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Psychose alimentaire sur les réseaux sociaux : Le Ministère du Commerce dresse le bilan et rassure les Sénégalais

Depuis quelques mois, les plateformes comme TikTok, Facebook ou WhatsApp sont inondées de vidéos alertant sur la présence supposée de produits alimentaires toxiques ou avariés sur le marché sénégalais. Face à cette vague d’inquiétude qui frise parfois la psychose, la Direction du commerce intérieur (DCI) est montée au créneau pour rétablir la vérité scientifique et faire le point sur les saisies réelles.

« Si tout ce que nous consommions était systématiquement de mauvaise qualité, notre espérance de vie ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. » C’est avec cette dose de pragmatisme que Bakary Ndiaye, chef de la Division de la consommation et de la sécurité des consommateurs, a tenu à relativiser la situation.

Selon les autorités compétentes, nous assistons moins à une explosion des fraudes qu’à une sur-amplification médiatique. Si le phénomène de la contrefaçon ou de la vente de produits périmés n’est pas nouveau au Sénégal, la viralité d’Internet donne aujourd’hui une résonance nationale au moindre incident isolé.

L’alerte citoyenne, une arme à double tranchant

Si le Ministère du Commerce déplore le sentiment de « dégradation générale » nourri par ces vidéos virales, il reconnaît néanmoins l’utilité des lanceurs d’alerte. Ces signalements permettent souvent d’orienter les brigades de contrôle de manière chirurgicale.

À titre d’exemple, de récentes descentes effectuées dans le secteur de Colobane (Dakar) ont abouti à une saisie massive : plus de 30 000 canettes de sodas, des centaines de bouteilles de jus et environ 5 000 sachets de couscous jugés non conformes ont été retirés de la circulation.

« Impropre » ou « malsain » : la nuance de taille

L’un des apports majeurs de la sortie de M. Ndiaye est la clarification des concepts. Une vidéo montrant un produit ne suffit pas à le déclarer toxique ; seule l’analyse en laboratoire fait foi. Les autorités distinguent ainsi deux catégories :

  • Le produit non conforme : Il viole les lois sanitaires (date de péremption dépassée, étiquetage frauduleux, ou composition dangereuse).

  • Le produit « malsain » : Il est légal et conforme aux normes de fabrication, mais sa surconsommation est dangereuse.

C’est d’ailleurs un enjeu de santé publique majeur au Sénégal. L’abus de bouillons culinaires (très riches en sodium), de sucre et de mauvaises graisses est directement responsable de la flambée des maladies non transmissibles (MNT) comme l’hypertension artérielle et le diabète. Le produit en lui-même n’est pas « impropre », mais c’est le régime alimentaire qui pose problème.

Le bilan de 2025 : Près de 600 tonnes retirées

Les chiffres de l’année 2025 prouvent que le dispositif de contrôle de l’État veille au grain. Environ 584 tonnes de produits non conformes ont été détruites, représentant une valeur marchande de plus de 910 millions de francs CFA.

Un fait intéressant souligne l’évolution des mentalités dans le secteur privé : 80 % de ces retraits ont été faits sur une base volontaire. Sous la pression de contrôles inopinés plus stricts ou grâce à la vigilance de leurs propres employés, les importateurs et industriels préfèrent désormais anticiper plutôt que de subir des sanctions pénales. Les laboratoires habilités ont ainsi mené 2 965 analyses, révélant 150 cas avérés de non-conformité.

Le sésame de l’Autorisation FRA et les grands Magals

Pour qu’un produit local soit mis sur le marché sénégalais, il doit impérativement répondre aux exigences de l’Autorisation FRA (Fabriqué et conditionné en République d’Afrique), en plus de respecter les normes de l’UEMOA, de la CEDEAO ou du très strict Codex Alimentarius. En cas de faille, les industriels sont sommés de reformuler intégralement leurs recettes.

Enfin, la vigilance est particulièrement décuplée lors des grands rassemblements religieux (Magal de Touba, Gamou de Tivaouane, Pèlerinage de Popenguine). Durant ces périodes de forte affluence, le Ministère du Commerce déploie des effectifs supplémentaires pour traquer les spéculateurs et les vendeurs de denrées douteuses, garantissant ainsi la sécurité sanitaire des pèlerins.

En définitive, si la vigilance citoyenne reste de mise, elle doit s’appuyer sur les structures de l’État plutôt que de céder à la panique des réseaux sociaux.

La Rédaction Sunuker.net