Depuis quelques temps, le spectre d’un retour au septennat agite discrètement la scène politique sénégalaise. Cependant, pour de nombreux observateurs et universitaires, ce débat est un anachronisme face aux véritables défis du pays. C’est notamment la position fermement défendue par le Professeur Fallou Koundoul, enseignant-chercheur et dirigeant du think tank Pragmatisme Social Démocrate.
Le quinquennat, un acquis démocratique intouchable ?
Historiquement, la durée du mandat présidentiel au Sénégal a souvent fait l’objet de tripatouillages constitutionnels, naviguant entre cinq et sept ans sous les magistères d’Abdoulaye Wade puis de Macky Sall. C’est finalement le référendum de 2016 qui a verrouillé le quinquennat dans la Charte fondamentale. Rappelant ce contexte, le Pr Koundoul souligne que le format actuel de cinq ans n’est pas le fruit du hasard, mais bien l’aboutissement d’une longue maturation politique et institutionnelle.
Remettre en cause ce choix souverain du peuple sénégalais constituerait aujourd’hui un risque politique majeur, doublé d’un véritable casse-tête juridique. En effet, la Constitution sénégalaise actuelle encadre strictement la durée et le nombre de mandats (limités à deux consécutifs). Toute tentative de détricoter cet acquis démocratique serait, sur le plan éthique et moral, particulièrement difficile à faire passer auprès d’une opinion publique de plus en plus exigeante.
Les véritables urgences sont socio-économiques
Élu en mars 2024 sur la promesse d’une rupture systémique, le président Bassirou Diomaye Faye fait face à des attentes populaires massives. Pour l’universitaire, un mandat de cinq ans est largement suffisant pour poser des actes forts, enclencher des réformes structurelles et présenter un bilan.
Aujourd’hui, les priorités des Sénégalais ne se trouvent pas dans l’ingénierie constitutionnelle. Elles se mesurent au quotidien : la lutte contre le chômage des jeunes, la maîtrise du coût de la vie et du pouvoir d’achat, ainsi que le redressement des secteurs vitaux que sont la santé, l’éducation et la justice. « Il faut d’abord prouver son efficacité sur les cinq années que la Constitution accorde avant de penser à une rallonge de sept ans », résume avec pragmatisme le responsable du think tank.
« Kiray », un simple outil de gouvernance
Par ailleurs, le débat public s’est récemment focalisé sur le concept de « Kiray », perçu par certains comme une source de polémique. Le Pr Koundoul a tenu à dégonfler la controverse en clarifiant la nature de cette initiative. Il s’agit, selon lui, d’un mécanisme purement organisationnel pensé par le chef de l’État pour consolider son leadership et fluidifier l’action gouvernementale. Loin d’être un sujet de discorde, ce dispositif doit être vu comme un bouclier stratégique pour l’efficacité du pouvoir exécutif.
En définitive, la meilleure posture pour la classe politique actuelle n’est pas de se perdre dans des débats institutionnels stériles. Le véritable enjeu est d’accompagner le président de la République dans l’exécution de son programme. C’est à la fin de ce quinquennat, sur la base de résultats concrets et d’engagements respectés, que le régime pourra légitimement retourner vers les Sénégalais pour solliciter, ou non, un nouveau bail.
La Rédaction Publié sur Sunuker.net
















































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