POLITIQUE

Sénégal – Budget 2027 : l’Assemblée nationale voit son enveloppe réduite de 1,2 milliard FCFA, Cheikh Diba défend les arbitrages du gouvernement

Sénégal – Budget 2027 : l’Assemblée nationale voit son enveloppe réduite de 1,2 milliard FCFA, Cheikh Diba défend les arbitrages du gouvernement

Le projet de loi de finances 2027 prévoit une dotation de 21,11 milliards de FCFA pour l’Assemblée nationale, contre 22,30 milliards en 2026. Une diminution de 5,33 % que le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, explique par la politique générale de rationalisation des dépenses publiques. Mais cette présentation intervient dans un contexte budgétaire particulièrement sensible, marqué par les difficultés de trésorerie de l’État et les tensions autour de l’examen du budget.

L’heure est aux restrictions budgétaires au Sénégal. Dans le cadre de la préparation de l’exercice financier 2027, l’Assemblée nationale devra composer avec une enveloppe financière inférieure à celle dont elle disposait en 2026.

Selon les chiffres présentés devant la Commission des finances et du contrôle budgétaire, le budget de l’institution parlementaire est arrêté à 21 114 815 985 FCFA pour 2027, contre 22 304 735 604 FCFA l’année précédente.

La différence représente une diminution de près de 1,19 milliard de FCFA, soit une contraction de 5,33 %.

Interpellé sur cette évolution, le ministre Cheikh Diba a invoqué une baisse généralisée des dépenses de l’institution, inscrite dans la volonté gouvernementale de maîtriser les charges publiques et de réduire le train de vie de l’État.

Toutefois, les explications fournies ne permettent pas encore d’identifier précisément les postes concernés par cet ajustement. Les dépenses de personnel, de fonctionnement et les autres rubriques budgétaires n’ont pas fait l’objet d’une ventilation suffisamment détaillée dans les éléments présentés.

Une cure de rigueur qui concerne plusieurs institutions

La réduction de la dotation de l’Assemblée nationale s’inscrit dans une politique de réajustement des dépenses publiques qui touche plusieurs institutions de la République.

Le projet de budget prévoit notamment une enveloppe de 1,50 milliard de FCFA pour le Conseil constitutionnel, contre environ 1,36 milliard en 2026. Cette progression de 10,59 % s’explique notamment par la prise en charge de dépenses supplémentaires de personnel et par une dotation de 100 millions de FCFA destinée à la préparation des élections de 2027.

La Cour suprême voit, en revanche, son budget passer de 4,77 à 4,69 milliards de FCFA, tandis que celui de la Cour des comptes recule également.

La Présidence de la République et la Primature connaissent, pour leur part, des évolutions budgétaires différentes, liées notamment à des transferts de charges et à la prise en compte de nouveaux projets.

Ces arbitrages montrent que le gouvernement procède à des ajustements différenciés entre les institutions, tout en affichant sa volonté de rationaliser les dépenses de fonctionnement.

480 milliards FCFA pour apurer les dettes de l’État envers le secteur privé

Derrière ces réductions budgétaires se trouve une situation économique qui impose des choix difficiles à l’exécutif.

L’un des principaux engagements du projet de loi de finances 2027 concerne le règlement des arriérés de paiement accumulés par l’État auprès des entreprises privées.

Une enveloppe de 480 milliards de FCFA est ainsi prévue pour honorer une partie de ces engagements.

Pour Cheikh Diba, cette mesure constitue un levier important de relance économique. Les retards de paiement de l’administration affectent directement la trésorerie des entreprises, fragilisent les petites et moyennes structures et peuvent compromettre le maintien de nombreux emplois.

Le ministre défend donc une approche dans laquelle le remboursement des créances publiques doit contribuer à réinjecter des liquidités dans le circuit économique.

Selon les projections gouvernementales, les efforts d’apurement réalisés entre 2025 et 2027 devraient atteindre 1 280 milliards de FCFA.

Un déficit budgétaire encore important malgré les ambitions de redressement

Le projet de loi de finances 2027 s’inscrit dans une stratégie de consolidation des finances publiques.

