La Californie vient de faire un choix politique et historique. Le démocrate Xavier Becerra a remporté, le 3 novembre 2026, l’élection au poste de gouverneur face au républicain Steve Hilton. Ancien procureur général de Californie, ex-ministre de la Santé de Joe Biden et figure de longue date du Parti démocrate, il devient le premier Latino élu à la tête de cet État depuis plus de 150 ans. Derrière cette victoire se dessine une nouvelle séquence politique pour la première puissance économique américaine, confrontée à la crise du logement, au coût de la vie, aux difficultés budgétaires et aux tensions avec l’administration de Donald Trump.
La politique américaine connaît un nouveau tournant en Californie. Le 3 novembre 2026, Xavier Becerra a remporté l’élection au poste de gouverneur, battant le candidat républicain Steve Hilton. La victoire du démocrate a été annoncée par l’Associated Press dès la fermeture des bureaux de vote, avant d’être confirmée par plusieurs médias américains, notamment KQED et CBS News.
Cette élection marque un événement historique pour la Californie. Xavier Becerra devient le premier Latino élu gouverneur de cet État depuis Romualdo Pacheco, qui avait occupé brièvement cette fonction au XIXe siècle, en 1875. Il succédera à Gavin Newsom, qui ne pouvait pas briguer un troisième mandat consécutif.
Mais au-delà de cette dimension symbolique, l’arrivée de Becerra à la tête de la Californie représente un changement important dans les équilibres politiques américains. État traditionnellement démocrate, doté d’une économie parmi les plus puissantes du monde, la Californie constitue également l’un des principaux centres de résistance politique aux orientations de Donald Trump.
De Sacramento à Stanford : les origines d’un homme politique issu de l’immigration
Né le 26 janvier 1958 à Sacramento, en Californie, Xavier Becerra est issu d’une famille modeste. Sa mère, originaire de l’État mexicain de Jalisco, a immigré aux États-Unis après son mariage avec son père, né en Californie et élevé au Mexique.
Il grandit dans un environnement familial marqué par le travail, les difficultés économiques et les aspirations des familles immigrées à offrir de meilleures perspectives à leurs enfants.
Premier membre de sa famille à obtenir un diplôme universitaire de quatre ans, il poursuit des études à la prestigieuse université Stanford, où il décroche une licence en économie. Il complète ensuite son parcours par un diplôme en droit à la Stanford Law School.
Ce parcours universitaire constitue le socle de son engagement professionnel et politique. Après ses études, il commence sa carrière juridique en 1984 dans un organisme d’aide juridique où il représente notamment des personnes souffrant de troubles mentaux. Il rejoint ensuite le département de la Justice de Californie comme procureur général adjoint.
Son histoire personnelle, marquée par l’immigration de sa mère et les origines populaires de sa famille, occupera une place importante dans son discours politique. Becerra a régulièrement défendu les travailleurs, les familles modestes, les immigrés et l’accès aux services publics.
Marié à la docteure Carolina Reyes, médecin gynécologue-obstétricienne, il est père de trois filles : Clarisa, Olivia et Natalia.
Une ascension politique construite sur plus de trois décennies
La carrière élective de Xavier Becerra prend véritablement son envol en 1990. Cette année-là, il remporte une élection à l’Assemblée de Californie dans le 59e district, représentant une partie du comté de Los Angeles.
Deux ans plus tard, en 1992, il entre à la Chambre des représentants des États-Unis. Il y restera pendant douze mandats, jusqu’en 2017, représentant différents districts de la région de Los Angeles.
À Washington, il se construit progressivement une réputation au sein de l’appareil démocrate. Il devient notamment président du groupe démocrate de la Chambre des représentants, une fonction qui lui permet de participer aux grandes orientations législatives et stratégiques de son parti.
Il siège également à la puissante commission des voies et moyens (Ways and Means Committee), chargée notamment des questions fiscales, budgétaires et de protection sociale. Il est le premier Latino à intégrer cette commission.
Son travail parlementaire porte notamment sur la protection sociale, la lutte contre la pauvreté, les droits des immigrés, l’accès aux soins et les questions économiques.
