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LFR 2026 : après trois rejets à l’Assemblée, Diomaye Faye face à un casse-tête budgétaire et institutionnel

LFR 2026 : après trois rejets à l’Assemblée, Diomaye Faye face à un casse-tête budgétaire et institutionnel

Le bras de fer entre l’Exécutif et la majorité parlementaire de PASTEF franchit un nouveau cap. Le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 a été rejeté en séance plénière de l’Assemblée nationale, mardi 3 novembre 2026. Une décision qui intervient après deux précédents revers en commission des finances et qui place désormais le gouvernement devant une équation budgétaire et politique délicate.

Sur les 165 députés inscrits, 132 ont participé au vote de la question préalable. Celle-ci a été adoptée par 109 voix, contre 20 et 3 abstentions. Cette procédure parlementaire met fin à l’examen du texte sans débat sur son contenu. Il convient donc de préciser que les 109 voix correspondent au vote en faveur de la question préalable, et non à un vote direct contre chacune des dispositions de la LFR.

Ce rejet en plénière intervient après deux votes défavorables enregistrés en commission des finances, les 23 et 30 octobre. La majorité parlementaire, dominée par PASTEF, qui compte 130 députés selon les chiffres rapportés, avait déjà exprimé ses réserves sur le projet gouvernemental.

Le renvoi du texte en commission, obtenu le 27 octobre à la demande de l’Exécutif, devait permettre de rapprocher les positions et de trouver un compromis. Mais les discussions n’ont pas abouti. Les députés de la majorité reprochaient notamment au gouvernement de n’avoir pas suffisamment modifié le projet et de ne pas avoir transmis certains documents qu’ils jugeaient nécessaires à l’examen du texte. La question de l’encadrement des fonds spéciaux figurait également parmi les points de désaccord.

Une pression accrue sur les finances publiques

Au-delà de la confrontation politique, le rejet de la LFR soulève des interrogations sur la gestion des finances publiques pour les derniers mois de l’année 2026. Le ministère de l’Économie et des Finances avait déjà alerté sur les conséquences possibles d’un blocage, notamment pour la mobilisation des ressources destinées à couvrir les besoins de financement de l’État.

Dans un contexte marqué par des difficultés d’accès aux marchés financiers et des discussions avec le Fonds monétaire international, l’absence d’adoption du texte constitue un obstacle supplémentaire pour l’Exécutif. Le gouvernement souhaitait, à travers cette loi rectificative, adapter les prévisions de recettes et de dépenses à la situation économique et financière du pays.

Le rejet ne signifie toutefois pas que toutes les dépenses de l’État sont automatiquement suspendues. Il impose plutôt au gouvernement de clarifier les voies juridiques et budgétaires permettant d’assurer la continuité de l’action publique et de faire face aux engagements financiers de l’année.

Diomaye Faye face aux options constitutionnelles

Le président Bassirou Diomaye Faye avait, lors du Conseil des ministres du 28 octobre, demandé au Premier ministre de prendre les dispositions juridiques nécessaires à la mise en œuvre des politiques publiques inscrites dans la LFR 2026 et dans le projet de loi de finances initiale pour 2027.

La Constitution sénégalaise prévoit plusieurs mécanismes encadrant l’adoption et l’exécution des lois de finances. Son article 68 fixe notamment un délai maximal de soixante jours pour le vote du projet de loi de finances de l’année et prévoit, sous certaines conditions, sa mise en vigueur par décret lorsque ce délai expire sans adoption définitive. L’application de cette disposition à la situation précise de la LFR doit cependant être appréciée au regard des règles budgétaires et de la procédure en cours.

L’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale est également évoquée dans le débat politique. Mais l’article 87 de la Constitution encadre strictement cette prérogative présidentielle : le chef de l’État doit recueillir les avis du Premier ministre et du président de l’Assemblée nationale, et aucune dissolution ne peut intervenir durant les deux premières années de la législature.

Le prochain rendez-vous budgétaire, consacré à l’examen du projet de loi de finances initiale pour 2027, s’annonce donc particulièrement important. Il permettra de mesurer si les deux camps peuvent renouer le dialogue ou si le désaccord autour de la LFR va continuer à peser sur le fonctionnement des institutions.

Entre les exigences de contrôle parlementaire, les impératifs de gestion des finances publiques et les divergences politiques au sein du pouvoir, le Sénégal se retrouve face à une séquence institutionnelle délicate. La capacité de l’Exécutif et de la majorité parlementaire à trouver un terrain d’entente sera déterminante pour éviter que le bras de fer ne compromette davantage la conduite des politiques publiques.

Sunuker News Desk