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LFR 2026 : Abdourahmane Sarr met le gouvernement face à ses chiffres et plaide pour une refondation de la stratégie financière du Sénégal

LFR 2026 : Abdourahmane Sarr met le gouvernement face à ses chiffres et plaide pour une refondation de la stratégie financière du Sénégal

Le rejet de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 par l’Assemblée nationale continue de provoquer des réactions au sein de la classe politique et des milieux économiques. Après les prises de position de plusieurs responsables politiques, c’est au tour de l’ancien ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, de livrer son analyse. Dans une déclaration publiée sur le réseau social X, mardi 3 novembre 2026, il invite à dépasser les affrontements politiques pour engager un débat de fond sur la gestion des finances publiques et la souveraineté économique du Sénégal.

L’ancien ministre ne considère pas le rejet du texte comme un simple incident parlementaire. Il y voit une séquence révélatrice de la configuration institutionnelle actuelle, marquée par des divergences entre les différentes composantes du pouvoir. Il estime néanmoins que les débats qui ont entouré la LFR témoignent de la vitalité de la démocratie sénégalaise et du rôle que doit jouer l’Assemblée nationale dans le contrôle de l’action gouvernementale.

Mais, pour Abdourahmane Sarr, l’essentiel se situe ailleurs : le Sénégal doit impérativement tirer les enseignements des difficultés accumulées dans la gestion de ses finances publiques. Faisant référence aux exercices budgétaires précédents, notamment à la période 2019-2024, il appelle à rompre avec les pratiques qui ont pu entretenir une insuffisance de transparence sur la situation économique et financière du pays.

Son message est clair : le Sénégal doit disposer de ses propres instruments d’évaluation, d’une stratégie de financement crédible et d’une trajectoire économique assumée par ses institutions. Il estime que la vérité des comptes publics ne devrait jamais dépendre de l’intervention d’acteurs extérieurs pour être établie.

Le FMI ne peut pas se substituer aux institutions sénégalaises

L’ancien ministre aborde également la place des partenaires internationaux dans le redressement économique du pays, avec une attention particulière portée au Fonds monétaire international (FMI). Fort de sa participation aux discussions sur le cadrage macroéconomique avec les autorités nationales et les partenaires financiers, il reconnaît l’importance de données budgétaires fiables pour préserver la crédibilité du Sénégal.

Il tient toutefois à rappeler une distinction fondamentale : le FMI est un partenaire financier et technique, mais il n’a pas vocation à représenter les intérêts du peuple sénégalais. Cette responsabilité relève, selon lui, des institutions nationales, auxquelles revient le devoir de garantir la transparence, le contrôle et la bonne gestion des ressources publiques.

Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement sensible. Le rejet de la LFR 2026 est précisément intervenu après l’adoption, par 109 voix contre 20 et 3 abstentions, d’une question préalable défendue par le député Amadou Ba. Celui-ci avait notamment dénoncé l’insuffisance des informations mises à la disposition des parlementaires pour apprécier le réalisme des prévisions budgétaires. Le ministre Cheikh Diba avait, de son côté, contesté cette lecture des débats. Le désaccord porte donc aussi sur la qualité des informations financières et sur la manière d’évaluer les choix budgétaires de l’Exécutif.

Les investissements publics au cœur des interrogations

Pour étayer son analyse, Abdourahmane Sarr s’appuie sur les chiffres de l’exécution des investissements publics. Selon les données qu’il avance, les investissements réalisés à fin septembre 2026 se chiffraient à 1 031 milliards de francs CFA, contre 1 069 milliards à la même période de l’année précédente.

Or, la LFR 2026 prévoit une enveloppe globale de 2 249 milliards de francs CFA pour les investissements publics. Pour atteindre cet objectif, l’État devrait donc encore exécuter 1 218 milliards de francs CFA au cours des trois derniers mois de l’année.

L’ancien ministre juge cette perspective difficilement réalisable au regard du rythme observé durant les neuf premiers mois. Il ne ferme cependant pas totalement la porte à cette possibilité : il estime que le gouvernement doit apporter les éléments permettant de démontrer la faisabilité de ses prévisions.

Cette critique rejoint l’une des principales interrogations soulevées au Parlement : la cohérence entre les montants inscrits dans le collectif budgétaire et les capacités réelles d’exécution de l’administration. Pour Abdourahmane Sarr, une loi de finances rectificative doit partir des réalisations concrètes et non reposer sur des projections qui ne seraient pas suffisamment étayées. Il rappelle à cet égard la nécessité de prendre l’exécution budgétaire de 2025 comme référence pour mieux apprécier les capacités d’investissement de l’État.

Subventions énergétiques : l’État doit assumer toutes ses obligations

L’ancien ministre attire aussi l’attention sur le poids des subventions énergétiques. À ses yeux, l’évaluation de ces charges doit tenir compte de l’ensemble des obligations financières de l’État, y compris celles qui n’ont pas encore franchi toutes les étapes administratives d’ordonnancement.

Il estime que les retards de procédure ne doivent pas conduire à sous-évaluer les engagements publics. La situation du secteur énergétique exige, selon lui, des mesures permettant d’assurer la continuité de l’approvisionnement et du fonctionnement des opérateurs concernés.

Il évoque notamment la possibilité de recourir à des décrets d’avance, à condition que les conditions légales soient réunies. Cette option ne constitue toutefois pas une autorisation automatique de contourner les règles budgétaires : elle doit s’inscrire dans le cadre juridique applicable.

Un déficit inférieur à 5 % en 2026 : une ambition à démontrer

Pour l’avenir, Abdourahmane Sarr plaide pour l’établissement d’un déficit budgétaire fondé sur des données sincères et vérifiables. Selon son analyse, un déficit inférieur à 5 % du PIB, calculé sur la base d’un PIB rebasé en 2026, pourrait être envisageable. Une telle évolution faciliterait ensuite un retour à un déficit de 3 % en 2027, conformément à la trajectoire qu’il défend.

Il s’agit toutefois d’une perspective avancée par l’ancien ministre, et non d’un résultat déjà acquis. Sa concrétisation dépendra notamment de la fiabilité des données, de l’évolution des recettes, de la maîtrise des dépenses et de la capacité de l’État à exécuter ses investissements.

Abdourahmane Sarr considère qu’une trajectoire budgétaire crédible permettrait également de renforcer la position du Sénégal au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de préserver ses possibilités de refinancement sur le marché régional, sans devoir recourir à une restructuration de sa dette.

En définitive, l’ancien ministre invite les responsables politiques à ne pas réduire la question budgétaire à un affrontement entre camps ou à une bataille de leadership. Pour lui, la sincérité des comptes publics constitue une exigence qui doit survivre aux alternances et aux divergences politiques. Elle conditionne la confiance des citoyens, des investisseurs et des partenaires financiers.

Alors que le rejet de la LFR 2026 ouvre une nouvelle période d’incertitude autour de la gestion des finances publiques, sa sortie remet au centre du débat une question essentielle : comment reconstruire une trajectoire économique crédible, transparente et maîtrisée par les institutions sénégalaises elles-mêmes ?

Sunuker News Desk