Cette longue expérience au Congrès lui permet de développer des relations au sein de la direction démocrate et de se familiariser avec les mécanismes du pouvoir fédéral.
Procureur général de Californie : le premier Latino à occuper cette fonction
En janvier 2017, Xavier Becerra est nommé procureur général de Californie par le gouverneur de l’époque, Jerry Brown. Il devient ainsi le 33e Attorney General de l’histoire de l’État et le premier Latino à occuper cette responsabilité.
À ce poste, il est chargé de représenter juridiquement la Californie, de superviser certaines activités de maintien de l’ordre et de défendre les intérêts de l’État devant les juridictions.
Son passage à la tête du département de la Justice intervient dans une période de fortes tensions entre la Californie démocrate et le gouvernement fédéral dirigé par Donald Trump.
Becerra engage plusieurs procédures contre des décisions de l’administration républicaine, notamment dans les domaines de l’immigration, de la protection de l’environnement, de la santé et des politiques fédérales.
Il s’impose alors comme l’un des responsables démocrates les plus impliqués dans les batailles judiciaires opposant Sacramento à Washington.
Son bilan n’est cependant pas exempt de controverses. En 2019, sa position concernant la publication rétroactive de certains dossiers d’enquêtes disciplinaires visant des policiers suscite des critiques. Des organisations de presse et de défense de la transparence contestent son interprétation de la législation. Les tribunaux ordonnent finalement la communication des documents concernés et le versement de plus d’un million de dollars de frais d’avocats.
Cet épisode illustre les débats qui ont accompagné son passage à la tête de la justice californienne, notamment sur l’équilibre entre transparence publique, protection des agents et respect des procédures judiciaires.
De Sacramento à Washington : le passage au ministère de la Santé de Joe Biden
En 2021, Xavier Becerra franchit une nouvelle étape dans sa carrière politique lorsque le président Joe Biden le choisit pour diriger le département américain de la Santé et des Services sociaux (Department of Health and Human Services, HHS).
Sa nomination est particulièrement symbolique. Il devient le premier Latino à occuper ce poste ministériel.
À la tête de cette administration fédérale, il supervise des programmes majeurs comme Medicare et Medicaid, qui concernent des millions d’Américains, ainsi que différentes politiques relatives à la santé publique, à l’assurance maladie et à la protection sociale.
Son mandat se déroule dans une période marquée par la gestion des conséquences de la pandémie de Covid-19, les débats sur le prix des médicaments, l’accès aux soins et les réformes du système de santé.
Il accompagne notamment la mise en œuvre de plusieurs dispositions de l’Inflation Reduction Act concernant les coûts des médicaments pour les bénéficiaires de Medicare.
Son passage au gouvernement fédéral lui donne une expérience supplémentaire dans la gestion d’une administration de grande envergure et dans les négociations entre les États, le Congrès et la Maison-Blanche.
Après le départ de Joe Biden, il quitte ses fonctions ministérielles en janvier 2025. Il revient ensuite en Californie, où il prépare progressivement son retour sur la scène politique de son État natal.
Une campagne électorale qui a connu un retournement de situation
La conquête du poste de gouverneur n’a pourtant pas été une formalité pour Xavier Becerra.
Au début de la campagne, il ne figurait pas parmi les candidats les plus visibles. La course démocrate était particulièrement encombrée, avec plusieurs personnalités politiques et économiques, dont Katie Porter, Tom Steyer, Antonio Villaraigosa et Eric Swalwell.
Becerra a même connu une période difficile, avec des intentions de vote relativement faibles dans les premiers mois de la compétition.
La situation évolue lorsque le député démocrate Eric Swalwell abandonne sa campagne dans le contexte d’accusations d’agressions sexuelles portées par plusieurs femmes, accusations qu’il conteste. Son retrait bouleverse les équilibres au sein du camp démocrate.
Becerra profite alors de cette recomposition pour se repositionner comme un candidat expérimenté, disposant d’une connaissance approfondie des institutions californiennes et fédérales.
Lors de la primaire du 2 juin 2026, organisée selon le système californien des deux premiers candidats, tous partis confondus, il termine en tête devant le républicain Steve Hilton. Les deux hommes se retrouvent ainsi face à face pour l’élection générale de novembre.
