Ce lundi 10 août, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a officiellement donné le coup d’envoi d’une session extraordinaire particulièrement scrutée. Entre la traque des deniers publics, l’encadrement des fonds politiques et des dynamiques de pouvoir complexes au sommet de l’État, ces quinze prochains jours s’annoncent décisifs pour l’échiquier politique sénégalais.
Le coup de maillet a retenti dans l’Hémicycle en présence de 100 députés sur les 165 qui composent le Parlement. Le quorum étant largement franchi, Ousmane Sonko a pu décliner la feuille de route de cette session initiée par la majorité écrasante du Pastef. Dès la lecture de l’ordre du jour achevée, la Conférence des présidents a été convoquée d’urgence à 12h30 GMT afin de planifier le calendrier des débats. La règle est stricte : l’institution dispose d’un délai de rigueur de 15 jours pour évacuer les dossiers. Tout texte non traité à l’issue de cette période sera d’office ajourné.
Si le quorum a été atteint, le taux d’absentéisme d’environ 34 % lors de cette plénière d’ouverture n’a pas manqué de faire réagir, certains observateurs y voyant le reflet d’un malaise politique sous-jacent.
L’ordre du jour de cette quinzaine parlementaire est lourd et politiquement chargé. En première ligne figure une proposition de loi visant à réguler strictement les fonds politiques, ces fameuses « caisses noires » allouées à la Présidence et à la Primature. Cette initiative législative suscite déjà de vives tensions au-delà de l’Hémicycle : des figures de l’opposition, à l’instar de Barthélémy Dias, sont montées au créneau pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « forme de coup d’État » institutionnel.
S’y ajoute une proposition de loi, validée en commission, exigeant du président de la République une déclaration exhaustive de son patrimoine au terme de son mandat. Bien que le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, n’ait pas réagi officiellement, ses partisans s’inquiètent. Dans un climat de rupture consommée entre le Palais et Ousmane Sonko, ex-Premier ministre devenu maître absolu du jeu parlementaire, beaucoup perçoivent cette loi comme une manœuvre directe visant à fragiliser le locataire du palais présidentiel.
La reddition des comptes reste au cœur de la stratégie parlementaire de la majorité. Les députés s’apprêtent à examiner la création de six commissions d’enquête ciblant des secteurs névralgiques de la gestion étatique :
Le contrôle du foncier et du patrimoine de l’État.
Les mécanismes financiers (notamment les TRS).
La gestion de la fiscalité.
L’attribution des licences et la gestion du secteur de la pêche.
Le programme numérique « Un étudiant, un ordinateur » piloté par le ministère de l’Enseignement supérieur.
Ces commissions auront pour mission de traquer d’éventuelles malversations et le détournement de deniers publics.
Enfin, pour clore cet agenda, l’Exécutif a également soumis des textes à l’appréciation des députés, dont un projet de loi visant à entériner un accord de coopération et d’entraide judiciaire entre le Sénégal et l’Italie.
Une session express, mais dont les répercussions risquent de redessiner durablement les équilibres politiques du pays.
La Rédaction / Sunuker.net
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