et les faits qui lui sont reprochés devront être examinés dans le cadre d’une procédure respectant les garanties légales.

Sunuker News Desk