Pendant la campagne, Becerra met en avant ses 35 années d’expérience dans la vie publique et son bilan de confrontation juridique avec les politiques de Donald Trump.
En face, Steve Hilton, ancien présentateur de Fox News et ancien conseiller de l’ex-Premier ministre britannique David Cameron, construit son discours autour de la critique de la gestion démocrate de la Californie. Il dénonce notamment le coût élevé de la vie, la crise du logement et la situation des sans-abri.
Le président Donald Trump apporte son soutien à Hilton, ce qui donne à la campagne une dimension nationale supplémentaire.
Becerra, de son côté, présente son adversaire comme le prolongement des politiques de la Maison-Blanche républicaine et promet de défendre les intérêts de la Californie.
Le scrutin du 3 novembre se solde par la victoire du démocrate. Les électeurs lui confient ainsi la responsabilité de succéder à Gavin Newsom.
Quelle orientation politique pour le nouveau gouverneur ?
Sur le plan idéologique, Xavier Becerra appartient à la famille démocrate progressiste, mais il se définit également comme un responsable pragmatique.
Ses positions historiques portent sur la protection des travailleurs, les droits des immigrés, l’accès aux soins, la défense des programmes sociaux et la réduction des inégalités économiques.
Il a notamment défendu l’idée d’une couverture sanitaire plus large, allant jusqu’à soutenir le principe d’un système de santé public universel. Il s’est également montré favorable à une protection renforcée des demandeurs d’asile et à l’accès des immigrés aux prestations publiques.
Toutefois, son approche politique se distingue parfois de celle des responsables démocrates les plus offensifs. Il privilégie généralement l’examen des dossiers, la consultation des acteurs concernés et la prudence dans les engagements chiffrés.
Une enquête publiée en août 2026 par CalMatters souligne justement cette caractéristique : Becerra a évité de multiplier les promesses détaillées durant sa campagne et a préféré défendre son expérience administrative.
Cette prudence apparaît notamment dans ses propositions sur le logement. Il souhaite accélérer les procédures d’autorisation de construction et faciliter l’accès aux financements destinés aux logements abordables, mais n’a pas voulu garantir un nombre précis de nouvelles habitations durant son mandat.
Sur les dépenses de santé, il envisage de réduire les coûts administratifs, les gaspillages et les facturations frauduleuses afin de préserver les programmes publics, sans toutefois avancer de montant précis d’économies.
Concernant l’intelligence artificielle, il a évoqué la possibilité que les Californiens puissent bénéficier directement de la richesse créée par les entreprises technologiques, notamment à travers une éventuelle participation publique au capital de certaines sociétés. Il n’a cependant pas présenté cette idée comme un engagement définitif.
Cette manière de gouverner pourrait donner une place importante aux arbitrages budgétaires et aux négociations avec le Parlement californien.
Le logement, le coût de la vie et les sans-abri : les premiers grands dossiers
La Californie est l’un des États les plus riches des États-Unis, mais cette richesse ne se traduit pas uniformément dans les conditions de vie de ses habitants.
Le prix des logements, les loyers élevés, les difficultés d’accès à la propriété et la présence importante de personnes sans domicile fixe constituent des préoccupations majeures.
Xavier Becerra devra donc s’attaquer à une équation complexe : accroître l’offre de logements abordables tout en accélérant les constructions et en préservant les équilibres financiers des collectivités.
Il devra également répondre aux inquiétudes des ménages concernant les dépenses quotidiennes, les tarifs de l’électricité, les assurances et les frais de santé.
Pendant sa campagne, il a évoqué la possibilité de mettre en place une heure quotidienne d’électricité gratuite pour les ménages à faibles revenus. Il a également annoncé vouloir renforcer les financements destinés à protéger les habitations contre les incendies.
Ces propositions devront maintenant être traduites en mesures concrètes, avec des modalités de financement et de mise en œuvre.
Santé, assurances et incendies : un agenda particulièrement chargé
Le secteur de la santé constitue un autre défi majeur pour le nouveau gouverneur.
