C’est l’histoire folle des élections municipales 2020 . Perturbées par l’arrivée du coronavirus , menacées d’une abstention record, reportées virtuellement le temps d’une journée, et finalement maintenues par le jeu des acteurs institutionnels. Emmanuel Macron s’est trouvé empêché par Gérard Larcher, président du Sénat, et Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, de décaler le scrutin pour cause de mobilisation générale contre l’épidémie.
En milieu de journée, ce jeudi, l’exécutif, qui a écouté les scientifiques, change de doctrine. La France n’a pas dix jours de retard sur l’Italie ; elle n’en a que quatre ou cinq. Il faut donc frapper fort pour « protéger les personnes vulnérables et l’hôpital » et suivre l’Italie sur des mesures de confinement.
Mais peut-on dire aux enfants de rester chez eux et aux salariés d’opter pour le télétravail tout en accueillant les électeurs deux dimanches de suite dans des bureaux de vote ? Impossible, juge Emmanuel Macron, question de cohérence et d’efficacité. Il décide de reporter le scrutin pour circonstances exceptionnelles, avertit ses ministres, commence à consulter experts juridiques et politiques, et annonce sa décision aux scientifiques. Fin du premier acte. Il ne durera pas longtemps.
Trop tard ?
Très vite, la droite s’insurge, Gérard Larcher en tête, qui s’oppose au report des élections ; Christian Jacob et François Baroin en appui. Le Premier ministre, qui recevait les chefs de parti le matin pour parler municipales, n’a pas abordé le sujet avec eux, s’indignent-ils. Ce serait un « déni de démocratie », une façon pour En Marche d’éviter une élection difficile, voire un « coup d’Etat » si l’article 16 de la Constitution, qui donne quasi les pleins pouvoirs au président de la République, était déclenché. Le monde politique est en ébullition, la pression monte.
En fin de journée, elle l’emporte. L’exécutif consulte le Conseil constitutionnel pour tester sa réaction en cas de recours contre sa décision… La réponse met fin à l’opération : la juridiction ne le suivra pas forcément, elle ne donne aucune garantie.
Emmanuel Macron revient au point de départ. Sans doute était-il trop tard pour tout chambouler au dernier moment, ou le président n’était-il pas suffisamment fort pour l’imposer. Fût-ce au nom de l’intérêt général. Le scrutin est maintenu. « Il est important dans ce moment d’assurer la continuité de la vie démocratique », affirme-t-il le soir à la télévision. Ce sont les scientifiques qui l’ont dit, assure-t-il.
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