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Inondations à Dakar : pourquoi certains sinistrés pourraient ne pas être indemnisés par leur assurance

Inondations à Dakar : pourquoi certains sinistrés pourraient ne pas être indemnisés par leur assurance

Les fortes pluies qui se sont abattues sur Dakar et plusieurs localités de sa banlieue ces derniers jours ont laissé derrière elles un lourd bilan matériel. Véhicules immobilisés ou entièrement submergés, commerces envahis par les eaux, marchandises détruites, équipements endommagés et activités économiques perturbées : les conséquences des intempéries du week-end sont considérables. Le gouvernement a d’ailleurs déclenché un plan d’urgence régional à Dakar face à l’ampleur de la situation.

Dans ce contexte, une question revient avec insistance chez les victimes : qui va payer les dégâts ? Pour les assurés, la réponse est loin d’être automatique. Papa Ousmane Diop, directeur du Marché entreprises et de la réassurance à AXA Sénégal, rappelle notamment qu’une police d’assurance automobile classique ne garantit pas systématiquement les dommages provoqués par une inondation.

Interrogé sur les déclarations de sinistres enregistrées après les dernières pluies, le responsable d’AXA Sénégal estime qu’il est encore prématuré de communiquer un bilan définitif. Les dossiers commencent seulement à être recensés et font l’objet d’un processus d’enregistrement, de qualification et d’expertise.

Les premières déclarations concernent principalement les automobiles, les commerces et les biens immobiliers. Mais l’ampleur des dommages varie fortement d’un dossier à l’autre. AXA indique également être en train de consolider la répartition géographique des sinistres avant de communiquer des chiffres définitifs.

Cette prudence intervient alors que les pluies enregistrées depuis le week-end ont provoqué des inondations et de graves perturbations dans plusieurs quartiers de Dakar. Le ministère de l’Intérieur a fait état de cumuls dépassant parfois 100 millimètres, avec des dégâts matériels et des perturbations importantes de la circulation.

Commerces : stocks, équipements et pertes d’exploitation sous conditions

Pour les commerçants victimes des inondations, la facture peut rapidement devenir très lourde. Une boutique peut certes conserver ses murs, mais perdre en quelques heures ses marchandises, son mobilier, ses appareils ou une partie importante de son fonds de commerce.

Selon Papa Ousmane Diop, une assurance multirisque professionnelle peut couvrir plusieurs de ces postes, mais uniquement lorsque les garanties correspondantes ont été prévues dans le contrat. Les bâtiments, aménagements, mobiliers, équipements, marchandises et stocks peuvent ainsi être couverts contre certains risques. Une garantie spécifique peut également permettre de prendre en charge une partie des pertes liées à l’interruption de l’activité.

Autrement dit, être assuré ne signifie pas que tous les dégâts provoqués par une inondation seront automatiquement remboursés. Le niveau de couverture, les capitaux assurés, les franchises et les exclusions prévues au contrat sont déterminants.

La question de la sous-assurance des entreprises reste d’ailleurs un véritable enjeu. Un commerçant peut avoir souscrit une police d’assurance tout en disposant de capitaux garantis insuffisants par rapport à la valeur réelle de ses biens et de ses stocks.

Véhicules immergés : l’indemnisation dépend du contrat

Pour les automobilistes dont les véhicules ont été totalement ou partiellement noyés, il n’existe pas de montant standard applicable à tous les sinistres.

L’indemnisation éventuelle dépend notamment de la valeur du véhicule, de son ancienneté, de son état avant le sinistre et surtout des garanties souscrites. Lorsqu’un véhicule est déclaré techniquement irréparable ou que le coût des réparations devient disproportionné par rapport à sa valeur, l’évaluation est réalisée conformément aux dispositions du contrat et aux conclusions de l’expertise.

Le point essentiel réside donc dans la nature de la garantie automobile souscrite. Le socle obligatoire de l’assurance automobile en zone CIMA concerne notamment la responsabilité civile liée aux dommages causés par le véhicule. Le Code CIMA distingue ainsi l’assurance obligatoire de responsabilité des autres garanties susceptibles d’être prévues au contrat.

Il ne faut donc pas confondre être assuré pour circuler et être assuré contre les dommages subis par son propre véhicule lors d’une inondation.

Dans certaines situations, aucun remboursement ne peut ainsi être effectué lorsque le dommage ne relève pas des garanties souscrites ou lorsqu’une exclusion contractuelle s’applique. Les limites de capitaux ou le non-respect de certaines conditions prévues par le contrat peuvent également entrer en ligne de compte.

Pourquoi un assureur peut-il refuser une indemnisation ?

Pour Papa Ousmane Diop, il faut surtout distinguer un refus d’indemnisation d’un sinistre qui n’est tout simplement pas couvert.

Une compagnie d’assurance intervient lorsque le dommage correspond à un risque garanti et dans les limites prévues par le contrat. L’absence de garantie adaptée, une exclusion contractuelle, le dépassement des capitaux assurés ou encore le non-respect de certaines obligations peuvent donc expliquer qu’un sinistre ne donne pas lieu à indemnisation.

Pour les commerces, cette logique concerne notamment les stocks, les équipements et les pertes d’exploitation. Ces différents dommages ne sont pas nécessairement couverts par une police standard et nécessitent, selon les besoins de l’entreprise, des garanties spécifiques.

Le Code des assurances CIMA encadre par ailleurs plusieurs catégories de garanties et d’exclusions. Le Fonds de Garantie Automobile, souvent évoqué lorsqu’un véhicule est impliqué dans un sinistre, n’a pas vocation à remplacer une assurance dommages contre les inondations : son mécanisme concerne principalement l’indemnisation de victimes de dommages corporels résultant d’accidents causés par des véhicules lorsque le responsable est inconnu ou non assuré, dans les conditions prévues par le Code.

Les chiffres d’AXA encore en cours de consolidation

Alors que les sinistres continuent d’être déclarés, AXA Sénégal n’a pas encore communiqué de bilan définitif concernant le nombre de dossiers ouverts depuis le début de l’hivernage, les sommes déjà versées ou la proportion de dossiers effectivement indemnisés.

La compagnie explique que ses équipes doivent encore distinguer les dossiers déjà réglés, ceux qui font l’objet d’une expertise ou d’une instruction et ceux qui, après analyse, ne relèvent finalement pas des garanties prévues dans les contrats.

Cette étape est importante, car les premières estimations peuvent évoluer rapidement après une catastrophe météorologique. Certains dommages ne sont constatés qu’après le retrait des eaux et l’ouverture des locaux, tandis que d’autres nécessitent l’intervention d’un expert pour déterminer leur origine et leur montant.

Concernant les délais, AXA Sénégal indique qu’ils dépendent essentiellement de la complexité du dossier. Un sinistre simple, correctement documenté, peut être traité rapidement. En revanche, un dossier impliquant des dégâts importants, une expertise technique, une évaluation détaillée ou des vérifications contractuelles peut prendre davantage de temps.

Face à ces épisodes d’inondation qui affectent régulièrement Dakar, le message adressé aux assurés est donc clair : il faut connaître précisément ce que couvre son contrat avant que le sinistre ne survienne. Garanties, exclusions, capitaux assurés, franchises et couverture des pertes d’exploitation doivent être vérifiés avec l’assureur.

Les dernières pluies ont montré une nouvelle fois que le risque d’inondation peut frapper aussi bien les particuliers que les entreprises. Et lorsque les eaux se retirent, une autre bataille commence pour les sinistrés : celle de l’évaluation des dégâts et de la prise en charge effective des pertes.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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