Les changements apportés aux financements fédéraux risquent de peser sur les programmes sociaux de Californie, notamment Medi-Cal, le dispositif d’assurance maladie destiné aux personnes à faibles revenus et à certaines catégories de bénéficiaires.
Becerra connaît particulièrement bien ce système en raison de son passage à la tête du département fédéral de la Santé.
Il devra notamment trouver des ressources pour maintenir l’accès aux soins et limiter les conséquences des réductions de financements fédéraux.
Les assurances constituent également un dossier sensible. Les incendies dévastateurs qui ont frappé la Californie ces dernières années ont profondément bouleversé le marché de l’assurance habitation. Plusieurs compagnies ont réduit leur exposition dans les zones à risque, laissant de nombreux propriétaires confrontés à des primes élevées ou à des difficultés pour obtenir une couverture.
Le futur gouverneur devra arbitrer entre les intérêts des compagnies d’assurance, les préoccupations des propriétaires, les exigences de prévention et les responsabilités financières de l’État.
La question du financement des conséquences des incendies, notamment entre les assureurs et les entreprises de services publics, figure également parmi les dossiers que la nouvelle administration devra traiter.
Becerra face à Donald Trump : une confrontation politique appelée à se poursuivre
L’autre dimension importante de cette élection concerne les relations entre Sacramento et Washington.
La Californie est depuis plusieurs années l’un des principaux centres d’opposition démocrate aux orientations de Donald Trump.
Sur l’immigration, les droits civiques, la santé, l’environnement et les politiques sociales, les autorités californiennes ont régulièrement contesté les décisions de l’administration fédérale.
Xavier Becerra connaît particulièrement bien ce terrain. Lorsqu’il était procureur général, il avait engagé de nombreuses procédures contre le gouvernement Trump durant son premier mandat.
Durant sa campagne, il a clairement annoncé son intention de poursuivre la défense juridique de la Californie contre les mesures fédérales qu’il considère contraires aux intérêts de l’État ou aux droits de ses habitants.
Sa victoire garantit donc la poursuite d’une opposition politique entre le gouvernement démocrate californien et la Maison-Blanche républicaine pendant les deux dernières années du second mandat de Donald Trump.
Cette confrontation pourrait concerner les politiques migratoires, les financements de programmes sociaux, les réglementations environnementales et les questions électorales.
Mais Becerra devra également composer avec les contraintes constitutionnelles, budgétaires et institutionnelles qui encadrent les pouvoirs d’un gouverneur américain.
Un tournant historique pour la représentation latino aux États-Unis
L’élection de Xavier Becerra dépasse les frontières de la Californie.
Dans un État où les populations latino-américaines occupent une place majeure dans la vie économique, sociale et culturelle, l’accession d’un fils d’immigrés mexicains au poste de gouverneur revêt une portée symbolique particulière.
Elle rappelle également l’évolution démographique et politique de la société américaine.
Pour de nombreux électeurs issus de l’immigration, son parcours constitue un exemple de mobilité sociale et d’accès aux plus hautes responsabilités publiques. De Sacramento à Washington, en passant par le Congrès et le département de la Justice de Californie, Becerra a progressivement construit une carrière qui l’a conduit au sommet de l’exécutif de l’État.
Il prendra ses fonctions en janvier 2027. Il devra alors transformer son expérience politique et administrative en résultats concrets pour les quelque 40 millions d’habitants de Californie.
Son élection intervient dans un contexte où les démocrates conservent leur domination sur les élections à l’échelle de l’État, mais où les préoccupations relatives au logement, à la sécurité économique, aux services publics et à la gouvernance alimentent les critiques de l’opposition républicaine.
La véritable épreuve de son mandat ne sera donc pas seulement de poursuivre les orientations démocrates de ses prédécesseurs. Elle consistera également à démontrer que son expérience de Washington, de Sacramento et des institutions judiciaires peut répondre aux difficultés quotidiennes des Californiens.
Xavier Becerra : une nouvelle page, mais aussi de lourdes responsabilités.
Sa victoire est historique par ses origines et sa portée politique. Son bilan de gouverneur, lui, sera jugé sur sa capacité à répondre aux attentes d’une population confrontée à des défis économiques et sociaux considérables.
Par Ndiawar diop pour Sunuker News Desk
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