Existe-t-il encore un syndicat dénommé SAES dans l’enseignement supérieur au Sénégal ? La question est loin de relever d’une provocation. Elle fait un constat pour le moins inquiétant : l’absence du syndicat sur les sujets de l’heure. En effet, depuis quelques semaines, l’enseignement supérieur est au cœur de l’actualité. D’abord avec le programme « Un étudiant, un ordinateur », mais ensuite et surtout avec la question des diplômes délivrés par des établissements privés d’enseignement supérieur non habilités.
Que le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur puisse garder le silence sur le programme de dotation d’ordinateurs est déjà une surprise en soi, mais compréhensible sous certains angles. Car le combat concerne plus les amicales des étudiants, même si leurs enseignants devraient se sentir concernés, surtout lorsqu’il s’agit de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane, où cet outil est une condition sine qua non à tout enseignement ou travaux pratiques.
Par contre, que le syndicat reste silencieux sur la délivrance de diplômes reste une anomalie incompréhensible. Rappelons que le SAES ne se définit pas comme le syndicat des enseignants du supérieur, mais plutôt de l’enseignement supérieur. Les mots ont leur sens. L’entité a fait le choix d’aller au-delà des revendications corporatistes pour s’intéresser à la politique de l’enseignement supérieur et de la recherche dans sa globalité. Le syndicat a produit des rapports dans ce domaine. Il a inspiré beaucoup de textes de gouvernance et a même, à la limite, en imposé certains et empêché l’adoption d’autres. On se souvient encore du texte déchiré par le SAES à l’UCAD lorsque Mary Teuw Niane a voulu tenter une réforme.
Comment comprendre, dès lors, que des établissements non habilités délivrent des diplômes jusqu’au doctorat sans que le SAES ne bouge ? Pire encore, à travers deux communiqués, la Direction de l’enseignement supérieur a dit une chose et son contraire à l’espace de 72 heures. L’autorité s’est illustrée par une fuite en avant, sans que le SAES ne se prononce pour exiger le respect des règles et rappeler ainsi à la tutelle sa responsabilité de faire face à toutes les questions qui interpellent le secteur, y compris les plus épineuses.
Bien qu’étant minoritaire, le SUDES a sorti un communiqué pour exprimer sa préoccupation. Les deux communiqués étant signés par la même autorité, le SUDES parle d’une affaire « susceptible d’entamer sérieusement la crédibilité de l’institution chargée de la tutelle et de la régulation de l’enseignement supérieur », avant d’exiger toute la lumière sur ces deux documents. Tout en reconnaissant le rôle du privé, le SUDES rappelle que son développement exige le respect de « critères de qualité, de conformité réglementaire, d’assurance qualité et de protection des étudiants ».
Pendant ce temps, le SAES reste aphone. D’ailleurs, au-delà de l’actualité, un constat s’impose. Le syndicat devient de moins en moins actif sur la gouvernance de l’enseignement supérieur. Depuis la revalorisation salariale et les acquis sur la retraite, le SAES semble avoir perdu son énergie. Aujourd’hui, c’est comme si le syndicat avait accompli sa mission et n’avait plus rien pour se challenger. D’où la question de départ : le SAES est-il toujours le SAES ?








































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