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Mampatim : À Thiarap, l’hospitalité peule défie l’enclavement

Par La Rédaction : Sunuker.net

À 75 km de Kolda, près de la frontière bissau-guinéenne, Thiarap tient bon. Dans la commune de Mampatim, ce village de près de 500 habitants vit coupé du reste de la région. Pistes dégradées, absence d’eau et d’électricité, écoles sous-équipées : le quotidien est rude. Mais l’accueil chaleureux des populations peules fait de ce coin isolé un modèle de résilience.

Une piste qui isole, une communauté qui accueille
Quitter la RN Kolda-Diaobé pour rallier Thiarap relève du parcours du combattant. À partir de Tiara, dans la commune de Coumbacara, le bitume cède place à une piste latéritique de 20 km, creusée de nids-de-poule et de flaques. Les véhicules de transport en souffrent, les passagers aussi.

Pourtant, dès l’entrée du village, la fatigue s’efface. Fondé il y a plus de 175 ans d’abord par des familles mandingues avant de devenir majoritairement peul, Thiarap a bâti sa réputation sur l’hospitalité. Poignées de main, chants des femmes au rythme des tam-tams, plats partagés : le visiteur est traité comme un hôte d’honneur.

Des besoins urgents en services de base
Derrière cette chaleur humaine, le déficit d’infrastructures saute aux yeux. Le village n’a ni réseau électrique collectif, ni forage moderne pour garantir l’eau courante. Sur le plan sanitaire, pas de case de santé. Les urgences, notamment obstétricales, obligent les femmes à être évacuées vers Dabo, à une dizaine de kilomètres, sur une route qui met en danger mères et nouveau-nés. Ramata Diao, porte-parole des femmes, résume : « Notre priorité est une structure de santé. La piste rend chaque évacuation risquée ».

Côté éducation, l’école primaire fonctionne avec seulement deux salles de classe pour quatre niveaux. Un abri provisoire pallie le manque, mais les conditions restent précaires.

Agriculture, élevage et exode des jeunes
L’économie repose sur l’agriculture vivrière, l’élevage et le petit commerce transfrontalier avec la Guinée-Bissau située à 12 km. Le chef de village Samba Baldé, 66 ans, alerte : « Nos activités tournent autour de la terre et du bétail, mais nous manquons d’infrastructures de base ».

Les notables Abdoulaye Baldé et Seydou Baldé, ainsi que l’imam Boubacar Seydi, plaident pour un désenclavement rapide. Les femmes comme Aïssatou Baldé pointent aussi le manque d’accès au financement pour structurer des activités génératrices de revenus.

Résultat : faute de perspectives, une partie de la jeunesse a pris la route de l’émigration clandestine, affaiblissant le tissu social local.

Thiarap, « le lieu où les singes ont cédé la place aux hommes »
Le nom même du village raconte son histoire. En langue locale, « Thiarap » évoque le temps où la brousse dense servait de refuge aux primates avant l’installation humaine. Aujourd’hui, coincé entre Missirah Diomel, Sare Niyel, Bouberel et Bambadinka, le village mise sur la cohésion communautaire et les institutions traditionnelles pour tenir.

Les habitants lancent un appel aux autorités : électrification, forage, poste de santé et réhabilitation de la piste vers Tiara. Pour eux, l’équité territoriale portée par l’État doit enfin atteindre cette enclave du Fouladou, afin que l’hospitalité légendaire de Thiarap ne soit plus sa seule richesse.