L’ambition du président Bassirou Diomaye Faye de soumettre sa réforme constitutionnelle à l’arbitrage direct du peuple sénégalais se heurte à un obstacle de taille : l’état critique des finances publiques. Alors que le chef de l’État affiche sa détermination à sceller ses réformes par voie réféndum, de nombreux observateurs et économistes s’inquiètent des répercussions d’un tel scrutin sur un Trésor public déjà sous forte tension en cette année 2026.
Interrogé par nos confrères de Wal fadjri, l’enseignant-chercheur à la FASEG de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), Meissa Babou, a jeté un pavé dans la mare en qualifiant cette démarche de « peu rationnelle ». Selon lui, la conjoncture macroéconomique, marquée par un dernier trimestre 2026 qui s’annonce particulièrement rigoureux, ne se prête absolument pas à une dépense électorale d’une telle envergure.
Le Sénégal traverse une zone de fortes turbulences financières. Les récentes révélations sur le niveau réel de la dette publique — qui frôle désormais les 80% du PIB — ont entraîné une dégradation de la note souveraine du pays et gelé temporairement certains appuis budgétaires stratégiques du Fonds Monétaire International (FMI).
Dans ce contexte de rigueur, l’État sénégalais doit faire face à des obligations financières colossales :
L’exécution des engagements liés au Plan de redressement économique et social (PRES).
L’absorption de la lourde ardoise liée aux subventions énergétiques.
Le remboursement d’une dette publique vertigineuse, avec des échéances immédiates qui dépassent la barre fatidique des 5 000 milliards de francs CFA.
Pour Meissa Babou, l’urgence devrait être à la rationalisation des deniers publics plutôt qu’à la multiplication des rendez-vous électoraux. Le calendrier institutionnel est déjà saturé avec, en ligne de mire, l’organisation des élections locales au tout début de l’année 2027. S’engager dans un référendum isolé, uniquement dédié à l’adoption de points spécifiques voulus par l’exécutif, s’apparente selon l’économiste à un manque d’opportunité politique et financière.
Alors que le Conseil national du Laïcat et plusieurs forces de l’opposition appellent de leur côté à privilégier le consensus et la concertation pour éviter de fragiliser davantage le tissu social et économique, la décision finale reste entre les mains du palais de l’Avenue Roume. Reste à savoir si le président Diomaye Faye choisira la voie du passage en force institutionnel ou celle du réalisme budgétaire.
La Rédaction : sunuker.net
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