« Les taux d’intérêt sont d’autant plus faibles que l’inflation l’est aussi, ce qui est favorable aux consommateurs et aux entreprises », explique-t-il. En effet, fait- il remarquer, dans les pays hors Uemoa de la Cedeao, les taux d’intérêt y sont largement plus élevés, ce qui renchérit les coûts de financement de ces économies.
« De ce fait, le régime de change fixe avec l’arrimage du FCFA à l’euro apparait comme un outil important pour aider à contenir l’inflation en particulier à un moment d’incertitude macroéconomique global », précise-t-il. En revanche nuance-t-il, la politique monétaire est « inactive ». « Elle ne bouge pas parce qu’elle défend la valeur de la parité ». C’est pourquoi, à son avis, toutes les mesures de politique monétaire (ajustement des taux d’intérêts de la Bceao) ne fonctionnent pas de façon optimale.
Effets néfastes de la baisse de l’euro par rapport au dollar
Grâce à son arrimage à l’euro, le FCFA a mieux résisté à la crise. En effet, en 2022, de nombreuses monnaies africaines se sont effondrées du fait de l’inflation mondiale considérable et du resserrement monétaire de la Fed (Banque centrale américaine), plus favorable au dollar qui ne cesse de s’apprécier.
Face à cette situation, constate Dr Abdoulaye Traoré, « même si le FCFA n’est pas optimal, il protège en temps de crise ». Ainsi, la monnaie commune des pays de l’Uemoa s’est montrée plus résiliente comparativement à de nombreuses monnaies africaines. « C’est une monnaie qui ne fait pas l’objet d’attaques spéculatives, du fait de son arrimage à l’euro qui lui offre une certaine stabilité. Mais cette stabilité se paie cher car en garantissant une inflation modérée, le FCFA n’assure pas la compétitivité des économies qui l’utilisent », poursuit Dr Traoré. À son avis, cette stabilité du FCFA bénéficie surtout aux Européens qui importent des matières premières et autres produits sans subir de risque de change mais aussi à certaines classes aisées africaines qui consomment des produits européens plus facilement. L’économiste note en outre, que la baisse du cours de l’euro par rapport au dollar a des conséquences néfastes sur les économies des pays de l’Uemoa. « Elle renchérit le coût de leurs importations et alimente la flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires. Elle alourdit également le remboursement de la dette extérieure libellée en dollars ».
Selon le Dr Traoré, les monnaies fortes comme le dollar américain, l’euro, le yen japonais ou la livre sterling correspondent à des économies de faible inflation et de forte croissance. À la différence de ces pays à régime de change flexible, qui ont l’avantage de mener des politiques monétaires relativement indépendantes, la Bceao, dit-il, « mène une politique dépendante de celle de la monnaie d’ancrage ». Dans ce contexte, le cadre de politique monétaire « ne permet pas de saisir entièrement toutes les réalités d’une gestion monétaire dans ses différentes composantes, notamment la gestion du taux de change ».
En définitive, note Dr Traoré, l’évolution de l’inflation seule ne peut permettre de juger, en toutes circonstances, de l’adéquation de l’action monétaire par rapport au besoin de soutien à l’économie réelle et aux objectifs économiques. « Il faut admettre, selon lui, « qu’il y a une part de responsabilité, aussi minime soit-elle, de la politique monétaire dans la réalisation des faibles performances économiques des pays de l’Uemoa (croissance économique faible, persistance du chômage et de la pauvreté, déficit chronique de la balance commerciale, absence de compétitivité et sous financement des économies) ».
Face aux revendications de la jeunesse africaine, de plus en plus fortes, pour « décoloniser le FCFA », les présidents ivoirien et français Alassane Ouattara et Emmanuel Macron, avaient annoncé en décembre 2019 la fermeture du compte d’opérations et le retrait des représentants de la France à la Bceao. Une évolution qui devrait aboutir à terme au remplacement du FCFA par l’Eco. Mais ce processus (de création d’une monnaie commune de la Cedeao) semble être reporté aux calendes grecques après la Covid-19 mais surtout faute de progrès notamment sur les critères de convergence avec les autres pays de la Zmao.
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