Le gouvernement ambitionne de ramener le déficit budgétaire à 4,7 % du produit intérieur brut, contre 7,6 % dans la loi de finances 2026 ajustée.

Le déficit global est ainsi projeté à 1 351,7 milliards de FCFA. Le solde primaire, qui mesure l’équilibre budgétaire hors paiement des intérêts de la dette, devrait quant à lui s’améliorer sensiblement.

Les recettes du budget général sont estimées à 5 653,9 milliards de FCFA, tandis que les dépenses correspondantes atteindraient 7 005,6 milliards.

Ces objectifs s’inscrivent dans le cadre du plan de redressement économique et social « Jubbanti Koom » et de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.

Le gouvernement entend notamment renforcer les recettes fiscales, améliorer le recouvrement, lutter contre la fraude et rationaliser certaines dépenses publiques.

Les priorités sociales également mises en avant

La politique de rigueur budgétaire présentée par Cheikh Diba ne se limite pas aux restrictions.

Le projet de loi prévoit également un renforcement de certaines dépenses sociales, notamment le doublement de l’enveloppe des Bourses de sécurité familiale, qui doit passer de 70 à 140 milliards de FCFA.

Cette mesure devrait bénéficier à plus d’un million de ménages vulnérables.

Le gouvernement présente ainsi son projet budgétaire comme une tentative de concilier assainissement des finances publiques, soutien au pouvoir d’achat des populations et relance de l’activité économique.

Mais la question demeure : ces ambitions pourront-elles être concrétisées dans un contexte où les besoins de financement de l’État restent considérables et où le service de la dette continue de peser lourdement sur les finances publiques ?

La Commission des finances rejette les projets budgétaires

L’examen du budget 2027 ne s’est pas déroulé sans difficultés au Parlement.

Selon les informations communiquées le 7 novembre, les membres de la Commission des finances et du contrôle budgétaire ont finalement voté contre l’ensemble des projets soumis à leur appréciation.

Plusieurs préoccupations ont été soulevées au cours des discussions, notamment des incohérences relevées dans certains chiffres, la sincérité des prévisions budgétaires et l’absence de documents jugés nécessaires à un examen approfondi.

Des commissaires ont notamment réclamé la transmission de la loi de règlement 2025 ainsi que d’autres pièces justificatives permettant de mieux apprécier les propositions gouvernementales.

Ce rejet en commission constitue un signal politique et institutionnel important. Il met en évidence les difficultés rencontrées par l’exécutif pour obtenir l’adhésion des parlementaires autour de ses choix budgétaires.

Il ne signifie toutefois pas, à lui seul, que le projet de loi de finances est définitivement abandonné. La suite de la procédure parlementaire et les décisions des instances compétentes restent déterminantes.

Un budget sous pression, entre discipline financière et confiance institutionnelle

En défendant son projet devant les députés, Cheikh Diba a également mis en garde contre les conséquences d’un rejet du budget sur la crédibilité financière de l’État auprès des populations, des entreprises et des partenaires internationaux.

Le gouvernement doit en effet relever un double défi : restaurer les équilibres financiers tout en préservant les capacités d’intervention de l’État.

La réduction de la dotation de l’Assemblée nationale, même si elle peut être présentée comme un effort de rationalisation, pose également la question des moyens nécessaires au fonctionnement normal du pouvoir législatif et à l’exercice de ses missions de contrôle.

Au fond, le débat sur les 1,2 milliard de FCFA retranchés au budget parlementaire dépasse la simple question comptable. Il renvoie à la transparence des arbitrages, à la répartition des ressources publiques et à la capacité des institutions à exercer leurs responsabilités dans un contexte de contraintes financières.

Le véritable enjeu du budget 2027 ne sera donc pas seulement de réduire les dépenses ou d’afficher des objectifs de redressement. Il sera de démontrer que chaque franc économisé contribue effectivement à améliorer la situation économique du pays, à honorer les engagements de l’État et à répondre aux attentes des Sénégalais.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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